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Progressistes pour le climat

Publié en ligne le 9 août 2022
Progressistes pour le climat
Jacques Roger-Machart, préface de Pascal Lamy
Éditions Atlande, 2021, 288 pages, 19 €

Écrit avant l’invasion de l’Ukraine et sa suite de conséquences sur l’approvisionnement énergétique de l’UE, ce livre contient des mises en garde que les institutions européennes et, à des degrés variables, ses États membres auraient été avisés d’entendre depuis longtemps. Vivant dans l’illusion que la sécurisation des volumes importés était éternellement acquise, la priorité a été donnée à un objectif de court terme : faire baisser les prix pour le consommateur par l’introduction de mécanismes de marché. Le surplus qu’aurait pu en retirer le consommateur a été promptement annulé par le subventionnement des énergies renouvelables intermittentes censées faire baisser les émissions de carbone. L’échec de cette politique est patent. L’Allemagne en est la principale victime sans avoir pour autant maîtrisé ses émissions de carbone. Mais la France, qui disposait d’un outil industriel remarquable, n’a pas été épargnée, comme on le voit à travers les contraintes financières pesant sur EDF du fait de la régulation imposée par Bruxelles. Tout ceci est clairement exposé par l’auteur dans son livre, même si le projet russe d’agression de l’Ukraine lui était naturellement inconnu.

Formé à l’école de Marcel Boiteux 1, dont on vient de célébrer le centième anniversaire, ancien député, consultant, c’est plus récemment comme animateur de think tank que Jacques Roger-Machart s’est fait connaître. Le groupe d’études « énergie et environnement » qu’il a animé au sein de la Fondation Jean-Jaurès, alors proche du PS, a rassemblé de 2013 à 2017 des experts de l’énergie de profils diversifiés et des dirigeants d’entreprises, certains sous couvert d’anonymat. Il me fit l’honneur de m’y inviter. Tous avaient en commun de croire que l’énergie dans ses rapports avec l’environnement relevait de choix politiques, certes, mais fondés sur des réalités et non des passions.

Dès les premières pages du livre, il dresse une cartographie des forces qui opposent progrès social et décarbonation. Aux « climato-sceptiques », que l’on aurait tort d’enterrer trop vite, répond le chœur des « climato-repentants », qui voient dans la décroissance une solution flattant leur goût pour la rédemption par la souffrance. Comme les dévots de Molière, ceux-ci se laissent influencer par des « climato-tartuffes » prompts à leur vendre des fausses solutions reposant sur des technologies coûteuses car immatures.

Si, jusqu’aux années 1990, les exigences de la démarche scientifique n’ont pas permis de corréler de façon irréfutable un changement climatique menaçant avec les activités humaines, faute du recul nécessaire, tel n’est plus le cas maintenant. Sur la base de ce constat, l’auteur classe les solutions techniques en fonction de leur impact favorable sur les émissions de gaz à effet de serre, et de leur intérêt stratégique ramené à leurs coûts financiers.

Avec pragmatisme, J. Roger-Machart fait une place à la nécessité de s’adapter à la réalité désormais inéluctable du réchauffement climatique, à côté des efforts de réduction des émissions.

Les solutions concernent soit les modes de production d’énergie, soit les usages qui en sont faits. Dans la première catégorie, l’auteur prône, à côté du renouvellement du parc nucléaire, des solutions locales comme la valorisation de la biomasse ou le photovoltaïque auto-consommé. À la lisière de la production et de la consommation d’énergie, la pompe à chaleur réversible air/air, exemple d’une innovation maîtrisée, réfute le discours qui accompagne encore dans notre pays le développement de la climatisation. Cette solution technique est la seule qui ne fasse jamais l’objet de subventions, à la différence notable des chaudières à condensation fonctionnant au gaz.

La France, qui peut se prévaloir d’un bilan carbone meilleur que la moyenne des pays de l’Union européenne, n’est pourtant pas toujours suivie par eux, tant en ce qui concerne ses choix technologiques que son organisation industrielle. Certains États membres détournent avec constance les principes du marché unique pour imposer à la France une régulation privant de ressources le parc nucléaire opéré par EDF, instrument de son indépendance énergétique et de sa très bonne empreinte carbone en ce qui concerne l’électricité. À cet égard, le projet Hercule 2 qualifié de « déstructuration d’EDF » encourt à juste titre les critiques de l’auteur.

J. Roger-Machart, qui représenta douze ans sa circonscription de Haute-Garonne à l’Assemblée Nationale, déplore enfin la défiance à l’égard du rôle du Parlement et l’insuffisante diffusion du savoir scientifique qui transparaît dans des « débats citoyens ».

Entre ces écueils, l’optimisme et l’opiniâtreté de l’auteur lui font croire en une voie où la neutralité carbone serait porteuse de progrès social. En cela, son livre se dresse efficacement contre les courants de pensée « collapsistes » ou autres « déclinistes ».

1 Président d’honneur d’EDF qu’il a dirigée de 1967 à 1987

2 Ce projet présenté en 2019 sous la première présidence Macron prévoit une réorganisation d’EDF et pourrait se traduire par une scission du groupe en trois entités distinctes (EDF bleu : nucléaire, EDF vert : commercial distribution et énergies renouvelables, EDF azur : barrages hydroélectriques).

Publié dans le n° 342 de la revue


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Auteur de la note

Pierre Abou

Pierre Abou, avant d’être essayiste, a effectué une (...)

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