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La permaculture : solution ou illusion ?

Publié en ligne le 7 février 2026 - Agriculture -

À l’heure où les enjeux environnementaux, mais aussi socio-économiques, liés à l’agriculture deviennent de plus en plus pressants, un mot revient régulièrement dans les débats : permaculture. Ce terme, à la croisée de l’agriculture, de l’écologie et parfois de la philosophie de vie, séduit par ses promesses de durabilité, de respect de la nature et d’abondance. La permaculture est parfois mise en avant dans les médias comme un modèle idyllique, sans impacts négatifs, et comme une source d’inspiration pour repenser notre rapport à l’agriculture [1, 2]. Si l’idée d’en faire un modèle généralisable à l’échelle nationale reste marginale, elle est néanmoins quelquefois évoquée, notamment dans certaines interventions ou articles militants [3, 4].

Mais derrière les images bucoliques de potagers luxuriants et de fermes harmonieuses se cache une question centrale : ce système peutil répondre aux besoins alimentaires d’un pays comme la France, sans recourir aux outils de l’agriculture moderne ? Ou est-il destiné à rester une pratique localisée de maraîchage ? Pour le savoir, il faut dépasser les discours et examiner les faits.

Un modèle séduisant… mais aux contours flous

Le terme « permaculture » naît dans les années 1970, théorisé par deux Australiens, Bill Mollison et David Holmgren [5]. Contraction de permanent agriculture, il désigne une approche qui cherche à concevoir des systèmes agricoles inspirés des milieux naturels. La permaculture, en favorisant la diversité végétale, entend minimiser les interventions humaines, intrants ou travail du sol, tout en favorisant la résilience écologique et l’abondance alimentaire.

Mais le concept dépasse souvent la seule agriculture. Les publications, formations et forums sur le sujet y intègrent des aspects éthiques, philosophiques, spirituels voire mystiques. Ainsi, des discours souvent teintés de spiritualité new age en émanent, avec des objectifs quelque peu ésotériques, comme : « vivre en harmonie avec la nature » [6], « guérir la terre » [7], ou « favoriser l’éveil de conscience » [8]. Cette hybridation entre méthode agricole et démarche de vie rend difficile l’évaluation scientifique du concept, d’autant que les moyens agronomiques permettant la mise en œuvre de ces pratiques sont souvent flous, et variables selon les exploitations. Ainsi, cette absence de définition claire et de cahier des charges vérifiable rend la permaculture difficile à étudier rigoureusement. Ce flou contribue à son succès – chacun peut y projeter ses espoirs – mais limite aussi son intégration dans des politiques agricoles fondées sur des données objectivables.

Le Jardin maraîcher, Robert Antoine Pinchon (1886-1943)

En conséquence, la littérature scientifique sur le sujet reste limitée, se concentrant davantage sur des cas particuliers que sur des analyses globales. Une étude menée en 2017 sur des fermes en permaculture aux États-Unis montre toutefois que ce modèle peut être économiquement viable [9]. Dans la majorité des cas étudiés, les exploitations génèrent des revenus significatifs, y compris par la production agricole elle-même, et pas seulement grâce aux activités périphériques comme la formation ou l’agrotourisme.

Ces activités périphériques apparaissent cependant comme un pilier central de leur fonctionnement économique.

Les auteurs soulignent néanmoins les limites de leur propre travail, en raison d’un échantillon restreint et d’un biais de sélection probable. Par ailleurs, les principes de la permaculture y sont traités de façon très souple, puisque ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui se définissent comme « permaculteurs ».

Cela dit, il semble possible d’établir un cadre de référence de ces pratiques. C’est ce qu’a tenté de faire l’Académie d’agriculture de France, qui propose, dans une fiche encyclopédique, une présentation synthétique des grands principes de cette approche (voir le premier encadré).

