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Les fleurs de Bach : cent ans sans preuve d’efficacité

Publié en ligne le 4 août 2026 - Pseudo-sciences -

Les fleurs de Bach, de leur vrai nom « élixirs floraux de Bach », sont un ensemble de trente-huit préparations à base de fleurs destinées à traiter les « déséquilibres émotionnels », chacune étant censée calmer une émotion négative particulière. Elles rencontrent en France un réel succès : selon un sondage réalisé par Odoxa pour l’Unadfi en 2023 [1], 13 % des Français y ont déjà eu recours pour se soigner.

La médecine du Dr Edward Bach

Edward Bach (1886-1936) était un médecin homéopathe anglais ayant exercé dans les années 1920-1930 et qui avait une conception essentiellement spirituelle de la maladie.

Selon lui, la médecine de son temps n’était qu’un cache-misère destiné à masquer les symptômes sans guérir les véritables causes de la maladie. Il écrit dans son livre Guéris-toi toi-même publié en 1931 : « La maladie est, par essence, la résultante d’un conflit entre l’Âme et le Mental, et elle ne pourra être éradiquée que par des efforts spirituels et mentaux » [2]. Il la voyait comme une conséquence des mauvaises pensées et des mauvaises actions des individus : elle serait une cristallisation dans le corps de défauts comme « l’orgueil, la cruauté, la haine, l’égoïsme, l’ignorance, l’instabilité et l’avidité » [2]. D’où sa volonté de traiter les émotions négatives. Il affirmait d’ailleurs que pour choisir un traitement, il fallait analyser l’état d’esprit du patient et non pas ses symptômes, car l’esprit montrerait « l’apparition et le cours de la maladie beaucoup plus clairement que le corps » [2].

Psyché ouvre la boîte dorée, John William Waterhouse (1849-1917)
Tourmentée par la jalouse déesse Vénus, la princesse Psyché est contrainte d’accomplir divers travaux comme celui d’aller aux Enfers pour y récupérer un élixir contenant une parcelle de la beauté de Proserpine. Il lui est interdit d’ouvrir la boîte contenant le précieux élixir, mais comme on le voit ici, elle ne résiste pas à la tentation.

Bach expliquait aussi que « la maladie en soi nous est bénéfique et elle a pour objectif de ramener notre personnalité vers la volonté Divine de l’Âme » [2]. Il considérait qu’au tout début d’une maladie mineure, « prendre quelques heures de relaxation complète et être en pleine harmonie avec notre Moi Supérieur » permettrait d’empêcher cette maladie [2]. Cette approche n’était néanmoins pas réservée aux maladies bénignes et, selon lui, « aucun cas n’est désespéré, même s’il est très grave, car le fait que l’individu soit toujours physiquement en vie indique que l’Âme qui le gouverne garde espoir » [2].

Concept et invention des élixirs de Bach

Son livre Les Douze Guérisseurs et autres remèdes, publié pour la première fois en 1933, commence par cette phrase : « Ce système de traitement est le plus parfait qui a jamais été donné à l’humanité dans la mémoire vivante » [3].

Il développa son système à partir de 1928, d’abord avec trois plantes, puis, après des ajouts successifs, avec 38 remèdes en 1935, peu avant sa mort. Chacune des 38 préparations est censée guérir un état psychologique précis, et Bach les regroupait en sept catégories : peur, incertitude, manque d’intérêt pour le présent, solitude, hypersensibilité aux influences et aux idées, abattement ou désespoir, préoccupation excessive du bien-être des autres. Il avait déjà défini ces sept catégories d’émotions avant l’invention de ses élixirs floraux et associait à l’époque chacune à une bactérie fécale. Il avait en effet créé, à partir de 1919, sept préparations homéopathiques fabriquées à partir de sept bactéries fécales et destinées à soigner toutes sortes de maladies chroniques. Selon lui, chacune était efficace sur un profil psychologique particulier [4], et cela a été le point de départ de sa théorie. Il souhaita ensuite découvrir des plantes capables de remplacer ces bactéries, voire découvrir d’autres remèdes, considérant que ses sept bactéries ne pouvaient pas guérir toutes les maladies.

Sa sélection de plantes relève de l’intuition et non pas d’une expérimentation rigoureuse des effets des fleurs. Nora Weeks, sa biographe, écrit même : « S’il tenait le pétale d’une fleur ou la fleur d’une plante dans la paume de sa main ou les plaçait sur sa langue, son corps percevait les effets des propriétés que renfermait cette fleur ou ce pétale » [4]. Le choix est aussi fondé sur des anecdotes, souvent sur ce qu’il affirme constater sur lui-même. Par exemple, Nora Weeks raconte ceci : alors qu’il est victime d’une sinusite douloureuse au point d’être désespéré et d’avoir peur d’en perdre la raison, il guérit après avoir consommé des fleurs de Prunus, ce qui le poussa à créer Cherry Plum, destiné aux gens ayant « peur de perdre le contrôle de soi ».

