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Manifeste pour un nouvel athéisme

Publié en ligne le 21 septembre 2026
Manifeste pour un nouvel athéisme
Richard Dawkins, Sam Harris, Daniel Dennett et Christopher Hitchens
Arpa, 2025, 120 pages, 14,90 €

Ils furent surnommés les « quatre cavaliers » du nouvel athéisme. En 2007, Richard Dawkins, Sam Harris, Daniel Dennett et Christopher Hitchens se retrouvent autour d’une table pour une conversation devenue emblématique du mouvement. Elle n’en constitue pas l’acte de naissance – leurs principaux ouvrages étaient déjà parus –, mais plutôt une photographie de famille. Cette conversation ne sera publiée sous forme de livre qu’en 2019, sous le titre The Four Horsemen. Préfacé par Stephen Fry, l’ouvrage rassemble trois courts textes de R. Dawkins, D. Dennett et S. Harris, puis la transcription de leur échange de 2007. L’édition d’Arpa, parue en 2025, en constitue la première traduction intégrale en français.

L’athéisme ne découle pas logiquement du rationalisme : il existe des rationalistes croyants et des athées fort peu soucieux de méthode. Mais l’affinité est évidente : dès lors que l’on demande que les croyances soient proportionnées aux preuves disponibles, les affirmations religieuses doivent être soumises aux mêmes exigences que toute autre proposition portant sur le réel. C’est précisément le combat commun des quatre auteurs : retirer à la religion son statut d’exception.

Pourquoi, demande R. Dawkins, peut-on critiquer vertement des opinions politiques, artistiques ou scientifiques et, dans le même temps, pourquoi devient-il soudain inconvenant de traiter de la même façon une conviction religieuse ? Le sentiment d’« offense » ne saurait constituer un argument. S. Harris le résume efficacement : un physicien ne se vexe pas lorsqu’une hypothèse est réfutée. Si les religions prétendent dire quelque chose de vrai sur le monde, leurs dogmes doivent pouvoir être interrogés et contestés.

Cette exigence conduit naturellement au thème central du livre : la preuve. Les quatre hommes retournent volontiers contre leurs adversaires l’accusation d’« arrogance scientifique ». La science institutionnalise au contraire le doute et la reconnaissance de l’ignorance. R. Dawkins écrit joliment que, pour le scientifique, celle-ci est « une démangeaison délicieuse qu’il meurt d’envie de gratter ». Ne pas connaître l’origine de la vie, la nature de la matière noire ou les mécanismes de la conscience n’autorise nullement à remplir les blancs par une révélation. « Nous ne savons pas » n’équivaut pas à « donc c’est Dieu ».

La science accepte de courir le risque d’avoir tort. Une théorie scientifique produit des prédictions confrontables au réel et peut donc être mise en échec par les faits. R. Dawkins oppose ainsi les confirmations empiriques de la mécanique quantique aux « mystères » de la Trinité, qui ne prédisent rien. S. Harris souligne de son côté que les croyants savent parfaitement appliquer ce scepticisme… aux religions des autres.

Le dialogue est heureusement moins monolithique qu’on pourrait le croire. D. Dennett reconnaît aux religions certaines fonctions sociales de soutien et de communauté. S. Harris admet même une place pour le « sacré », à condition de le débarrasser de ses affirmations surnaturelles. Plus significative encore est sa divergence avec R. Dawkins : le premier veut hiérarchiser les combats et juge certaines doctrines, notamment islamistes, plus dangereuses que d’autres ; le second revient obstinément à une question plus épistémologique : avant même de savoir si une croyance est nuisible, est-elle vraie ? Ch. Hitchens, enfin, adopte parfois un ton si martial dans sa lutte contre le djihadisme que D. Dennett lui-même marque ses distances.

Tout n’est donc pas à prendre sans réserve. Les auteurs généralisent parfois vite et leurs critiques visent souvent des formes de croyance moins élaborées que celles défendues par la philosophie de la religion contemporaine. Mais le cœur de leur démonstration demeure solide. Respecter les personnes n’impose pas de respecter leurs idées ; l’ancienneté d’une croyance, le réconfort qu’elle procure ou son caractère sacré ne constituent pas des preuves de sa véracité ; et mieux vaut admettre ce que l’on ignore que combler ce vide par une explication sans preuve.

Ce manifeste n’a peut-être pas converti le monde à l’athéisme. Il rappelle toutefois avec une vigueur réjouissante une règle élémentaire du rationalisme : aucune proposition ne mérite d’immunité intellectuelle. Demander « comment le savez-vous ? » reste un combat qui vaut la peine d’être mené.