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Jean-Claude Pecker (1923-2020)

Publié en ligne le 7 octobre 2020 -

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de Jean-Claude Pecker. Il nous a quittés le 20 février 2020 à 96 ans. L’Association française pour l’information scientifique (Afis) rend hommage à un grand scientifique, mais aussi à un ami, membre du comité de parrainage et ancien président de notre association. Et elle adresse ses condoléances à sa compagne et à toute sa famille.

Professeur émérite au Collège de France, titulaire de la chaire d’astrophysique théorique de 1964 à 1988 et membre de l’Académie des sciences depuis 1977, Jean-Claude Pecker a consacré sa carrière à l’astrophysique. Il a ainsi été directeur de l’Observatoire de Nice (1962-1969), directeur de l’Institut d’astrophysique du CNRS (1972-1979), secrétaire général de l’Union astronomique (1964-1967) et auteur de nombreux ouvrages scientifiques et de vulgarisation. Comme le rappelle l’astrophysicienne Suzy Collin-Zahn, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’astrophysique théorique n’existait pratiquement pas en France et c’est sous l’impulsion d’Evry Schatzman puis sous celle de Jean-Claude Pecker qu’elle émergea et se développa [1]. Jean-Claude Pecker a également été, entre autres, président du Comité interministériel de la recherche scientifique et technique (1985-1987), président du comité Sciences de la Commission nationale française pour l’Unesco (1974-1978), ou président de la Société astronomique de France (1973-1976).

La vie de Jean-Claude Pecker est aussi celle d’un engagement politique et humaniste. En 1942, Jean-Claude Pecker réussit le concours de l’École normale supérieure, mais sa qualité de juif lui en interdit l’entrée [2]. En 1944, ses parents sont arrêtés et déportés à Auschwitz d’où ils ne reviendront pas (Jean-Claude Pecker rassemblera en un recueil, cinquante ans plus tard, plusieurs poèmes pour leur rendre hommage [3]). Dans la clandestinité, Jean-Claude Pecker s’engage dans le mouvement trotskyste [4]. Au lendemain de la guerre, avec son ami Evry Schatzman (disparu en 2010), il adhère à l’Union rationaliste, poussé en cela par le secrétaire général de l’époque, l’astronome et vulgarisateur Paul Couderc.

En 1979, Jean-Claude Pecker participe, avec Evry Schatzman, Michel Rouzé et Yves Galifret, à la création du Comité français pour l’étude des phénomènes prétendus paranormaux (CFEPP) que présidera Alfred Kastler et dont l’objectif est de combattre la promotion de l’irrationnel, du paranormal et des pseudo-sciences, en particulier sur les chaînes de la radio et de la télévision publiques de l’époque. Et c’est donc logiquement qu’il joue un rôle majeur dans le développement de l’Afis, créée en 1968 par Michel Rouzé (1913-2003) dont il était proche. Ainsi, il lui succède en 1999 en tant que président de l’association.

Depuis, Jean-Claude Pecker a toujours suivi avec intérêt et enthousiasme l’action de l’association à laquelle il avait largement contribué. En 2018, à l’occasion des 50 ans de l’Afis, il nous avait fait parvenir un enregistrement vidéo tourné sur l’île d’Yeu où il résidait alors et par lequel il adressait un message à la fois optimiste sur notre action, mais inquiet face au constat de la dégradation de la place de la science et de l’expertise dans la société.

Il y a à peine deux mois, le 23 décembre 2019, JeanClaude Pecker souhaitait encore « à notre fringante Afis une année pleine de soleil et le succès ». Le Soleil, qu’il avait largement étudié sur le plan scientifique, s’éclipse un peu avec sa disparition. Jusqu’à ces dernières semaines, Jean-Claude Pecker continuait à écrire. Il travaillait dernièrement à ses mémoires et, fin novembre 2019, paraissait son dernier livre, écrit en collaboration avec Gilles Bogaert, 1962 : La renaissance de l’Observatoire de Nice [5]. Il venait aussi de terminer la correction d’un livre de poésie, Ébauche d’un Tristan, qui, d’une certaine façon et comme il le disait lui-même, était un peu son histoire. Jean-Claude n’était pas uniquement astrophysicien… Il était aussi peintre avec plusieurs centaines d’aquarelles à son actif, qu’il faisait durant ses nombreux voyages, entre deux conférences. Quelques-unes ont déjà été éditées [6].

Nous garderons de Jean-Claude Pecker le souvenir d’un grand scientifique, d’un homme de grande culture passionné de civilisation et de littérature grecques, et d’un ami d’une grande gentillesse et plein de bienveillance.

Communiqué de l’Afis, le 24 février 2020

Plusieurs témoignages rendant hommage à Jean-Claude Pecker peuvent être consultés sur notre site Internet(afis.org).

L’Île d’Yeu, aquarelle de Jean-Claude Pecker
Références


1 | Collin-Zahn S, Des quasars aux trous noirs,, EDP Sciences, 2009.
2 | Comité français pour Yad Vashem, « Fiche de Ida Barret ». Sur yadvashem-france.org
3 | Pecker J-C, Lamento 1944–1994, Z4 éditions, 2017.
4 | Le Maintron,« Notice Schatzman Évry, Léon par Michel Pinault », Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social. Sur maitron.fr
5 | Pecker J-C, Bogaert G, 1962 : La renaissance de l’Observatoire de Nice, Z4 éditions, 2019.
6 | Pecker J-C, En voyage de quelque part à ailleurs – 1001 aquarelles, Z4 éditions, 2014.

Publié dans le n° 332 de la revue


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