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Premier manifeste mondial contre les pseudosciences en santé : contre les lois qui diffusent ces pratiques dangereuses en Europe

Publié en ligne le 19 octobre 2020 - Médecines alternatives - Pseudoscience
L’Afis informe de la publication de ce texte intitulé « Premier manifeste mondial contre les pseudosciences en santé : contre les lois qui diffusent ces pratiques dangereuses en Europe ».

Il a été lancé par des organisations et collectifs de plusieurs pays européens :

  • Association pour la protection des malades des thérapies pseudoscientifiques : APETP - Espagne
  • Association des pharmaciens en faveur des preuves scientifiques - Espagne
  • Collectif Fakemed - France
  • Comunidade Céptica Portuguesa : COMCEPT - Portugal
  • Good Thinking Society - Royaume-Uni
  • UNE rouge - Espagne
  • Société pour l’avancement de la pensée critique : ARP-SAPC - Espagne
  • Cercle sceptique d’Espagne - Espagne
  • Healthwatch Royaume-Uni
  • Skeptica - Danemark

Les objectifs mis en avant sont de :

  1. Rassembler un grand nombre de scientifiques et de professionnels de la santé qui précisent que ni le secteur scientifique ni le secteur de la santé ne soutiennent les pratiques qui sont en contradiction avec les preuves scientifiques.
  2. Sensibiliser les médias au problème des pseudothérapies et à la position de la communauté scientifique contre elles.
  3. Amener la lutte contre ces pratiques dans une arène mondiale, car nombre des lois et des problèmes qui affectent les patients en raison des pseudothérapies ont une portée plus large que les pays accueillant les associations de sceptiques.

Cet appel a été rendu public le 19 octobre 2020 avec 2750 premiers signataires issus de 44 pays.

L’Afis adhère à l’esprit de ce texte, en particulier dans la description des risques que représentent les pseudo-médecines et de leur absence de fondement scientifique. Elle ne l’a pas signé dans la mesure où ce manifeste va au-delà de « ce que dit la science » pour faire des recommandations de nature politique, ce qui ne rentre pas dans le positionnement de l’association. Mais plusieurs de ses membres l’ont signé à titre personnel.

Le texte de l’appel

(Contact : Fernando Cervera Rodríguez : fernando.cervera.87@gmail.com)

Ce n’est plus à prouver : les pseudosciences tuent. Pourtant leur pratique se fait en toute impunité grâce aux lois européennes qui les protègent.

Elles tuent des milliers de personnes, des personnes que nous pouvons nommer. Francesco Bonifazi, âgé de 7 ans, auquel son médecin a administré de l’homéopathie plutôt que des antibiotiques. Il est mort en Italie [1]. Mario Rodriguez, âgé de 21 ans, traité avec des vitamines pour son cancer. Il est mort en Espagne [2]. Jacqueline Alderslade, âgée de 55 ans, à laquelle l’homéopathe a dit d’arrêter ses traitements pour l’asthme. Elle est morte en Irlande [3]. Cameron Ayres, âgé de 6 mois, auquel ses parents ne voulaient pas donner de « médecine scientifique ». Il est mort en Angleterre [4]. Victoria Waymouth, âgée de 57 ans, qui s’est vu prescrire de l’homéopathie pour traiter des problèmes cardiaques. Elle est morte en France [5]. Sophia Balyaikina, âgée de 25 ans, qui avait un cancer curable par chimiothérapie, mais à laquelle a été recommandé un « traitement alternatif » fait de piqûres de moustiques. Elle est morte en Russie [6]. Erling Møllehave, 71 ans, son acupuncteur lui a percé le torse et le poumon avec une aiguille. Il est mort au Danemark [7]. Michaela Jakubczyk-Eckert, âgée de 40 ans, dont le thérapeute a recommandé la nouvelle médecine germanique pour traiter un cancer du sein. Elle est morte en Allemagne [8]. Sylvia Millecam, âgée de 45 ans, que sa guérisseuse New Age avait promis de guérir du cancer. Elle est morte en Hollande [9].

La directive européenne 2001/83/CE a permis – et permet toujours – de tromper quotidiennement des centaines de milliers de citoyens européens [10]. Il a été offert à de puissants lobbies de redéfinir ce qu’est un médicament, leur permettant de vendre du sucre à des personnes malades en leur faisant croire qu’il peut les guérir ou améliorer leur santé. Des malades en sont morts, et cela continuera jusqu’à ce que l’Europe admette une réalité indiscutable : les connaissances scientifiques ne peuvent se plier aux intérêts économiques de quelques-uns, surtout si cela implique de tromper les patients et de violer leurs droits.

