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Évolution de la mortalité en France métropolitaine et causes des décès en 2024

Publié en ligne le 30 septembre 2026 - Statistiques et probabilité -

Le terme « mortalité » a des interprétations différentes. Il peut signifier un nombre de décès observés ou un taux de décès, c’est-à-dire un nombre de décès rapporté à une taille de population donnée. Ce sont là deux indicateurs très différents qu’il convient de bien distinguer.

Le nombre de décès et ses variations dans le temps, ou selon les zones géographiques, sont des informations indispensables pour l’organisation du système de santé. Le nombre de malades aide à déterminer les besoins en personnel médical, en lits d’hôpital, en équipements spécialisés, etc. Ainsi, en France métropolitaine, le nombre de décès a augmenté, passant de 526 000 en 1990 à 625 000 en 2024 [1]. Cependant, on ne peut pas tirer de conclusions en termes de risque de décès à partir de ces seules valeurs. En effet, durant la même période, la population est passée de 56,7 millions d’habitants à 66,5 millions d’habitants [2].

Le calcul du taux de décès élimine l’effet de la variation de la taille de la population. Il mesure le risque de décès dans l’année pour la population considérée. Dans notre exemple précédent, alors que le nombre de décès a nettement augmenté, le risque de décès a à peine augmenté, passant de 9,3 à 9,4 pour 1 000.

De plus, ce risque dépend beaucoup de l’âge : la mortalité entre 20 et 24 ans est beaucoup moins importante que celle entre 70 et 74 ans. On peut étudier séparément chaque classe d’âge et chercher à savoir si, par exemple, une personne qui a entre 50 et 54 ans en 2024 a un risque de mourir dans l’année plus ou moins grand qu’une personne du même âge en 1990. Les risques entre 1990 et 2024 peuvent se comparer en utilisant ce que l’on appelle des taux standardisés sur l’âge : ils combinent les résultats observés à chaque âge en un seul indicateur, en supposant une même répartition par âge en 1990 et en 2024. La comparaison des taux standardisés est une synthèse des comparaisons aux différents âges, obtenue en faisant une moyenne pondérée par la répartition des âges dans la population standard.

Étude de l’évolution de la mortalité en France

Figure 1. Évolution de la mortalité en France métropolitaine sur les cinquante dernières années, à taille de population égale et à pyramide des âges identique

Source Figure 1. [3]

On étudie donc l’évolution de la mortalité en calculant des taux standardisés à taille de population égale et à pyramide des âges égale. On constate alors que la mortalité diminue assez régulièrement depuis 1979 (figure 1). On peut constater la surmortalité due à la canicule de 2003 et celle due à l’épidémie de Covid-19 entre 2020 et 2022.

Les médias répandent parfois des informations alarmantes sur l’évolution de la santé en France, mais, si on tient compte des effets démographiques, la mortalité diminue à peu près régulièrement.

Constater que le risque de décès, à taille de population égale et à pyramide des âges identique, diminue dans l’ensemble de la population n’implique pas que le risque diminue dans chaque tranche d’âge. Il diminue seulement en moyenne. On observe aujourd’hui, par exemple, une légère augmentation de la mortalité avant l’âge d’un an [4].

Évolution de l’espérance de vie

Figure 2. Évolution de l’espérance de vie à la naissance depuis 1925

Source Figure 2. [5]

Une autre façon de l’étudier consiste à regarder l’évolution de l’espérance de vie à la naissance, qui est, pour une année donnée, le nombre moyen d’années qu’un nouveau-né peut espérer vivre si les conditions de mortalité restent celles observées cette année-là. Ainsi, l’espérance de vie à la naissance en 2025 résume les données de mortalité de 2025. Ce calcul ne dit rien sur la durée moyenne de la vie de la population née en 2025. L’espérance de vie à la naissance augmente assez régulièrement depuis 1925, en dehors des périodes de la Seconde Guerre mondiale et de la Covid-19 (figure 2). L’espérance de vie à la naissance en 2025 atteint les valeurs maximales de 85,9 et 80,3 ans respectivement chez les femmes et les hommes. La différence entre l’espérance de vie à la naissance des femmes et celle des hommes diminue depuis 1992.

Baisse de la mortalité versus immortalité

On pourrait imaginer que si la mortalité continue à diminuer, la longévité va beaucoup augmenter. Certains évoquent même la possibilité d’immortalité. La figure 3 compare l’évolution de la survie, en fonction de l’âge, aux risques de décès observés en 1900, 1950 et 2000. On voit que la probabilité de survivre jusqu’à un âge donné a augmenté à tous les âges. Cependant, la différence de survie entre 1900 et 1950 vient beaucoup de la diminution de la mortalité infantile, mais aussi de la diminution de la mortalité à tous les âges ultérieurs. Entre 1950 et 2000, la mortalité avant l’âge d’un an a moins diminué et la mortalité entre un et vingt ans est devenue très faible. Les progrès en santé publique ont réduit la mortalité prématurée, et on peut s’attendre à ce que la courbe de survie soit de plus en plus rectangulaire. La longévité (la durée de vie la plus longue observée dans le monde) augmente très lentement. Quant à l’immortalité, elle relève de la fiction.

