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Avant le Big Bang

Publié en ligne le 9 octobre 2004
Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 264, octobre 2004

« [...] l’ombre lumineuse de quelque chose d’infiniment autre. »
Extrait, p. 56.

Les frères Bogdanov avaient besoin de se justifier et il semble que cet ouvrage se consacre en partie à cette tâche. Leur récente arrivée en cosmologie, domaine à la fois pointu et soumis aux spéculations, alors que leur réputation était toute télévisuelle, les avait rendus peu crédibles.

Ils tentent alors une opération de rachat intellectuel en nous expliquant leur parcours jusqu’à leur thèse de doctorat et en nous présentant leurs recherches sur l’instant zéro.

Comme le dit Jean-Loup Puget 1, directeur de l’Institut d’astrophysique d’Orsay, au sujet de la vérité en cosmologie : « La notion de modèle standard ne signifie pas que la théorie est “vraie” au sens d’une théorie finie, complète, mais que, pour une grande majorité des chercheurs dans cette science, ce modèle sert de cadre théorique et de référence à laquelle confronter en premier les observations. »

Les frères Bogdanov ont donc créé une théorie, qui leur sert de cadre, dotée d’un outil mathématique pour explorer l’instant zéro, cette fameuse singularité sur laquelle bute toute la cosmologie et où sombre toute théorie physique. Ils défendent en toute sincérité sa validité et on ne peut leur refuser ce droit. Si on se réfère au critère de jugement, plutôt raisonnable, de Puget, un cadre théorique en cosmologie ne se pose pas en vérité ultime, mais dégage des pistes de recherches. « [...] la thèse et les publications scientifiques [...] peuvent donner un essor très utile aux futures recherches qui se feront, dans ce domaine, à la suite de Igor Bogdanov. », lit-on dans le rapport de thèse du professeur Roman Jackiw.

Reste que, tout honorable qu’elle soit, leur théorie est présentée sous un aspect ésotérique fort, rédhibitoire aux yeux des rationalistes.

Pour nos jumeaux, l’univers est d’essence mathématique. L’idée n’est ni neuve, ni incongrue, mais elle leur fait énumérer des conséquences pour le moins contestables.

Tout d’abord, le début de l’univers, réduit à un point mathématique, contiendrait tout son futur, et les événements de l’avenir attendraient de se répandre. Il s’agit bel et bien d’un principe anthropique fort, comme si l’univers, et la vie qui apparaîtra ensuite, ne pouvaient échapper à cette programmation : « [...] l’espace-temps, dans sa dynamique, n’est autre que la forme déployée de la boule à l’origine » (p. 259) [...] On comprend alors [...] que tout est codé dans le zéro » (p. 259).

Leur culte des maths se traduit par une mystique de la pureté du zéro : « [...] une nouvelle réalité émerge, immobile, totalement ordonnée, pure, mathématique. » (p. 52).

Enfin les auteurs nous annoncent qu’on va pouvoir apercevoir, « au-delà de la première singularité, la trace fulgurante d’une pensée à l’origine de tout ce qui est. » (p. 57).

Le lecteur est passé, subrepticement, de l’éloge appuyé des mathématiques à une mystique des nombres, enfin à la création divine !

Leur défaut n’est pas de faire l’apologie des mathématiques, ce que l’on comprend fort bien au vu de la puissance de cet outil, mais de s’en servir pour introduire et entretenir les éternels mythes de l’ésotérisme des nombres, de la pureté originelle et du principe anthropique fort.

Le lecteur ne pourra que regretter ce mauvais mélange des genres entre spiritualité et science, qui ne mène qu’à la confusion des esprits.

1 Dans La vérité dans les sciences, symposium annuel du Collège de France, Odile Jacob, 2003.


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Publié dans le n° 264 de la revue


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