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Ondobiologie : l’ésotérisme recyclé

Publié en ligne le 23 janvier 2022 -

En fouillant sur Internet, il est possible de dénicher une nouvelle thérapie alternative, l’ondobiologie. Une vraie nouveauté ? Pas tout à fait : quelques minutes suffisent pour comprendre que l’ondobiologie n’est qu’une énième variante du biomagnétisme, une pratique ésotérique basée sur la croyance qu’il est possible de transmettre de l’énergie d’un individu à un autre par l’intermédiaire de « fluides » et de soigner ainsi certaines affections. Légère innovation tout de même : avec l’ondobiologie, on peut « opérer », mais sans instruments et sans produire de déchets… tout est immatériel. Sauf peut-être la facture des « soins »…

Un recyclage de pseudo-sciences…

L’ondobiologie part du postulat que notre corps est constitué d’ondes et d’énergies. Ces énergies seraient « produites par nos atomes » et « indispensables pour toutes nos fonctions » mais une fois utilisées elles doivent être « rejetées à l’extérieur du corps », sans quoi « elles perturbent tout » [1]. En effet, non évacuées, « les énergies usées s’accumulent, stagnent et forment des “bouchons” qui empêchent la libre circulation des flux d’énergie » et « provoquent la fatigue, des douleurs et des malaises » [2]. Concrètement, on apprend que « tous les problèmes dits mécaniques (colonne vertébrale, genoux, épaules, dents, organes, etc.) […] sont des conséquences dues à l’accumulation d’énergies électromagnétiques non évacuées ». Et même les états pathologiques comme les maladies infectieuses n’auraient « pas d’autres causes que des problèmes énergétiques » puisqu’elles « ne peuvent se développer que si le terrain organique est en déficit d’énergies vitales » [3].

Dans les vagues (Ondine I), Paul Gauguin (1848-1903)

L’ondobiologie propose donc, pour remédier à nos pathologies diverses et variées, des « techniques énergétiques précises qui permettent d’extraire, de désincruster les énergies usées, causes d’un ou plusieurs problèmes. Après quoi, les fonctions peuvent reprendre normalement, puisque plus rien n’empêche la bonne circulation des énergies » [3]. Une approche qui nous rappelle immédiatement une autre thérapie, l’énergiologie, « basée sur la connaissance des énergies dans toutes leurs manifestations », et qui permettrait d’après ses promoteurs d’accéder à une meilleure compréhension « des organisations et des déséquilibres énergétiques » et de rétablir, par des techniques pour le moins non invasives 1, « l’harmonie générale en “soudant” les parties disloquées du corps énergétique » [4]. Cela nous rappelle aussi curieusement les préceptes des thérapies de la mémoire cellulaire, dans lesquelles le thérapeute « dans un rythme vibratoire très élevé, […] facilite par ses émanations, associées à des mouvements énergétiques, la transmutation de l’Être qui s’est préparé à cette transformation » et combat les « énergies mémorielles néfastes causes de toutes les souffrances… » [5]. Et cela nous rappelle encore étrangement la domothérapie, qui nous enseigne que « le taux vibratoire de notre habitat [aurait] une forte influence sur notre bien-être » et que « des énergies nocives [pourraient y] régner […] et faire obstacle à la libre circulation de l’énergie », ce qui impacterait directement notre santé [6]… Mais jetez donc ce ramassis de pseudo-thérapies à la poubelle : l’ondobiologie serait en fait, selon certains de ses promoteurs, « la seule thérapie complémentaire à ce jour pour retirer, extirper et désincruster les énergies usées de notre corps [et retrouver] une radio-vitalité optimum » [1]. Nous sommes donc prévenus. Il y a le bon pseudo-thérapeute… et le mauvais. Tout dépend sans doute de celui à qui l’on pose la question.

…qui ne produit pas de déchet…

Revenons donc à nos spécialistes du traitement des os usés. Comment travaillent-ils ? L’ondobiologue « ne touche pas, ne plante pas d’aiguille, ne fait aucune traction, ni pression », il utilise des outils que l’on ne « voit pas du tout » mais qui pourtant « sont là, et œuvrent en silence » [7]. Des outils invisibles… On pourrait penser à une métaphore. Ça ne l’est pas. L’une des techniques de l’ondobiologie est la biochirurgie immatérielle : puisque des bouchons d’énergies sont responsables de nos maladies, alors quoi de plus approprié pour nous en débarrasser que des bistouris énergétiques, des pinces immatérielles et autres ciseaux ondulatoires ? De quoi procéder à une « opération » qui ne nécessite même pas d’anesthésie puisque le « travail se fait sur le corps énergétique de la personne, et aura ensuite une incidence sur le corps physique » [8]. Un autre site développe : les ondobiologue seraient « capables, avec les énergies électromagnétiques qui sortent de [leurs] mains, de restaurer sur le champ, un organe, des vertèbres, un muscle, etc., en dématérialisant ce qui doit être restauré et en créant instantanément une pièce nouvelle sous forme d’un greffon immatériel de cellules souches, qu’on positionne en place et matérialise ensuite en cellules biologiques qui assurent la restauration des tissus organiques, osseux, musculaires, etc. », ce qui leur permettrait, à les écouter, « de redonner une mobilité à toutes les vertèbres, d’équilibrer une bascule des hanches, d’éliminer un kyste sur un ovaire, de résoudre diverses pathologies » [9]… Vous éprouvez quelques difficultés à trier l’information dans tout cet amphigouri et à comprendre très concrètement ce que pratiquent ces « biochirurgiens immatériels » ? Certaines vidéos du Web (par exemple, [10]) permettent d’observer et de mieux « comprendre » les techniques de ces thérapeutes qui vous opèrent par le geste et la pensée, sans instruments réels et sans vous ouvrir… Encore moins rassuré ? Vous n’avez pourtant aucune inquiétude à avoir quant à leurs compétences puisque, nous diton, « Les biochirurgiens certifiés reçoivent une formation rigoureuse, précise et sûre, les plaçant à la pointe de la Médecine énergétique du monde » [11]. Des compétences de « haut rang », qui, bien entendu, se paient : on apprend sur le site de francetvinfo [12] que des cours pour devenir « biochirurgien » sont facturés autour de 1 500 € la séance, que le diplôme coûte 9 000 € et qu’une mère a versé 10 000 € à un « biochirurgien » pour soigner la scoliose de sa fille, laquelle a dû ensuite être (réellement) opérée en urgence à l’hôpital, son état de santé s’étant aggravé…