La ferme du Bec Hellouin : vitrine médiatique et objet d’étude

La ferme du Bec Hellouin, en Normandie, incarne le modèle permaculturel français dans sa version la plus connue. Fondée au début des années 2000, cette micro-ferme biologique devient rapidement un symbole. À travers livres, documentaires et reportages, elle s’impose comme une vitrine séduisante d’un autre mode de production [10, 11]. On y cultive sans tracteurs, sans pesticides ni engrais de synthèse, sur des buttes riches en matière organique, dans une biodiversité foisonnante, à la main ou à l’aide d’outils simples.

Sur ce site sont appliquées diverses techniques typiques de la permaculture : aménagement de microclimats par la présence d’étangs et d’arbres ; diversification extrême des cultures avec des associations de multiples essences végétales ; utilisation intensive de matières organiques, en particulier du fumier, pour enrichir des buttes et « couches chaudes » ; optimisation de l’espace, y compris en verticalité, avec des plantations en « relais » où les nouvelles cultures sont semées avant la récolte des précédentes ; et bien sûr, absence de phytosanitaires et de mécanisation, permettant une meilleure préservation des sols et de la biodiversité [12].

Les rendements de production affichés à l’hectare sont plus qu’honorables, équivalents à ceux observés en agriculture biologique traditionnelle, mais obtenus sans phytosanitaires, sans tracteurs ni travail du sol [13]. De quoi susciter l’intérêt… et la curiosité scientifique.

Les grands principes de la permaculture

La permaculture est issue d’un mouvement environnementaliste qui a pris naissance, dans les années 1970, en Tasmanie. B. Mollison et D. Holmgren proposent un changement de perspective sur l’agriculture, insistant sur « la conception d’un écosystème dont il faut appréhender les conditions de pérennisation » et sur « l’objectif d’une vie qui soit le plus autonome possible à l’échelle transnationale » [1]

La permaculture est pratiquée par certains maraîchers, qui n’utilisent pas d’intrants de synthèse. Ce sont donc souvent des agriculteurs en agriculture biologique, mais pas toujours certifiés. Dans cette technique, il est pratiqué presque systématiquement le non-labour, afin de ne pas perturber l’activité biologique du sol. En outre, des quantités importantes de matière organique (fumier, compost, paille, feuilles d’arbre, bois raméal fragmenté 1) sont appliquées à la surface du sol afin de limiter le développement des adventices. La permaculture pratique fréquemment les associations de cultures et un couvert permanent du sol.

Les grands principes de la permaculture sont les suivants :

  • L’autonomie et l’autosuffisance, qui sont les maîtres-mots de la permaculture.
  • La sobriété énergétique, qui implique d’utiliser peu ou pas de mécanisation ; en corollaire, les besoins en main-d’œuvre sont importants, et certains permaculteurs utilisent la traction animale.
  • La construction d’un sol approprié au maraîchage est un passage obligé, puisque le sol naturel est en général insuffisamment fertile pour une production intensive. Concrètement, les aménagements pratiqués peuvent être des buttes permanentes rondes ou allongées, des planches permanentes plates, des couches chaudes (andains de fumier frais de cheval qui, en fermentant, va dégager de la chaleur) pour pouvoir faire des semis précoces, des cultures sous serre froide.
  • L’intensification de la surface disponible, car la permaculture est souvent mise en œuvre par des néoruraux disposant de peu de foncier, ce qui nécessite de produire le maximum de légumes sur un minimum de surface. Et pour cultiver le maximum d’espèces annuelles et pérennes, on met en œuvre des techniques telles que des associations d’espèces, des cultures relais (implantées sous couvert de la culture précédente), des plantes de service, des couches chaudes, etc.
  • L’autonomie en matières organiques, qui doit inciter à disposer de prairies et d’une importante surface arborée (agroforesterie, haies, etc. ). L’arbre joue un rôle central, car c’est une source de matière organique et d’éléments fertilisants (grâce au bois raméal fragmenté).