Préparation des élixirs

Les 38 élixirs ne reposent que sur 36 plantes. Les élixirs Chestnut Bud et White Chestnut sont en effet tous les deux issus du marronnier d’Inde (Æsculus hippocastanum), et utilisent respectivement le bourgeon et la fleur. Par ailleurs, un des élixirs ne contient même pas de fleur : Rock Water, comme son nom l’indique, est composé d’eau de source. Bach se justifiait ainsi : « De longue date, il est connu que certaines eaux de puits ou de source ont un pouvoir de guérison sur quelques gens et lesdites sources sont devenues renommées pour cette propriété » [3]. Cet élixir Rock Water est fait pour « ceux qui sont très stricts dans leur façon de vivre ; ils se refusent beaucoup des joies et plaisirs de la vie parce qu’ils considèrent que cela pourrait interférer avec leur travail » [3].

Les élixirs sont préparés à partir de tisanes fortement diluées dans un mélange d’eau de source et d’alcool (du brandy ou du cognac), avec une teneur finale en alcool habituellement entre 27° et 40°. Les dilutions allant généralement du 1/240e au 1/500e, les élixirs contiennent en fait très peu de composés végétaux et ont uniquement l’odeur et le goût de l’alcool utilisé. Malgré cette importante dilution, les doses à utiliser sont très faibles : quatre gouttes par prise, quatre prises par jour. Par calcul, on peut estimer qu’un bol de la tisane initiale permet de fabriquer 500 ans de traitement pour une personne.

Les fleurs de Bach de nos jours en France

De nos jours, les fleurs de Bach sont avant tout présentées comme des remèdes destinés à soulager les émotions négatives, et rarement comme des médicaments destinés à guérir des maladies. Les indications de chacun des 38 remèdes sont exactement les mêmes qu’à l’époque de Bach, mais l’idée que calmer les émotions permet aussi de guérir des maladies n’est généralement plus mise en avant. Néanmoins, la définition des émotions est souvent très large, et de nombreux sites et livres les préconisent pour des troubles graves comme les attaques de panique (notamment le remède Rescue, ou élixir de secours en français, un mélange de cinq élixirs inventés par Bach lui-même pour les situations d’urgence) [5], la dépression [6] ou les troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) [7].

Même si les fleurs de Bach sont généralement présentées comme une simple méthode de phytothérapie, certains promoteurs y associent un discours pseudo-technique qui est peut-être destiné à expliquer pourquoi les quantités de plantes sont aussi faibles à chaque prise. Un site explique par exemple que les élixirs « renferment l’énergie vibratoire de chaque fleur » et envoient à l’organisme « une information qui va agir directement et de manière efficace sur nos émotions » [8]. Ces explications n’ont aucune base physique ou biologique.

On peut prendre une seule fleur ou faire des mélanges, jusqu’à sept à la fois. En plus des élixirs classiques, il existe des gommes à mâcher, des bonbons, des produits cosmétiques ou des diffuseurs de parfum d’ambiance aux fleurs de Bach. Certaines versions ont une faible teneur en alcool ou sont aromatisées, notamment pour les enfants, et il existe aussi des élixirs pour animaux, là aussi pour traiter leurs émotions.

Les élixirs de Bach peuvent être vendus en pharmacie, mais n’ayant pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM), ils sont considérés non pas comme des médicaments, mais comme des compléments alimentaires et ne peuvent donc pas comporter d’indications thérapeutiques. En réponse à une question d’un sénateur, le ministère de la Santé a en particulier expliqué en 2015 que « les produits dénommés “fleurs de Bach” ne répondaient pas à la définition du médicament précitée dans la mesure où […] ils ne contenaient aucune substance susceptible d’exercer une action pharmacologique » et que les « mentions axées sur des états émotifs (peur, solitude, stress, incertitude, découragement. . . ) » ne sont pas en soi des allégations thérapeutiques [9].

En 2003, l’Afssaps (désormais l’Agence nationale de sécurité du médicament, ANSM) avait tout de même interdit à une entreprise de continuer de fournir des indications précises en promettant une efficacité de ses crèmes à base de fleurs de Bach, car elle n’apportait aucune preuve scientifique de cela [10].

Efficacité et sécurité des fleurs de Bach

Malgré près d’un siècle d’utilisation, il existe peu d’études scientifiques évaluant l’efficacité des fleurs de Bach, et celles-ci sont souvent considérées comme de mauvaise qualité et à risque important de biais.

Dans une méta-analyse publiée en 2009 [11], des chercheurs ont inclus trois essais cliniques randomisés portant sur l’anxiété des étudiants avant un examen, et un autre sur des enfants atteints de TDAH, et concluent qu’il n’y a pas de bénéfice comparé à un placebo. Mais ils estiment, sur la base de ces quatre essais ainsi que sur deux études rétrospectives, que les fleurs de Bach sont « probablement » sans danger.