…à bazarder dans la fosse sceptique

L’ondobiologie n’est qu’une reconversion de pratiques ésotériques anciennes, exploitant l’attrait des gens pour les concepts d’énergie et de magnétisme et profitant de leur crédulité ou de leur faiblesse. C’est de l’upcycling, pour utiliser un anglicisme à la mode. Un compostage de pseudo-sciences périmées… D’ailleurs, certains ondobiologues ne s’en cachent pas, puisqu’on peut lire, au détour d’un page Web, que « dans notre monde énergétique tout bouge, tout change, tout évolue. Et voilà le Biomagnétisme est devenu l’Ondobiologie » [13].

Mais si ces histoires de débouchage des énergies usées à l’aide de ciseaux invisibles et de greffons immatériels peuvent faire sourire, elles n’en sont pas moins dangereuses. Dans le cadre d’une commission d’enquête conduite par le Sénat, le fondateur de l’ondobiologie, décrit ici ou là comme un chercheur et un inventeur [13], ou encore comme un professeur en énergies humaines [2], a été interrogé. Le compte rendu des discussions est consultable sur le Web [14] et j’invite très sincèrement nos lecteurs qui n’ont jamais fait l’expérience de l’infini à y jeter un œil. On y comprend notamment pourquoi, lors du « retrait » d’un kyste des ovaires par les techniques de la biochirurgie immatérielle « il faut [le] jeter dans une poubelle » en allant « très très vite » avant qu’il ne se désagrège à l’intérieur du corps du patient, puis vider la poubelle dans « l’espace »… On y apprend aussi que les ondobiologues prétendent, entre autres choses prodigieusement salutaires, que grâce à leur discipline, des infirmières peuvent désormais apprendre « une technique réellement instantanée qui permet de stopper une crise cardiaque dans l’instant, sans toucher la personne, laquelle revient à elle immédiatement sans aucune souffrance ni séquelle, avec un pouls normal, une bonne respiration, en se disant bien dégagée »

Le bac est plein : n’est-il pas urgent que le législateur fasse un tri par le vide dans ces pseudo thérapies non seulement grotesques, mais aussi dangereuses, avant qu’elles ne provoquent des drames et ne fassent des morts qui, eux, seront bien réels ?

Références


1 | « L’ondobiologie », page web du cabinet d’ondobiologie Dominique Lecante, sur dominique-lecante.fr (consulté le 1006-21).
2 | Page web du Centre d’ondobiologie biochirurgie & drainolymphatique, sur jeanmichelmarche.fr— (consulté le 10-06-21).
3 | « L’ondobiologie », EL-ondobiologie, sur el-ondobiologie.fr (consulté le 10-06-21).
4 | Point S, « L’énergiologie : une pseudo-science à dormir debout », 14 juin 2018, sur afis.org
5 | Point S, « Mémoire cellulaire : demandez le programme ! », 16 novembre 2016, sur afis.org
6 | Point S, « Domothérapie : la raison hantée, nouvelle pseudoscience », 28 mars 2021, sur afis.org
7 | « L’ondobiologie », page Yoga de Samara-Reiki, sur yogaderviche-reiki.com (consulté le 10-06-21).
8 | « Biochirurgie immatérielle », page de Colette Perennec, sur colette-perennec-biomagnetisme.fr (consulté le 10-06-21).
9 | « Ondobiologie et Biochirurgie immatérielle, l’énergie de la vie », sur lenergiedelavie.fr (consulté le 10-06-21).
10 | « Ondobiologie : biochirurgie immatérielle du genou », Cabinet d’Ondobiologie & Réflexologie-Marche J-Michel, YouTube (consulté le 10-06-21).
11 | « La biochirurgie immatérielle », Mon naturonet, sur monnaturonet.com (consulté le 10-06-21).
12 | San L, « Médecine : trois remèdes fumeux qui font mal au portefeuille », 11 avril 2013, sur francetvinfo.fr
13 | « Ondobiologie et Access Bars », La fleur de vie, sur lafleurdevie.site (consulté le 10-06-21).
14 | Audition de M. Jean-Marie Bataille, directeur de l’Institut français d’application pour le corps et l’esprit (Iface), rapport de commission d’enquête « Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la santé en danger », mardi 26 février 2013, sur senat.fr

1 En effet, au cours d’une séance d’énergiologie, le « thérapeute » s’assoit simplement à côté du « patient », qui souvent s’endort…

Publié dans le n° 337 de la revue


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L' auteur

Sébastien Point

Docteur en physique, ingénieur en optique et licencié en psychologie clinique et psychopathologie. Responsable de (...)

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