Source
1| Viaux P, « Permaculture et agriculture de conservation des sols »,fiche « Questions sur… » n° 01. 08. Q10, Encyclopédie, Académie d’agriculture de France, janvier 2025. Sur academie-agriculture. fr

L’étude de l’Inra : une analyse encourageante… mais à manier avec précaution

Face à l’intérêt grandissant pour ce modèle, une étude est lancée en 2011 par l’Inra (aujourd’hui Inrae, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) et l’Institut Sylva (aujourd’hui Institut de la ferme du Bec Hellouin, organisme associatif chargé de mener des recherches sur la ferme), sur une petite parcelle de 1 000 m² de la ferme du Bec Hellouin [14]. Pendant quatre ans, les chercheurs analysent le travail fourni, les rendements obtenus et les revenus générés, en conditions réelles. Chaque intervention est minutieusement chronométrée, et la valeur marchande des productions est rigoureusement évaluée.

Les résultats sont positifs : le revenu net mensuel par actif, pour un volume hebdomadaire d’environ 43 h, varie entre 898 € et 1 571 €, ce qui est considéré dans l’étude comme « tout à fait acceptable, voire supérieur, au regard des références couramment admises en maraîchage biologique diversifié ». Le rapport conclut donc à la viabilité économique du modèle… du moins à cette échelle et dans ce contexte [14]. Mais cette conclusion, parfois reprise sans nuance, doit être examinée de près.

Tout d’abord, de nombreuses critiques ont été formulées, relayées en particulier par des acteurs plutôt bienveillants sur ce mode d’agriculture, comme le site belge « Barricade » [15]. Premièrement, le contexte de la micro-ferme est exceptionnel : elle jouit d’une notoriété importante, ce qui valorise fortement ses produits. Pour se faire une idée, la valeur des légumes produits sur les 1 000 m² étudiés est estimée entre 30 000 et 55 000 €. À titre de comparaison, selon l’Insee, un hectare en maraîchage bio classique génère environ 15 000 € [16]. Rapporté au mètre carré, l’écart peut atteindre ainsi un facteur 30. Ce résultat s’explique en grande partie par une forte valorisation des produits, via une diversité de débouchés : circuits courts, paniers Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), restaurants, etc. [17]. De plus, l’organisation repose sur plusieurs intervenants et permet ainsi une grande flexibilité de travail, ce qui est difficile à reproduire dans des structures gérées seules, ou avec un effectif réduit [18]. Enfin, l’étude du Bec Hellouin ne prend en compte que le temps passé directement sur les parcelles cultivées, soit 2 000 heures pour la deuxième année. Ce calcul exclut de nombreuses tâches essentielles : planification, logistique, entretien des outils, etc. Pour compenser, les chercheurs ont ajouté un tiers du temps par estimation, portant le total à 3 000 heures. Une correction qui reste modeste et que le collectif « Barricade » considère comme sousestimant probablement le temps de travail réel.

Mais surtout, comme le souligne le rapport luimême, « ces 1 000 m2 étudiés correspondent à la zone la plus intensive de la ferme du Bec Hellouin et ne doivent en aucun cas être considérés comme suffisants pour établir une micro-ferme ». En tirer des conclusions sur une généralisation du système est un raccourci hâtif.

Des freins structurels majeurs à la généralisation

Trois limites fondamentales empêchent aujourd’hui d’imaginer un déploiement à grande échelle du modèle permaculturel tel qu’incarné par le Bec Hellouin (voir aussi le deuxième encadré).

Un champ d’application restreint

La permaculture, telle que pratiquée sur la ferme normande, concerne uniquement le maraîchage et les cultures fruitières. Or le maraîchage ne représente qu’environ 2 % de la surface agricole utile (SAU) en France [19]. Aucun exemple documenté ne montre à ce jour que les principes de la permaculture puissent être appliqués efficacement à des grandes cultures (blé, maïs, colza…). Et pour cause : ces systèmes reposent souvent sur des échelles, des besoins logistiques et des contraintes économiques totalement incompatibles avec une gestion manuelle et non mécanisée.

Une dépendance au fumier ?

