Comment sait-on qu’il y a un réchauffement climatique ?
Publié en ligne le 14 avril 2026 - Climat -
Parler de « température moyenne » a-t-il un sens ?
Quand on parle de « température moyenne de la Terre », on fait référence à la température moyenne de l’air près de la surface (typiquement à deux mètres du sol), combinée avec la température de la surface de l’océan. Cette moyenne est déduite des observations de milliers de stations météorologiques, des observations marines (bouées et navires) et de données satellite. C’est une moyenne pondérée par les surfaces considérées.
Les températures sont très variables entre les pôles et les tropiques. Par contre, les anomalies (les différences à une moyenne climatologique locale) sont comparables et fortement corrélées sur plusieurs centaines de kilomètres. C’est ce qui permet de calculer une moyenne de ces anomalies à partir d’observations discontinues. Cette anomalie moyenne mondiale est un bon premier critère pour quantifier le réchauffement global, même s’il existe des variations régionales, avec en particulier les terres qui se réchauffent plus vite que les océans, et les régions de haute latitude plus vite que les régions sub-tropicales [2].
Quelles sont les preuves objectives d’un réchauffement climatique ?
Depuis la seconde moitié du XIXe siècle, on dispose de thermomètres assez bien répartis sur la Terre, y compris une partie des zones océaniques. L’analyse des mesures est complexe pour prendre en compte l’évolution de l’instrumentation et des protocoles. Mais elle démontre sans ambiguïté qu’il y a réchauffement quasiment partout. Plusieurs groupes de scientifiques dans le monde ont analysé ces mesures de manière indépendante et arrivent à la même estimation du réchauffement moyen à 0,1 degrés près [3].
Le réchauffement est aussi mis en évidence par la montée du niveau des mers, le recul de la plupart des glaciers de montagne, la perte de masse du Groenland ou la migration vers les pôles des distributions de certaines espèces végétales et animales [4].
Pour les périodes antérieures à 1850, la température est déduite d’indicateurs qui sont sensibles à la température : largeur des cernes des arbres, fraction isotopique (voir l’encadré en fin d’article) dans les glaces et les coraux, pollens dans les sédiments lacustres… L’interprétation de ces indicateurs montre que la Terre est dans une phase « chaude » des cycles glaciaire-interglaciaire depuis 10 000 ans, et que le réchauffement récent est exceptionnel sur cette période [5].
Y a-t-il vraiment consensus ? Des scientifiques sont-ils en désaccord ? Y-a-t-il des points qui font débat sur le constat du réchauffement climatique ?
Toutes les académies des sciences confirment le constat du GIEC sur la réalité du réchauffement climatique de ces dernières décennies, et même les climato-dénialistes ne le contestent plus [6]. Certains remettent encore en cause le caractère exceptionnel de ce réchauffement en affirmant que des variations de température similaires sont survenues dans le passé, comme la période d’optimum climatique médiéval qui a permis aux Vikings de s’installer sur les côtes sud du Groenland à la fin du Xe siècle, et le refroidissement significatif qui s’ensuivit [7]. Ce sont là des variations de températures régionales, alors que le réchauffement actuel est exceptionnel par son caractère global et son intensité [5].
Il y a un débat au sein même de la communauté scientifique sur le réchauffement depuis 2010 dont le rythme est supérieur à celui des précédents [8]. S’agit-il là d’une accélération durable ou d’une fluctuation temporaire [1] ? Les observations par satellite montrent une diminution de l’albédo de la Terre (la part du rayonnement solaire réfléchi), en particulier sur les océans, qui explique ce réchauffement additionnel mais dont la cause ne fait pas encore consensus (diminution des nuages ou des aérosols).
Les scientifiques utilisent les isotopes de l’oxygène (18O) et de l’hydrogène (deutérium) contenus dans la glace, les sédiments ou certains carbonates pour reconstituer les températures passées. Ces isotopes sont naturellement présents dans l’eau, mais leur proportion change selon la température. En effet, lorsque l’eau s’évapore ou se condense, les molécules contenant des isotopes « lourds » (18O ou deutérium) changent d’état moins rapidement que les molécules « légères ». Ce fractionnement est plus efficace lorsque la température est basse. Ainsi, plus il fait froid, plus la vapeur d’eau et les précipitations deviennent appauvries en isotopes lourds.
En mesurant les petites variations de fraction isotopiques dans les glaces du Groenland ou de l’Antarctique, on peut estimer la température au moment où la neige s’est déposée. De même, les isotopes présents dans les coquilles de micro-organismes marins permettent de reconstruire la température de l’océan. Ce principe, appelé fractionnement isotopique, est un outil fondamental de la paléoclimatologie.
Grâce à lui, on a pu documenter les cycles glaciaires, les variations climatiques rapides et les températures des derniers millions d’années.
1 | Forster PM et al., "Indicators of Global Climate Change 2024 : annual update of key indicators of the state of the climate system and human influence", Earth System Science Data, 2025, 17 : 2641-80
2 | Giec, "Earth’s surface temperature history with key findings annotated within each panel", 6e rapport, figure 2.11, mars 2023
3 | Bréon FM, "La hausse des températures sur les derniers 200 ans", Collège de France, conférence, 5 décembre 2024
4 | Giec, "Changing state of the climate", 6e rapport, chapitre 2, mars 2023
5 | Kaufman D et al., "Holocene global mean surface temperature, a multi-method reconstruction approach", Scientific Data, 2020, 7:201
6 | Lindzen RS, "Alerte climatique : presque tous les aspects de ce narratif sont erronés", Association des climato-réalistes, 28 juillet 2025
7 | D’Andrea WJ et al., "Abrupt Holocene climate change as an important factor for human migration in West Greenland", PNAS, 2011, 108:9765-9
8 | Samset BH et al., "East Asian aerosol cleanup has likely contributed to the recent acceleration in global warming", Communications Earth & Environment, 2025, 6:543
Publié dans le n° 355 de la revue
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L'auteur
François-Marie Bréon
François-Marie Bréon est chercheur physicien-climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de (…)
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