Conclusions de l’expertise collective de l’Inserm sur les essais nucléaires et la santé
Publié en ligne le 4 juillet 2026 - Nucléaire -
[…] Face à la rareté de la littérature scientifique disponible sur la Polynésie française, le bilan des connaissances a été élargi aux conséquences sanitaires des essais nucléaires réalisés par d’autres pays (États-Unis, ex-Union soviétique, Royaume-Uni) dans d’autres territoires. L’expertise apporte également des éléments de connaissance scientifique plus fondamentale, utiles à la compréhension de cette problématique, en particulier en dosimétrie et en radiobiologie.
Les rares études épidémiologiques sur la Polynésie française ne mettent pas en évidence d’impact majeur des retombées des essais nucléaires sur la santé des populations polynésiennes. Une étude cas-témoins menée sur la population locale montre une faible augmentation du risque de cancer de la thyroïde en lien avec l’augmentation de la dose reçue à la thyroïde avant l’âge de 15 ans. Une étude de mortalité menée sur le personnel militaire met en évidence une augmentation du risque de mortalité par hémopathies malignes chez les individus qui présentaient une dosimétrie non nulle (mesurée par dosimètre). Les résultats de ces études sont insuffisants pour conclure de façon solide sur les liens entre l’exposition aux rayonnements ionisants issus des retombées des essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française et l’occurrence de ces pathologies, mais ils ne permettent pas non plus d’exclure l’existence de conséquences sanitaires qui seraient passées inaperçues jusqu’à présent. Ces résultats et la rareté des données justifient la nécessité d’envisager d’autres approches afin d’évaluer les conséquences sanitaires des retombées des essais nucléaires en Polynésie française.
En premier lieu, il est important de préciser que la réalisation d’une étude épidémiologique de cohorte afin d’évaluer les conséquences sanitaires en Polynésie française apparaît complexe à mettre en œuvre en raison de quatre difficultés majeures : les lacunes de connaissances sur la santé de la population, en particulier sur les pathologies chroniques telles que le cancer ; les niveaux de doses de rayonnements ionisants reçues qui sont de l’ordre des faibles doses ; la taille restreinte de la population polynésienne, disséminée sur un très vaste territoire ; le délai depuis l’exposition. Face à ces difficultés, une telle étude ne permettrait pas d’établir avec certitude une éventuelle association entre l’incidence des pathologies et l’exposition aux rayonnements ionisants des populations polynésiennes.
Si une étude de cohorte n’apparaît donc pas comme une perspective réalisable en Polynésie française, il existe toutefois d’autres perspectives pour l’évaluation des conséquences sanitaires issues des retombées des essais nucléaires. Le groupe d’experts a formulé trois recommandations principales, résumées ici :
- améliorer, développer et pérenniser le système de surveillance sanitaire des pathologies non transmissibles (cancers, maladies cardiovasculaires, anomalies congénitales), en particulier consolider le Registre des cancers tout en le dotant d’un conseil scientifique indépendant, créer d’autres registres de pathologies (maladies cardiovasculaires, anomalies congénitales) ;
- affiner les estimations de doses reçues par les populations locales et par les personnels civils et militaires […] ;
- réaliser une veille attentive et rigoureuse de la littérature scientifique internationale sur la problématique des effets des faibles doses de rayonnements ionisants, en particulier pour certains cancers (à ce jour non reconnus par les instances internationales comme pouvant être radio-induits), les maladies cardiovasculaires et les effets sur la descendance […].
Parallèlement à la mise en place de systèmes de surveillance sanitaire et radiologique, des études en sciences humaines et sociales pourraient être envisagées afin d’apporter un éclairage sur l’impact sociétal des essais nucléaires menés par la France en Polynésie française (tel que le rôle du Centre d’expérimentation du Pacifique par exemple), et par là-même mieux appréhender certains problèmes sanitaires.
Source
« Essais nucléaires et santé : conséquences en Polynésie française », Expertise collective de l’Inserm, Synthèse et recommandations, 2020. Sur inserm.fr
Publié dans le n° 357 de la revue
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