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De granules en aiguilles…

Placebo et effet placebo en médecine
De granules en aiguilles…

Publié en ligne le 3 juin 2011
Note de lecture de Jacques Van Rillaer - SPS n° 294, janvier 2011
Placebo et effet placebo en médecine
Jean-Jacques Aulas Éditions Book-e-Book, 2010, 62 pages, 9,90 €
De granules en aiguilles… L’homéopathie et l’acupuncture évaluées
Jean-Jacques Aulas Éditions Book-e-Book, 2010, 54 pages, 9,90 €

J.-J. Aulas est psychiatre et psychopharmacologue. Durant 15 ans, il a collaboré à la revue Prescrire. Il signe deux petits livres qui devraient intéresser ceux qui n’ont pas lu son excellent ouvrage Les médecines douces. Des illusions qui guérissent, paru il y a une quinzaine d’années (Odile Jacob, 1993, 302 p.).

Aujourd’hui tout le monde sait ce qu’est l’effet placebo. Toutefois, ce processus n’a été conceptualisé qu’au XIXe siècle et son étude expérimentale n’a débuté que dans la seconde moitié du XXe. Des chercheurs ont pu préciser l’impact des principaux facteurs de son efficacité : le type de pathologie, le type de traitement, la personnalité du patient (les personnes conciliantes, notamment, sont particulièrement influençables), les attentes du patient, la qualité de sa relation avec son médecin, le degré de confiance du médecin dans son propre traitement. Il reste à poursuivre les recherches sur les mécanismes en jeu (en particulier, sur les processus neurophysiologiques). Aulas présente ici diverses hypothèses explicatives et des découvertes récentes sur le rôle du système opioïde endogène, découvertes réalisées grâce à l’imagerie médicale. Ces informations (nouvelles par rapport à son ouvrage de 1993) sont tout à fait passionnantes.

L’ouvrage sur l’homéopathie et l’acupuncture fait le point sur les connaissances relatives à ces pratiques, qui sont les deux médecines alternatives les plus utilisées par les Français.

L’auteur commence par exposer les étonnants principes qui président à la fabrication des dilutions homéopathiques et sur les règles à respecter pour réaliser correctement des essais cliniques contrôlés. Ensuite, il passe en revue des expérimentations qui montrent que plus les recherches sur les « dilutions » sont rigoureuses, moins leurs effets spécifiques sont observables. Il admet toutefois que, dans certains cas, le « placebo homéopathique » est plus efficace que « le simple placebo » 1.

Les recherches scientifiques sur l’acupuncture sont beaucoup plus nombreuses et souvent plus rigoureuses que celles sur l’homéopathie. Elles portent tantôt sur les fondements de l’acupuncture (l’existence des « méridiens » et des fameux « points »), tantôt sur les effets des traitements. Dans l’état actuel des connaissances, rien ne démontre les principes de l’acupuncture, mais quelques indications thérapeutiques paraissent justifiées : le traitement des douleurs (probablement via la stimulation de la sécrétion d’endorphines), les nausées et les vomissements dus à la grossesse ou consécutifs à une opération.

Aulas conclut : « Pour les troubles peu sévères, pour lesquels il n’existe aucun traitement classique à efficacité démontrée, et dans la mesure où le patient exprime des attentes positives vis-à-vis de ces traitements et où ils sont pratiqués sans risque (dilutions élevées par voie orale pour l’homéopathie ; aiguilles à usage unique implantées dans des régions anatomiques sûres pour l’acupuncture), il est incontestable qu’homéopathie et acupuncture puissent satisfaire certains patients ».

Ces ouvrages sont publiés dans la collection « Une chandelle dans les ténèbres », dirigée par Henri Broch : un gage de sérieux pour le lecteur soucieux de scientificité.

1 Autrement dit, le label « homéopathie » suscite une confiance particulièrement dans une partie de la population. Cela marche mieux que des pilules qui ne contiennent que du sucre.

Publié dans le n° 294 de la revue


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