Le modèle de la ferme repose largement sur des apports externes de matière organique, en particulier du fumier de cheval fourni par le centre équestre voisin. Lors de l’installation des buttes de culture et des couches chaudes, les quantités utilisées étaient particulièrement importantes. D’après une étude menée en 2016 par l’Institut Sylva, entre 17 et 62 kg de fumier par m² ont été épandus dans le secteur de la serre cette année-là [20].

Les Ramasseurs de crottin (détail), Peter Hansen (1868-1928)

Sachant qu’un kilogramme de fumier de cheval contient environ 8, 7 g d’azote [21], cela représente un apport d’azote compris entre 1 480 et 5 400 kg/ha – des niveaux très largement supérieurs au plafond annuel de 170 kg/ha fixé par la directive « Nitrates » [22].

Et pourtant, dans ce même rapport, l’Institut Sylva affirme que les apports d’azote en 2016 n’auraient été que de 167 kg/ha, donc juste en dessous du seuil réglementaire. Comment expliquer un tel écart ? En réalité, pour parvenir à ce chiffre, l’Institut a lissé les apports sur l’ensemble des surfaces de la ferme, y compris les zones qui ne reçoivent aucun fertilisant (allées, bâtiments, zones boisées. . . ), ainsi que des herbages destinés à la culture de blé rustique et de légumes de garde. Ces surfaces, bien moins intensives que la zone étudiée par l’Inra, sont aussi probablement bien moins rentables.

En d’autres termes, sur la seule parcelle de 1 000 m² ayant démontré une rentabilité économique, on est très largement au-delà des seuils autorisés en matière de fertilisation azotée. Si cela ne pose pas de problème environnemental au Bec Hellouin, du fait de la faible surface concernée, une généralisation du modèle biointensif pourrait entraîner des fuites d’azote préoccupantes.

Et au-delà de l’enjeu environnemental se pose aussi la question de la faisabilité. Le Bec Hellouin bénéficie d’une situation locale exceptionnelle, avec un centre équestre à proximité immédiate qui lui fournit à faible coût de grandes quantités de fumier. Une configuration rare dont peu de fermes pourraient profiter.

Un volume de travail irréaliste

Enfin, le facteur humain constitue un obstacle colossal. L’étude de l’Inra estime que la parcelle de 1 000 m² nécessite entre 1 400 et 2 100 heures de travail par an [14]. À l’hectare, cela représente entre 14 000 et 21 000 heures. Cela impliquerait entre sept et huit personnes pour s’occuper de cet hectare, comparé à environ une personne en agriculture maraîchère bio [23].

Les limites de la permaculture

Dans sa fiche encyclopédique sur la permaculture, l’Académie d’agriculture de France recense un certain nombre de « points difficiles » :

  • Les besoins en main-d’œuvre de ce type de système sont élevés, et, en absence de mécanisation, le travail est souvent pénible.
  • Les résidus organiques produits sur l’exploitation sont souvent insuffisants. Les permaculteurs ont donc souvent recours à de la matière extérieure à l’exploitation (généralement du fumier bovin).
  • La pratique des buttes de culture pose souvent problème : avec un climat sec et en absence d’irrigation, les buttes sèchent très rapidement, aussi une bonne disponibilité en eau est indispensable. En France métropolitaine, il faut des zones bien arrosées ou humides, comme le Marais poitevin ou les hortillonnages d’Amiens.
  • Comme pour de nombreuses cultures en agriculture biologique, les rendements en permaculture restent faibles.

En France métropolitaine, la permaculture est encore en phase « recherche-action », alors qu’elle est pratiquée avec succès dans les pays tropicaux humides. En effet, sous le climat métropolitain, les hivers froids et le manque d’eau en été limitent les possibilités de cette technique.