Dans une autre méta-analyse, publiée en 2010 et incluant sept essais cliniques, l’auteur constate qu’il n’existe aucune différence entre fleurs de Bach et placebo dans six essais, et que dans le septième, il existe un effet, mais sans double aveugle ni même de groupe placebo [12].

Une question importante(détail), Helena Westermarck (1857-1938)

Dans sa fiche sur les fleurs de Bach, le Conseil national de l’ordre des médecins, sans condamner frontalement la pratique, note l’absence de preuve scientifique et rappelle aux médecins les articles de déontologie sur le charlatanisme et signale aux non-professionnels de santé ceux sur l’exercice illégal de la médecine [13]. Le Conseil national de l’ordre des pharmaciens n’interdit pas leur vente, mais a déjà condamné un pharmacien à une interdiction temporaire d’exercice pour avoir vendu des fleurs de Bach car elles étaient accompagnées de brochures « faisant état d’indications farfelues ou irrationnelles » [14].

Même si les fleurs de Bach ne sont probablement pas toxiques compte tenu de la très importante dilution des produits et des très faibles doses utilisées, et même si elles sont surtout utilisées pour des problèmes peu graves et souvent sensibles à l’effet placebo, elles ne sont pas sans risque. Au-delà du risque que les élixirs soient utilisés à la place de traitements dont l’efficacité est démontrée (notamment la psychothérapie, mais aussi éventuellement des médicaments contre l’anxiété ou les troubles de l’humeur), la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) constate « le foisonnement de stages payants organisés par des pseudo-thérapeutes autour des fleurs de Bach » destinés à « rééquilibrer son système émotionnel et affectif » et qui peuvent être « un moment privilégié pour certains pseudo-thérapeutes pour assurer une emprise mentale sur les personnes vulnérables » [15].

Conclusion

Les prétendues vertus des fleurs de Bach reposent sur les intuitions jamais vérifiées d’un médecin anglais du début du XXe siècle. Les élixirs sont trop dilués pour contenir des quantités significatives de composés végétaux et les études scientifiques ne montrent aucun effet supérieur au placebo. Cela peut donc faire illusion chez ceux qui veulent améliorer de petits problèmes émotionnels du quotidien, comme l’impatience, le trac ou l’indécision, mais devient évidemment dangereux lorsqu’elles sont utilisées pour traiter d’authentiques troubles psychiques comme la dépression, l’anxiété ou les troubles de l’attention comme le TDAH, qui mériteraient un traitement réellement efficace.

Références


1 | Unadfi, « Les Français et les thérapies alternatives », sondage Odoxa, 11 mai 2023. Sur odoxa. fr
2 | Bach E, Guéris-toi toi-même : une explication des vraies causes et des remèdes des maladies, The Bach Center, 2015.
3 | Bach E, Les Douze Guérisseurs et autres remèdes, The Bach Center, 2011.
4 | Weeks N, Les Découvertes médicales d’Edward Bach, médecin, Le Courrier du Livre, 2010.
5 | Drieghe AW, « Crise d›angoisse : le remède Rescue des fleurs de Bach », Medisite, 28 juin 2022. Sur medisite. fr
6 | Conseil Fleur de Bach, « Gardez le contrôle avec les fleurs de Bach Mélancolie ! », 2026. Sur conseil-fleur-de-bach. com
7 | Laboratoires Deva, «  Fleurs de Bach et TDAH : comment les élixirs floraux peuvent-ils aider ? », 6 décembre 2023. Sur devalesemotions. com
8 | Saniplante, « Tout ce que vous devez savoir sur les Fleurs de Bach ! », 2026. Sur saniplante. fr
9 | Sénat, « Fleurs de Bach : question écrite n° 13132, 14e législature », 25 septembre 2014. Sur senat. fr
10 | Légifrance, « Décision du 26 décembre 2003 interdisant, en application des articles L. 5122-15, L. 5422-12, L. 5422-14 et R. 5055 à R. 5055-6 du code de la santé publique, la publicité pour un objet, appareil ou méthode présenté comme bénéfique pour la santé lorsqu’il n’est pas établi que ledit objet, appareil ou méthode possède les propriétés annoncées », 3 février 2004. Sur legifrance. gouv. fr

11 | Thaler K et al. , “Bach flower remedies for psychological problems and pain : a systematic review", BMC Complementary Medicine and Therapies, 2009, 9 : 16.
12 | Ernst E, “Bach flower remedies : a systematic review of randomised clinical trials”, Swiss Medical Weekly, 2010, 140 : w13079.
13 | Ordre national des médecins, « Les pratiques de soins non conventionnelles et leurs dérives : état des lieux et propositions d’action », rapport, juin 2023. Sur conseil-national. medecin. fr
14 | Denis-Linton M, « Affaire M. A Décision n° 2022-D », Conseil national de l’ordre des pharmaciens, 6 novembre 2014. Sur ordre. pharmacien. fr
15 | Miviludes, Guide santé et dérives sectaires, La documentation française, mars 2018.