Figure 3. Évolution de la probabilité de survie aux risques de décès observés en 1900, 1950 et 2000, en fonction de l’âge.

Source Figure 3. [6]

Ainsi, la diminution des risques de décès prématurés ne fait pas disparaître la mort, elle la repousse à des âges plus élevés. Il serait théoriquement possible que les risques diminuent pour toutes les causes jusqu’à un âge très avancé. Les décès se concentreraient alors dans la dernière tranche d’âge, dont l’effectif serait très grand, qui correspondrait à un âge de plus en plus grand dans lequel le risque de mourir serait certain.

Évolution de la mortalité par causes de décès

Figure 4. Évolution de la mortalité par grandes causes entre 1975 et 2024 (France métropolitaine). L’évolution est ici calculée à taille de population égale et à âge égal.


Source Figure 4. [3]

L’étude de la mortalité par grandes causes de décès montre que cette baisse globale de la mortalité est largement expliquée par la baisse de la mortalité par maladies cardiovasculaires et par cancer (figure 4). La baisse de la mortalité cardiovasculaire est la conséquence de la diminution de la fréquence des maladies cardiovasculaires et, surtout, des progrès considérables de leur traitement. La baisse de la mortalité par cancer est importante mais inférieure à la baisse de la mortalité cardiovasculaire. En conséquence, les maladies cardiovasculaires ne sont plus la première cause de décès depuis 2000 chez les hommes et depuis 2010 chez les femmes.

Les variations d’une année à l’autre de la mortalité par maladie respiratoire sont la conséquence des épidémies de grippe. L’importante augmentation de la mortalité par maladies d’Alzheimer et de Parkinson est peut-être un artefact dû à une attribution plus fréquente des décès à ces causes, auparavant enregistrés comme dus à des causes mal définies.

Figure 5. Répartition des causes de décès en 2024. Les chiffres sont donnés après standardisation sur l’âge.


Source Figure 5. [3]

Intéressons-nous à la répartition des causes de décès en France pour l’année 2024, dernière année dont les données sont disponibles [4]. Les cancers et les maladies cardiovasculaires sont les deux principales causes de décès chez les hommes comme chez les femmes. Viennent ensuite les maladies respiratoires, les maladies du système nerveux et les accidents et suicides (figure 5).

Références


1 | Insee, « Démographie – Décès de tous âges – France métropolitaine », page de données, 13 janvier 2026. Sur insee.fr
2 | Insee, « Population totale au 1er janvier – France métropolitaine », page de données, 13 janvier 2026. Sur insee.fr
3 | Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès, « Interroger les données de mortalité », page web. Sur cepidc.inserm.fr
4 | Blanpain N, « Un enfant sur 250 meurt avant l’âge d’un an en France », Insee Première n° 2048, 10 avril 2025. Sur insee.fr
5 | « Bilan démographique 2025 », Insee. Sur insee.fr
6 | « La mortalité en France en chiffres : espérances de vie à la naissance, à 65 ans et table de mortalité », Ined. Sur ined.fr

La détermination des causes de décès


L’analyse statistique des causes de décès repose sur les certificats établis lors de toute déclaration de décès aux autorités civiles. Le médecin y décrit la chaîne des événements médicaux ayant conduit à la mort, en distinguant la cause immédiate, les causes intermédiaires et la cause initiale ou sousjacente, définie comme la maladie ou la lésion ayant déclenché le processus fatal. Plusieurs causes peuvent être mentionnées sur un même certificat (complications, comorbidités ou facteurs de risque) ce qui permet de dépasser une vision strictement monocausale du décès. La partie médicale du certificat, confidentielle, est transmise à un service dépendant de l’Inserm (le CépiDc) qui procède au codage des causes selon la Classification internationale des maladies (CIM) de l’Organisation mondiale de la santé [1]. Depuis 2021, ce traitement articule trois modes de codage entre eux : codage automatique par système expert (règles standardisées), codage manuel par équipe d’experts nosologistes (14 % des fiches en 2021) et codage à l’aide d’une intelligence artificielle entraînée sur l’historique des certificats de décès déjà codés. La CIM comprend quelques dizaines de milliers de codes organisés hiérarchiquement. Il fournit ainsi un codage détaillé et standardisé des causes de décès, commun à de nombreux usages.

À partir de ce socle, on peut construire différentes agrégations selon les besoins statistiques ou épidémiologiques : grandes causes de mortalité, listes OMS ou européennes, regroupements thématiques pour la surveillance ou la recherche (voir par exemple les 17 catégories en place au niveau de l’Union européenne [2]).

Source
Insee, « Courrier des statistiques N12 – 2024 », courrier, 16 décembre 2024. Sur insee.fr

Références
1 | Organisation mondiale de la Santé, « Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes (CIM) ». Sur who.int
2 | Union européenne, “Causes of death statistics manual”, Rapport, 2024. Sur ec.europa.eu

Publié dans le n° 357 de la revue


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L'auteur

Catherine Hill

Catherine Hill est épidémiologiste et biostatisticienne, spécialiste de l’étude de la fréquence et des causes du (…)

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