Source
Viaux P, « Permaculture et agriculture de conservation des sols », fiche « Questions sur… » n° 01. 08. Q10, Encyclopédie, Académie d’agriculture de France, janvier 2025. Sur academie-agriculture. fr

Un simple calcul donne le vertige : pour cultiver en permaculture les 530 000 hectares de terres dédiées aux fruits et légumes en France (soit 2 % de la SAU), il faudrait plus de 3, 5 millions d’agriculteurs, soit cinq fois plus que le nombre total d’agriculteurs d’aujourd’hui [24], tous secteurs confondus.

Un modèle non généralisable, mais qui présente des intérêts

Faut-il pour autant rejeter la permaculture en bloc ? Certainement pas. À l’échelle locale, pour des micro-fermes diversifiées, le modèle peut fonctionner et avoir un intérêt, tant économique qu’environnemental et social. Il peut favoriser le lien au territoire, la biodiversité, offrir une voie économiquement viable pour des projets agricoles de petite taille nécessitant peu d’investissements et, surtout, répondre à des aspirations personnelles ou communautaires de sobriété et d’autonomie [25]. Ce type de pratique peut aussi être mis en œuvre dans des micro-fermes urbaines [26], en réponse à une demande croissante de la part d’un public citadin.

D’un point de vue agronomique, certaines techniques employées en permaculture sont déjà utilisées et intégrées à des systèmes agricoles plus vastes. Ce sont précisément ces pratiques-là qui gagneraient à être généralisées à l’avenir. C’est le cas du non-labour, notamment imposé par l’agriculture de conservation des sols et qui permet la préservation de la biodiversité souterraine [27]. De même, l’agroforesterie, en associant arbres et cultures, permet de stocker du carbone, d’enrichir les sols et de réguler le microclimat à l’échelle de la parcelle [28]. La diversification des cultures et les rotations longues favorisent quant à elles la fertilité des sols et la régulation naturelle des ravageurs [29]. D’autres approches, comme les cultures associées, optimisent l’espace disponible et réduisent les besoins en intrants. Dans le cas des cultures relayées, la culture suivante est semée avant la récolte de la précédente, ce qui maximise le temps d’occupation du sol [30]. À cela s’ajoutent les aménagements servant de refuges à auxiliaires, qui offrent un habitat favorable aux insectes pollinisateurs et aux prédateurs naturels des ravageurs [31].

Mais cela suppose de distinguer ces techniques des dimensions ésotériques ou idéologiques parfois accolées à la permaculture, et de les évaluer avec les outils rigoureux de l’expérimentation scientifique.

Une niche intéressante, mais pas une solution globale

La permaculture n’est ni une imposture, ni une solution miracle. Elle reflète une volonté légitime de produire autrement, de renouer avec le vivant, de redonner du sens au métier d’agriculteur. Mais les limites du modèle sont bien réelles et empêchent sa généralisation. La complexité des systèmes alimentaires modernes, les besoins en productivité, les contraintes économiques et la réalité démographique rendent irréaliste l’idée d’une transition à grande échelle vers la permaculture telle qu’elle est pratiquée au Bec Hellouin.

Il ne faut pas oublier que, malgré ses limites et ses inconvénients, le modèle productiviste actuel permet de nourrir efficacement la population. À force de focaliser notre attention sur une solution supposément idéale, on risque de négliger des pistes plus modestes, mais concrètes, qui pourraient améliorer le système existant sans mettre en péril l’indépendance alimentaire du pays, comme les techniques de conservation des sols (voir le dernier encadré), l’agroforesterie, ou encore l’usage de couverts végétaux.

Nature morte avec des fruits et une abeille(détail), Andreas Lach (1817-1882)
L’agriculture de conservation des sols

Ces évolutions doivent s’appuyer sur une démarche scientifique rigoureuse, qui ne se satisfait pas de bonnes intentions. Elle observe, teste, confronte les résultats, doute… et rejette souvent les promesses trop simplistes.

Le terme d’« agriculture de conservation » a été défini en 2001 par la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture, agence spécialisée des Nations unies). Que cherchet-on à conserver ? Essentiellement la fertilité des sols agricoles, en les préservant contre les processus de dégradation qui peuvent les affecter, en particulier en luttant contre l’érosion.

