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Nos futurs

Publié en ligne le 12 avril 2021
Nos futurs
Imaginer les possibles du changement climatique
Aline Aurias, Roland Lehoucq, Daniel Suchet et Jérôme Vincent (dir.)

Editions ActuSF, 2020, 530 pages, 19,90 €

Voici un livre plein de bonnes intentions. Préfacé par Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe 1 du Giec, ce volume se propose d’explorer les conséquences d’une élévation de la température globale de 1,5 °C et de suggérer des pistes pour les atténuer, au travers de dix essais sur des thèmes allant de la lutte contre la faim dans le monde à la préservation de la biodiversité avec, à chaque fois, en regard, une nouvelle écrite par un auteur de science-fiction francophone.

Les nouvelles de SF réunies se lisent facilement, même si le didactisme tend à diminuer le plaisir de la lecture. Mais l’imagination des auteurs met de la chair sur des abstractions : Home, de Laurent Genefort dépeint une sobriété énergétique qui va jusqu’au rationnement ; Raphaël Granier de Cassagne, dans La faim justifie les moyens, anticipe une forme de colonialisme écologique lorsque la faim d’énergies renouvelables des pays riches conduit à couvrir le Sahara de panneaux solaires gérés par des multinationales sans égard pour les populations locales. La tonalité des récits est majoritairement dystopique : elle décrit soit des mondes où l’équilibre énergétique n’est atteint que par un contrôle social étroit sur tous les aspects de la vie, depuis le mariage et la procréation jusqu’à l’envoi d’un courriel, soit des mondes où la population du globe a été drastiquement réduite par des cataclysmes, façon un peu macabre de « résoudre » le réchauffement climatique.

La partie documentaire, qui expose des données scientifiques sur le sujet, est inégale et présente des lacunes. Ainsi, par exemple, dans le texte sur l’agriculture, l’extension des surfaces cultivées est présentée comme une solution : « La hausse possible des rendements ne suffira pas […] et la mise en culture de 120 à 849 millions d’hectares, soit de + 8 % à + 57 % de la surface agricole actuelle, apparaît nécessaire. » Alors que le rapport du Giec « Changement climatique et terres émergées » publié en 2019 [1] (2020 pour la version française [2]) suggère au contraire que les scénarios qui limitent le réchauffement à 1,5 °C reposent « sur les usages et les changements d’usages des sols, la plupart alliant dans des proportions variées reboisement, boisement, réduction de la déforestation et bioénergie ».

Autres éléments absents qui auraient gagné à être mentionnés : le recours aux biotechnologies pour l’obtention de nouvelles variétés visant à augmenter les rendements agricoles, la consommation d’insectes comme source de protéines à bas carbone. Dans le chapitre sur l’énergie, aucune mention n’est faite de l’énergie nucléaire (rien sur la technologie actuelle ni sur les possibles espoirs mis dans la fusion). Dans ceux sur l’urbanisme et l’industrie, rien n’est dit sur les matériaux de construction à bas carbone ni sur l’hydrogène. En fait, aucun recours à des technologies nouvelles n’est suggéré, à part le stockage géologique de CO2. Ces lacunes orientent et limitent le choix des futurs envisageables.


Références
1 | Giec (IPCC), “Special Report on Climate Change and Land (Summary for Policimakers”, août 2019.

2 | « Changement climatique et terres émergées », résumé à l’intention des décideurs, 2020.