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Le tatouage altère la réponse immunitaire à la vaccination

Publié en ligne le 25 juillet 2026 - Information scientifique -
Rubrique coordonnée par Kévin Moris

Pratique marginale il y a encore quarante ans, le tatouage s’est largement démocratisé. En 2023, près d’un Français sur cinq est tatoué, un taux qui place le pays dans la moyenne européenne [1]. À l’échelle mondiale, on retrouve une valeur similaire [2], les États-Unis présentant la proportion la plus élevée avec plus de 30 % de personnes tatouées [3]. Lors du tatouage, la pénétration répétée d’aiguilles dans le derme introduit une ou plusieurs encres selon un dessin précis. La permanence des tatouages est obtenue grâce à l’utilisation d’encres contenant des pigments peu solubles dans les fluides corporels, et un mélange complexe de liants, de solvants et d’additifs [4]. Si le noir de carbone est le principal pigment utilisé pour les tatouages noirs, les autres contiennent généralement des pigments organiques initialement destinés aux plastiques, aux vernis ou aux peintures [5, 6].

Portrait d’une femme Inuit, Henry Busse (1896-1962) Archives NWT, Canada

Malgré cette popularité croissante, la réglementation des encres de tatouage est moins stricte que celle des produits pharmaceutiques. Elles sont réglementairement définies comme toute « substance ou préparation colorante destinée, par effraction cutanée, à créer une marque sur les parties superficielles du corps […]. Attention à ne pas confondre les produits de tatouage qui sont permanents ou semi-permanents avec les tatouages éphémères superficiels qui n’entrent pas dans cette catégorie de produits » [7]. La réglementation applicable aux produits de tatouage se rapproche de celle des cosmétiques.

Les études sur les interactions in vivo des composants de l’encre et leur devenir dans l’organisme sont rares. Bien qu’en Europe la composition de l’encre soit régie depuis 2022 par le programme REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances
chimiques) [8], les implications potentielles du tatouage sur la santé sont devenues une source de préoccupation croissante [5].

Des études antérieures ont montré que les macrophages (cellules qui phagocytent 1 les particules étrangères à l’organisme pour les éliminer) sont les principales cellules responsables de l’absorption de l’encre par la peau [9]. La présence de ganglions lymphatiques pigmentés et hypertrophiés, ainsi que plusieurs réactions immunitaires indésirables, ont été rapportées depuis des décennies chez les personnes tatouées [10]. Des études réalisées sur des modèles de rongeurs ont notamment montré l’accumulation d’encre dans le ganglion lymphatique drainant la zone tatouée. Malgré le rôle central des ganglions lymphatiques dans le développement de réponses immunitaires appropriées, les mécanismes et les conséquences potentielles des réactions immunologiques induites par le tatouage restaient inconnus et aucune étude spécifique n’avait évalué l’impact des tatouages sur l’efficacité vaccinale ni le risque d’infections associées aux tatouages.

Récemment, une étude européenne [11] est venue combler ce vide et élucider le transport et l’accumulation d’encres de tatouage dans le ganglion lymphatique de drainage, caractérisant la réponse inflammatoire induite. Menée à l’aide des trois encres les plus utilisées (noir, rouge, vert), elle a également évalué comment le tatouage affecte la réponse immunitaire humorale 2 à différentes classes de vaccins. Les travaux ont été réalisés chez des souris et avec des cultures de macrophages de souris et de macrophages humains.

Les résultats montrent que les macrophages captent principalement l’encre dans le ganglion lymphatique. Une réaction inflammatoire initiale, aux niveaux local et systémique, suit la capture de l’encre. Le processus inflammatoire se maintient dans le temps, avec des signes clairs d’inflammation des ganglions lymphatiques drainants, deux mois après le tatouage. De plus, la capture de l’encre par les macrophages conduit à leur mort cellulaire (apoptose). Les macrophages exposés à différentes concentrations d’encre meurent par apoptose avec toutes les encres testées. Les différences observées dans la toxicité des différentes encres sont concordantes avec les études précédentes qui identifient les colorants rouges comme les plus problématiques, souvent associés à une réaction inflammatoire cutanée.

Enfin, ces travaux montrent que lors d’une vaccination, l’encre de tatouage au site d’injection module les réponses immunitaires de manière spécifique au vaccin, avec une réponse réduite au vaccin contre la Covid-19 (diminution du taux d’immunoglobulines) et une réponse accrue au vaccin antigrippal inactivé par UV. Ces résultats obtenus chez la souris ont été confirmés in vitro dans des cultures de macrophages humains. Ils reflètent des différences dans les mécanismes d’action entre ces classes de vaccins.

Il faut bien évidemment considérer ces conclusions avec précaution car les travaux, réalisés avec des modèles animaux et cellulaires, devront être confirmés par des études cliniques humaines. Cependant, compte tenu de la popularité croissante du tatouage, ils sont importants pour informer les décideurs politiques et le grand public du risque potentiel lié à une altération de la réponse immunitaire associée à la pratique du tatouage. Il convient toutefois de préciser que ces résultats ne remettent pas en cause l’intérêt et les bénéfices de la vaccination, même chez les personnes tatouées.

Références


1 | Businesscoot, « Le marché du tatouage. France », mai 2025. Sur businesscoot. com
2 | Kluger N et al. , “The prevalence of tattooing and motivations in five major countries over the world”, J Eur Acad Dermato Venereol, 2019, 33 : e484-6.
3 | Schaeffer K, Dinesh S, “32 % of Americans have a tattoo, including 22 % who have more than one”, Pew Research Center, 15 août 2023. Sur pewresearch. org
4 | Dirks M, “Making innovative tattoo ink products with improved safety : possible and impossible ingredients in practical usage”, Curr Probl Dermatol, 2015, 48 : 118-27.
5 | Giulbudagian M et al. , “Lessons learned in a decade : medical-toxicological view of tattooing”, J Eur Acad Dermatol Venereol, 2024, 38 : 1926-38.
6 | Serup J et al. , Tattooed skin and health, Karger, 2015.
7 | DGCCRF, « Tatouage : ce que vous devez savoir », 4 décembre 2025. Sur sante. gouv. fr
8 | European Chemicals Agency, “Tattoo inks and permanent make-up” (consulté le 26 septembre 2026). Sur echa. europa. eu
9 | Baranska A et al. , “Unveiling skin macrophage dynamics explains both tattoo persistence and strenuous removal”, J Exp Med, 2018, 215 : 1115-33.
10 | Forbat E, Al-Niaimi F, “Patterns of reactions to red pigment tattoo and treatment methods”, Dermatol Ther, 2016, 6 : 13-23.
11 | Capucetti A et al. , “Tattoo ink induces inflammation in the draining lymph node and alters the immune response to vaccination”, PNAS, 2025, 122 : e2510392122.

1 La phagocytose est le processus par lequel certaines cellules, par exemple les macrophages, peuvent ingérer des particules étrangères.

2 L’immunité humorale repose sur la production d’anticorps par les lymphocytes B et est principalement dirigée contre les agents infectieux.

Publié dans le n° 356 de la revue


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L'auteur

Laurent B. Fay

Laurent B. Fay est biochimiste et ancien responsable R&D d’une entreprise de l’industrie agroalimentaire.

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