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Considérations sur les pathologies religieuses

Publié en ligne le 18 novembre 2021
Considérations sur les pathologies religieuses
Contra religiones
André Borowski
L’Harmattan, 2021, 370 pages, 37 €

Ouvrage ambitieux que ce livre par lequel André Borowski, écrivain suisse, entend démontrer qu’il est nécessaire de se débarrasser de toutes les religions.
Après un premier chapitre où il tente de définir ce qu’est la religion, « question qui divise les spécialistes » et ce qu’est la science : « La science est la méthode qu’utilisent les humains pour disposer de la meilleure connaissance, différente à chaque époque, des régularités observables dans la réalité », l’auteur explique ce qu’il appelle les critères « FARSIPP » (falsifiabilité, répétabilité, simplicité, probabilité et prédictibilité) qui sont à la base de la méthode scientifique. Il s’attache dans les chapitres suivants à étudier en détail les différences intrinsèques entre science et religion.
Dans un premier temps, bien qu’il ne nie pas les limites du savoir scientifique dont la description du monde est imparfaite, l’auteur critique les positions relativistes telles que « rien n’est vraiment connaissable [...] tout est opinion socialement déterminée », prises depuis les années soixante par certains philosophes et sociologues des sciences. Paul Feyerabend en est un exemple car son point de vue ne servirait en réalité, selon l’auteur, qu’à « valoriser l’obscurantisme religieux ». Il n’hésite pas non plus à égratigner les positions neutres prises par certains scientifiques comme le paléontologue et biologiste Stephen Jay Gould prônant le NOMA 1 (le non-recouvrement des magistères) selon lequel science et religion sont deux magistères différents, tout en lui reconnaissant cependant un talent immense et un engagement sans faille dans sa lutte contre le créationnisme.
Ainsi, face à ces dérives récentes il convient, selon l’auteur, de réagir et de refuser « une quelconque neutralité envers la méthode scientifique », et aussi de « défendre et expliciter l’épistémologie scientifique comme instrument de connaissance puissant et universel ».
On peut alors s’interroger avec lui sur l’existence de scientifiques croyants. En effet, pour A. Borowski la contradiction flagrante entre l’archaïsme de croyances absurdes et les diverses avancées scientifiques ne pourra au fil du temps que s’exacerber pour réduire cet attachement atavique que gardent encore certains scientifiques à la religion.
Pour autant, même si la méthode scientifique ne permet pas de nier complètement la possibilité de l’existence d’une entité sans lien direct avec la réalité physique mesurable, l’auteur rappelle qu’il n’y a pas de savoir religieux et que les prétentions épistémologiques des croyants n’ont aucun fondement car elles sont incompatibles avec les critères FARSIPP.
Mais il y a plus grave : du fait de son absence de lien avec la réalité qui pourrait donc la freiner, la croyance religieuse est source de violences collectives. Comme le souligne l’auteur, « Dieu fait ce qu’il lui plaît et ses partisans […] ont également tous les droits. » Chaque religion a d’ailleurs besoin de cette violence pour pouvoir s’imposer face à ses concurrentes. A. Borowski nous le rappelle à travers plusieurs exemples historiques. Ainsi nombre de drames passés et certains enjeux sociétaux comme la défense de la laïcité, de la contraception ou du droit à l’avortement par exemple, sont analysés avec beaucoup de finesse. D’ailleurs, une des richesses de ce livre consiste à ne jamais ignorer les arguments potentiels des croyants pour mieux y répondre.
En annexe, l’auteur nous propose de nombreuses pistes organisationnelles, légales ou pédagogiques pour combattre la croyance religieuse. Bien entendu, comme il l’écrit lui-même, « il s’agit d’un terrain à défricher où les certitudes sont faibles ». Bibliographie et index viennent compléter cet ouvrage extrêmement documenté.
Il n’est pas toujours simple d’appréhender les diverses controverses abordées dans ce livre. Pourtant le lecteur tenace qui s’interrogerait sur ses propres croyances (ou celles des autres) pourra ainsi entamer une réflexion salutaire sur la façon dont elles ont pu défavorablement influencer le cours de l’histoire et donc sur la nécessité de les abandonner.

1 Gould SJ, Et Dieu dit : « Que Darwin soit ! », Seuil,2013.