La définition de la FAO comporte trois grands principes devant être appliqués simultanément :

  • Couverture maximale des sols, par les résidus des cultures précédentes (appelés mulch) ou par des plantes de couverture implantées en intercultures ou en couverts vivants permanents.
  • Absence de travail du sol (seule la perturbation de la ligne de semis est tolérée).
  • Diversification des espèces cultivées (rotations longues avec alternance de différentes familles de plantes – légumineuses, céréales, crucifères – et recours aux cultures intermédiaires et aux associations de cultures).

Dans un souci de normalisation et parce que ces techniques peuvent se décliner à différents degrés, la FAO a fixé un seuil minimum de couverture des sols par les résidus du précédent cultural de 30 % après semis, ce taux de couverture correspondant, d’après l’USDA (département de l’administration fédérale américaine chargé de la politique en matière d’agriculture et d’alimentation), au minimum indispensable pour limiter les phénomènes d’érosion.

Historiquement, c’est la composante de couverture du sol qui s’est développée en premier, pour protéger les sols contre l’érosion. Aux États-Unis, les désastres causés dans les années 1930 par l’érosion éolienne sont à l’origine de l’émergence des techniques d’implantation en semis direct, selon lesquelles le semis est réalisé en laissant le sol couvert par les résidus de la culture précédente. Elles ont ensuite pris de l’ampleur dans les années 60 grâce aux incitations de l’État américain, et surtout grâce à la généralisation de l’utilisation dans les années 90 d’herbicides totaux (dont le glyphosate) qui permettent de détruire les adventices avant le semis sans recourir au labour. Au Brésil, l’agriculture de conservation s’est développée pour contrôler l’érosion hydrique, en Australie et au Kazakhstan pour lutter contre la sécheresse. En Afrique, l’agriculture de conservation progresse lentement dans une quinzaine de pays, sur des surfaces assez faibles et avec une application partielle des trois grands principes. La couverture permanente par le mucuna, une légumineuse, est pratiquée depuis 1920 au Nigeria et a été reprise plus récemment avec succès au Bénin. Au Ghana se développent des systèmes sans travail du sol, mais sans couverture permanente du sol et avec utilisation d’herbicides, de même pour le coton au Nord-Cameroun.

Enfin, en Europe, les motivations économiques – gain de temps et économie de carburant – priment souvent sur la lutte contre l’érosion. Le véritable semis direct reste rare. De même, l’absence totale de travail du sol est rarement appliquée et les systèmes de culture recourent plutôt aux techniques culturales simplifiées, avec abandon du labour mais travail du sol superficiel, ou bien avec des labours occasionnels, essentiellement dans les grandes exploitations spécialisées dans les cultures annuelles (céréales à paille et colza).

Source : Inrae, « Le tripode de l’agriculture de conservation », 6 novembre 2013. Sur inrae. fr


La superficie de l’agriculture de conservation est en augmentation régulière et représentait en 2018-2019 14, 7 % des terres cultivées mondiales, avec une présence dans 102 pays [1]. Elle serait de 1, 1 % en France [2].

Références
1| Kassam A et al. , State of the global adoption and spread of conservation agriculture, Burleigh Dodds, 2022.
2| Agrobiodiversity Index, « France : country profil », rapport, 2021. Sur alliancebioversityciat. org