L’Europe affronte d’autres problèmes de santé publique complexes. La médicalisation excessive de la population, l’apparition de bactéries multirésistantes ou les difficultés de financement des systèmes de santé publique sont déjà trop graves pour y ajouter des gourous, des faux médecins ou même des diplômés en médecine qui prétendent guérir le cancer (ou toute autre maladie) en manipulant des chakras, en avalant du sucre ou en appliquant des « fréquences quantiques ». L’Europe doit non seulement mettre fin à la promotion de l’homéopathie, mais aussi lutter activement contre les escroqueries sanitaires, qui impliquent plus de 150 pseudo-thérapies sévissant sur notre territoire. La vie de milliers de citoyens en dépend : selon des études récentes [11], 25,9 % des Européens ont eu recours à des pseudo-thérapies au cours de la dernière année, soit 192 millions de patients trompés.
Il se dit que l’éviction des pseudo-thérapies s’oppose à la liberté de chacun de choisir ses traitements médicaux, mais il n’en est rien. Selon l’article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’accès aux soins médicaux est un droit. Mentir aux malades pour leur vendre des produits inutiles et pouvant les tuer est une violation du droit des individus à recevoir des informations loyales sur leur santé. Ainsi, tout citoyen peut renoncer à un traitement médical à la condition qu’il ait été correctement informé, mais personne n’a le droit de lui mentir pour le détourner de soins efficaces et obtenir un gain financier aux dépens de sa vie. Autoriser le commerce de l’homéopathie – ou de toute autre pseudo-thérapie – n’est possible qu’en considérant qu’il est éthique de mentir à une personne malade aux seules fins de lui soutirer son argent.

Le danger des pseudosciences ne réside pas seulement dans le remplacement des traitements utiles par des traitements trompeurs. Il existe aussi un retard évident dans les soins efficaces chez tous les patients qui, à la phase initiale d’une maladie, reçoivent des produits frauduleux au lieu de médicaments. Quand ils finissent par recourir à la médecine, il est souvent trop tard. De surcroit, plusieurs de ces pratiques ont par elles-mêmes des effets indésirables graves, et peuvent blesser voire tuer.

De nombreux pseudo-thérapeutes soutiennent que les pratiques de « l’autre médecine », comme ils dénomment la médecine conventionnelle, ont également des effets secondaires, ce qui est vrai. Mais la nuance réside dans le fait que les pseudo-thérapies ne peuvent pas guérir ou améliorer une maladie, donc exposent le patient à un risque pour des promesses qui se révèlent trompeuses, comme le démontrent avec force les preuves scientifiques. Mentir à une personne malade n’est pas un autre type de médecine, c’est simplement mentir à une personne malade.
Chaque pays doit faire face au problème des pseudo-thérapies à sa manière. Cependant, il est inadmissible que les lois européennes protègent ce travestissement de la réalité scientifique, de sorte que des milliers de citoyens soient trompés, ou en meurent.

Ainsi, les signataires de ce manifeste affirment que :

  • Les connaissances scientifiques discréditent les postulats des pseudo-thérapies, dont l’homéopathie.
  • Les lois européennes qui protègent l’homéopathie sont inadmissibles dans une société scientifique et technologique qui promeut le droit des patients à ne pas être trompés.
  • L’homéopathie est la pseudo-thérapie la plus connue, mais elle n’est ni la seule ni la plus dangereuse. D’autres, telles que l’acupuncture, le reiki, la nouvelle médecine germanique, le biomagnétisme, l’iridologie, la thérapie orthomoléculaire, et bien d’autres encore, gagnent du terrain et ont aussi leurs victimes.
  • Il faut agir pour faire obstacle aux pseudo-thérapies, car elles ne sont pas fiables et attentent à l’intégrité de milliers de personnes.
  • L’Europe doit œuvrer à une législation pour mettre fin à ce problème.

Il n’est pas cohérent qu’en Europe, le phénomène de la désinformation suscite de plus en plus d’inquiétude, et qu’une de ses représentations les plus dangereuses soit protégée : la désinformation en matière de santé.

Pour toutes ces raisons, les personnes qui signent ce manifeste en appellent aux gouvernements des pays dont elles sont membres pour mettre fin à un problème qui contrefait le nom de la science et a déjà coûté la vie à trop de personnes.



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Médecines alternatives

Médecines douces, médecines alternatives, médecines parallèles… différents termes désignent ces pratiques de soins non conventionnels qui ne sont ni reconnues sur le plan scientifique ni enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé.

Voir aussi les thèmes : homéopathie, acupuncture, effet placebo.