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Alerte à la peste porcine africaine

Publié en ligne le 17 août 2019 - Agriculture -

En janvier 2019, deux sangliers ont été infectés par la peste porcine africaine en Belgique, à près d’un kilomètre de la frontière française.

La peste porcine africaine est due à un Asfivirus, particulièrement résistant dans le milieu extérieur comme dans les viandes non cuites réfrigérées ou dans les salaisons (principal risque connu pour cette affection). Comme la peste porcine classique, due à un Pestivirus, il s’agit d’un fléau de première importance pour l’élevage porcin, justifiant leur classement comme danger sanitaire de première catégorie à déclaration obligatoire. Ces deux maladies épizootiques majeures ne sont pas transmissibles à l’Homme, mais représentent une catastrophe économique pour le pays atteint, obligé d’interrompre ses exportations de porcs ou de ses produits dans le monde entier. C’est notamment le cas de la Chine, premier foyer asiatique de la peste porcine africaine en 2018, qui possède plus de la moitié de la population porcine mondiale. La peste porcine africaine ne peut être éradiquée que par des mesures de biosécurité car, contrairement aux épizooties de peste porcine classique, il n’existe pas de vaccin pour lutter contre cette maladie. Pour ces deux maladies porcines, on observe une septicémie rapidement mortelle.

Alors que l’épizootie de peste porcine africaine s’étend dangereusement vers l’ouest de l’Europe, après être apparue en Pologne, aux portes de l’Allemagne, cette maladie redoutable pour les élevages porcins s’est manifestée en septembre 2018 dans la faune sauvage en Belgique, à plus de 1000 km de distance des derniers foyers européens. Dans ce cas, c’est le facteur humain qui a permis de diffuser le virus sur une aussi longue distance, soit par la dispersion de déchets contaminés, soit par l’importation de sangliers provenant d’un pays infecté pour une société de chasse (en février, des inculpations ont eu lieu en Belgique).

Le fait que les sangliers prélevés hors de la zone belge infectée ont été longtemps négatifs pouvait permettre d’espérer que les mesures de biosécurité, mises en place par la Belgique, se révéleraient assez efficaces pour éviter la propagation de la peste porcine africaine vers la France. Mais la découverte au début du mois de janvier de deux sangliers infectés à 1,6 km de la frontière française, en dehors de la zone tampon belge, a alerté le ministère français de l’Agriculture. Les départements frontaliers (Ardennes, Meuse, Moselle et Meurthe-et-Moselle) sont concernés par les mesures de biosécurité obligatoires dans les élevages porcins (entrées de personnes, circulation de véhicules, mesures de nettoyage et de dératisation 1, alimentation et abreuvement des animaux, prévention des contacts avec la faune sauvage, gestion de l’introduction des animaux et des cadavres). Les actions mises en œuvre pour la faune sauvage concernent la surveillance de la mortalité des sangliers et la disposition de plusieurs clôtures le long de la frontière franco-belge (qui ne peut être efficace à 100 % car les routes ne sont pas fermées).

© Isselee | Dreamstime.com]

Dès septembre 2018, la chasse au gros gibier avait été temporairement suspendue dans les quatre départements à risque, afin de limiter les mouvements de sangliers induits par la chasse et, par la même occasion, le risque de diffusion par les chasseurs et leur matériel. On peut regretter cette interdiction de la chasse car, en diminuant la densité de la population de sangliers, on limiterait aussi un risque de propagation de la maladie sur notre territoire, toujours officiellement indemne. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les sangliers ne se déplacent pas sur de très longues distances. Rapidement, un allègement de ces mesures de protection a été rendu possible, dans les Ardennes, par la réduction de la zone d’observation renforcée, permettant une reprise de la chasse. Avec cette nouvelle alerte en 2019, le ministre de l’Agriculture vient de décider, le 14 janvier 2019, de créer une zone blanche, sans sangliers, pour créer une sorte de vide sanitaire limitant la propagation du virus de la peste porcine africaine.

Un plan d’action est prévu dans les mois à venir par le ministère de l’Agriculture, pour compléter et adapter le plan, connu depuis 2006, pour les pestes porcines. Une fiche de mesures de biosécurité obligatoires, destinée aux éleveurs, a été aussi éditée par le ministère, pour une application immédiate. Enfin, une bonne coordination entre les trois pays directement concernés par ces foyers de peste porcine africaine en Belgique (Belgique, Luxembourg et France) est essentielle pour la mise en œuvre des mesures de biosécurité.

Pour en savoir plus

Brugère-Picoux J, « Alerte à la peste porcine africaine : deux sangliers infectés en Belgique à près d’un kilomètre de la France », 18 janvier 2019, sur afas.fr

1 Le rat n’est pas lui-même contaminé par le virus, mais peut être un vecteur de déchets contaminés (charcuterie par exemple).

Publié dans le n° 328 de la revue


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L' auteur

Jeanne Brugère-Picoux

Professeur honoraire de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour à l’École nationale vétérinaire (...)

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