Références


1 | Simon-Meslet D, « La permaculture est une voie d’avenir pour les pays du Sud », Reporterre, 18 septembre 2017.
2 | Fircowicz B, « La permaculture, un remède aux “pratiques destructrices” », La Voix du Nord, 15 mars 2023.
3 | Post X de LCP du 2 décembre 2022.
4 | Saint-Léger T, « Permaculture : quels bénéfices pour la biodiversité ? », L‘info durable, 11 octobre 2024.
5 | Permaculture Formation, « Histoire de la permaculture », 2025. Sur permacultureformation.fr
6 | Arcmed, « La permaculture : une approche holistique pour un mode de vie durable et en harmonie avec la nature », 2025. Sur arcmed.eu
7 | Hervé-Gruyer C, Hervé-Gruyer P, Permaculture. Guérir la Terre, nourrir les hommes : la ferme du Bec Hellouin, Actes Sud, 2021.
8 | Permaculture & Jardin, « Comment la permaculture peut éveiller votre conscience et votre esprit ! », 25 septembre 2023. Sur permaetc.fr
9 | Ferguson RS, Lovell ST, “Livelihoods and production diversity on US permaculture farms”, Agroecology and Sustainable Food Systems, 2017, 41 : 588-613.
10 | Météo à la carte, « La ferme du Bec Hellouin, un modèle au niveau mondial », vidéo, 15 mai 2017. Sur youtube.com
11 | France Inter, « Permaculturons dans la ferme du Bec Hellouin ! », CO₂ mon amour, 3 avril 2022.
12 | Site de la ferme du Bec Hellouin. Sur fermedubec. com
13 | Morel K et al. , “Small can be beautiful for organic market gardens : an exploration of the economic viability of French microfarms using MERLIN”, Agricultural Systems, 2017, 158 : 39-49.
14 | Léger F, Guégan S, « Maraîchage biologique permaculturel et performance économique », rapport final, novembre 2015. Sur inrae.fr
15 | Stevens C, « Permaculture et maraîchage biologique, un choix économiquement intéressant ? », Barricade, 2015.
16 | Institut national de la statistique et des études économiques, « Transformations de l’agriculture et des consommations alimentaires », Insee Références, 27 février 2024.
17 | Gollot C, « Le Bec-Hellouin, la micro-ferme qui montre “qu’on peut produire beaucoup, de façon durable” »,We Demain, 24 septembre 2021. Sur wedemain.fr
18 | Weiler N, « Les micro-fermes bio seraient économiquement viables », Basta ! , 5 octobre 2016.
19 | Caraes D, « Recensement agricole 2020 : chiffres clés », Agriculture et territoires, 16 mai 2022. Sur chambres-agriculture.fr
20 | Géhin L, « Étude des flux de matières organiques de la Ferme du Bec Hellouin en 2016 », rapport, novembre 2017. Sur fermedubec.com
21 | Equures, « Gérer son fumier de sa production à son épandage selon la réglementation », 2019. Sur label-equures.com
22 | Chambres d’agriculture France, « Directive nitrates », 2024. Sur chambres-agriculture.fr
23 | Réseau Gab/Frab, « S’installer en maraîchage bio en circuit court », Les fiches techniques du réseau Gab/Frab, 2016. Sur agrobio-bretagne.org
24 | Agreste, « Estimations d’emploi agricole : emploi 2022 et estimations provisoires 2023 », rapport, 23 juillet 2024. Sur agreste. agriculture. gouv.fr
25 | Inrae, « Ferme du Bec Hellouin : la beauté rend productif », 1er août 2023. Sur Inrae.fr
26 | Cerema, « L’agriculture urbaine dans les EcoQuartiers », rapport, mars 2019. Sur cerema.fr
27 | Pittelkow CM et al. , “When does no-till yield more ? A global meta-analysis”, Field Crops Research, 2015, 183 : 156-68.
28 | Inrae, « Agroforesterie : des arbres pour une agriculture durable », 6 janvier 2022. Sur inrae.fr
29 | Viaux P, « La rotation longue : pratique agricole indispensable pour une agriculture multi-performante », Académie d’agriculture de France, 15 mai 2019.
30 | Agro Soil, « Comment faire de la culture associée un allié pour notre exploitation ? », blog. Sur agrosoil.fr
31 | Chambre d’agriculture Pyrénées-Atlantiques, « Auxiliaires », 2025. Sur pa. chambres-agriculture.fr

1 Le « bois raméal fragmenté » (BRF) est obtenu par broyage de branchage vert brut (non composté).