Climatisation : solution ou problème ?
Publié en ligne le 10 avril 2026 - Climat -
coordonné par François-Marie Bréon et Pierre Marty
À chaque vague de chaleur, le débat s’embrase autour de la climatisation. Pour les uns, ce serait « une mauvaise idée pour le climat », « le pire remède », « une maladaptation face au réchauffement climatique » alors que « vivre sans clim, ce serait possible » 1… Pour d’autres, les milliers de morts des étés caniculaires sont en grande partie évitables et la climatisation serait un outil de santé publique, au même titre que le chauffage en période de froid. La controverse est vive et le sujet est même devenu un marqueur politique [1].
En France, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) estime que, en 2023, entre 18 et 26 % des logements étaient équipés d’un système de climatisation (climatiseur mobile, monosplit ou pompe à chaleur réversible) [2, 3]. Dans le monde, la fraction des habitations équipés de climatiseurs est très variable. Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2018, c’est près de 90 % aux États-Unis, au Japon ou en Corée, 60 % en Chine, mais 20 % en Europe et 5 % en Inde. L’agence note en outre que si la climatisation est aujourd’hui concentrée dans un petit nombre de pays, les ventes de climatiseurs augmentent rapidement dans les économies émergentes ; elle prévoit que « d’ici 2050, environ deux tiers des foyers dans le monde pourraient être équipés d’un climatiseur » [4].
Pour nos concitoyens, cette polarisation des débats conduit à une attitude ambivalente. Un sondage révélait en 2021 que 58 % des Français préféraient « souffrir de la chaleur plutôt que d’installer un climatiseur afin de protéger l’environnement » et que 48 % considéraient même que « les climatiseurs devraient être interdits du fait de leur impact sur l’environnement ». Ils étaient 49 % à indiquer éprouver parfois « un sentiment de culpabilité » lorsqu’ils utilisent la climatisation. Pourtant, 88 % des personnes interrogées estimaient qu’avoir une climatisation est important pour au moins une raison (santé des personnes âgées isolées, télétravail, qualité de l’air…). Et si une entreprise proposait une solution de climatisation produite en France, respectueuse des normes environnementales actuelles et permettant de faire des économies d’énergie, ils seraient 53 % intéressés à installer un climatiseur, ou en changer s’ils sont déjà équipés [5].
Ce dossier de Science et pseudo-sciences vise à éclairer la question en prévision d’un été 2026 qui ne devrait pas échapper à cette controverse.
Sur le plan sanitaire, la surmortalité liée aux vagues de chaleur est bien établie. En France, la canicule de 2003, avec ses 15 000 victimes, a constitué le point de départ d’une prise de conscience des pouvoirs publics. Selon l’OMS, en Europe, c’est de l’ordre de 60 000 à 70 000 décès annuels qui sont imputables aux vagues de chaleurs. Avec le réchauffement climatique, le Giec s’attend à une augmentation de la durée, de l’intensité et de la fréquence des vagues de chaleur. Il s’agit bien là d’un véritable problème de santé publique, et la climatisation est reconnue comme un outil d’adaptation, au côté d’autres (voir l’article de Jean-Paul Krivine, « Chaleur, climatisation et santé »).
La climatisation est critiquée pour ses impacts environnementaux : gaz réfrigérants, consommation énergétique… En consommant de l’énergie électrique, elle contribue aux îlots de chaleur (voir l’article de Pierre Marty et François-Marie Bréon, « D’où vient la chaleur rejetée par la climatisation ? »). Mais plus généralement, quels sont les impacts réels de la climatisation ? quelles seraient les alternatives ? la climatisation constitue-t-elle une mauvaise manière de s’adapter au réchauffement climatique ? (voir l’article de Pierre Marty et François-Marie Bréon, « Climatisation : maladaptation ou nécessité face au réchauffement climatique ? »).
L’aggravation des îlots de chaleur urbains est également mise en avant par ceux qui s’opposent au développement des systèmes de climatisation, principalement dans les logements. Ces îlots résultent du fait que les zones urbaines sont plus chaudes que les zones rurales environnantes, surtout la nuit. Leur existence s’explique par plusieurs facteurs : les matériaux utilisés (béton, asphalte) qui stockent la chaleur le jour et la restituent la nuit, le manque de végétation, les activités humaines qui dégagent de la chaleur (transports, bâtiments). La climatisation y contribue aussi ; quelles solutions techniques existe-t-il pour en limiter l’intensité ? (voir l’article de François-Marie Bréon, « Îlots de chaleur urbains : causes et impacts »).
La végétalisation des villes peut apporter de la fraîcheur et contribuer à limiter les îlots de chaleur ; elle peut également améliorer la qualité de l’air et contribuer à une meilleure qualité de vie. Toutefois, les mécanismes à l’œuvre ne sont pas toujours bien compris et des effets contre-productifs peuvent apparaître. Il est alors indispensable de penser les scénarios de verdissement urbain en termes de compromis (voir l’article de Yves Brunet, « Végétation urbaine et “îlots de fraîcheur” »).
Cet éclairage scientifique, nous l’espérons, contribuera à un débat moins caricatural, à des réponses moins binaires, où la climatisation n’est ni une technologie néfaste, ni une solution universelle. Selon l’Ademe, pourtant peu soupçonnable de technophilie, il s’agit d’un équipement qui « devient progressivement inévitable dans de nombreux cas » et qu’il sera « de plus en plus indispensable d’installer […] à l’horizon 2050 ». En 2024, 25 % des ménages et 40 % des surfaces du tertiaire en étaient équipés. L’agence recommande ainsi de privilégier des systèmes performants intégrés dans des solutions d’aménagement urbains adaptées [6].
1 | « Canicule : trois questions sur le débat politique autour de la climatisation », Ouest-France, 2 juillet 2025.
2 | Ademe, « Entre 18 et 26 % des logements disposent d’un système de climatisation », 7 avril 2025. Sur batizoom. ademe. fr
3 | Ademe, « La climatisation de confort dans les bâtiments résidentiels et tertiaires », synthèse d’expertise, juin 2021. Sur librairie. ademe. fr
4 | International Energy Agency, “The future of cooling”, rapport, mai 2018. Sur iea. org
5 | Micheau F, « Les Français et les solutions de confort climatique », Opinion Way, septembre 2021. Sur opinion-way. com
6 | Ademe, « Vagues de chaleur : la climatisation va-t-elle devenir indispensable ? », avis, juin 2024. Sur librairie. ademe. fr
1 Extraits parmi d’innombrables titres de journaux.
Publié dans le n° 356 de la revue
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Les auteurs
François-Marie Bréon
François-Marie Bréon est chercheur physicien-climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de (…)
Plus d'informationsPierre Marty
Maître de conférences à l’École centrale de Nantes, spécialiste de la modélisation énergétique des navires. Son (…)
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