Éloge des intelligences atypiques
Publié en ligne le 29 novembre 2025
Les auteurs, David Gourion et Séverine Leduc, sont respectivement médecin psychiatre, chef de clinique à l’hôpital Sainte-Anne, et psychologue clinicienne, spécialisée dans les troubles du spectre autistique (TSA) et du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
Cet ouvrage, particulièrement didactique, très sourcé, s’attache à proposer un véritable parcours de découverte du TSA, depuis les difficultés à participer au « petit théâtre social » jusqu’à des pistes pour tenter « d’aller mieux » destinées aux proches, aux enseignants et éducateurs.
Albert Einstein, Andy Warhol, Glenn Gould, Vincent Van Gogh, Mark Zuckerberg ont en commun une intelligence atypique, des capacités exceptionnelles tout en manquant d’intelligence relationnelle et de sens d’autrui. Leur point commun ? Un TSA, assez loin néanmoins de celui du personnage de Raymond joué par Dustin Hoffman dans Rain Man mais sans doute plus proche de Daniel Tammet, diagnostiqué autiste Asperger, puis « autiste de haut niveau ». Une diversité de profils qui interroge et qui peut remettre en question de façon salutaire l’idée que l’on pouvait avoir d’une personne autiste. Et c’est l’une des grandes qualités du livre de Gourion et Leduc : montrer qu’il existe un continuum, une neurodiversité, en forme de courbe de Gauss entre la « neurotypie » qui se caractérise par une attention focalisée sur la communication sociale au détriment de l’attention portée aux détails de l’environnement et l’autisme dit de Kanner caractérisé au contraire par une attention focalisée sur l’environnement et les détails au détriment des signaux sociaux. Entre les deux ? Cognition autistique légère, troubles de la communication sociale, troubles du spectre autistique (dont le syndrome d’Asperger), les statistiques montrent qu’une personne sur 59 est concernée, ce qui est considérable. À ces troubles s’ajoutent parfois des troubles associés tels que les troubles anxieux, la dépression, les troubles bipolaires et la schizophrénie. Le TDAH est complexe, la confusion entre celui-ci et le TSA était assez répandue, d’autant plus que l’on peut avoir un TDAH et un TSA. Mais il est clair aujourd’hui qu’il s’agit de deux troubles distincts.
Autisme de Kanner et syndrome d’Asperger : deux qualificatifs portant les noms de deux médecins aux visions totalement opposées. Leo Kanner, pédopsychiatre américain (1894-1981), considère que le repli intérieur des enfants autistes est une « réaction psychologique face à l’incapacité de leur mère à leur donner la moindre affection », et pour qui le pronostic est relativement sombre. Hans Asperger (1906-1980), pédiatre autrichien par ailleurs accusé de collusion avec le régime nazi, considère que les causes sont cérébrales et « qu’une pédagogie adaptée peut conduire ces enfants à réussir brillamment leurs études ».
Le lien entre surdoué et autiste de haut niveau est abordé par les auteurs. Les points communs sont troublants, sans que l’on puisse conclure que le HPI explique en soi les troubles du comportement social. Si seulement 1,5 % de la population présente des traits autistiques, la proportion de traits autistiques chez ceux qui ont un haut potentiel intellectuel (HPI) est plus élevée, avec une forte disparité selon les études (10 à 40 %). Il est indiqué que de nombreux scientifiques se situent à la limite du spectre autistique.
Les tests de QI ont une fiabilité relative chez les autistes : en effet, les tests classiques de Wechsler (la WAIS – Wechsler Adult Intelligence Scale – et ses déclinaisons pour les plus jeunes) sont conçus pour les neurotypiques et les questions ne sont pas adaptées. Le QI des autistes est donc sous-évalué.
Les auteurs consacrent un chapitre sur l’invisibilité des femmes autistes. Les statistiques indiquent qu’une seule fille pour quatre garçons est concernée par l’autisme mais la proportion des femmes autistes est sous-évaluée. En effet, celles-ci développent une forte capacité à camoufler leurs difficultés, les faisant échapper aux classifications et aux outils classiques d’évaluation : en quelque sorte, leurs aptitudes à l’adaptation sociale nuisent au diagnostic. Par ailleurs, l’accent est mis par les auteurs sur le risque élevé d’agression sexuelle sur les femmes autistes.
Deux chapitres sont dédiés à des pistes et conseils pour aider les autistes à améliorer leurs compétences sociales (par des exemples d’interactions, de communication sociale et d’aménagement de l’environnement), à exploiter au mieux leurs capacités intellectuelles : en somme, à tirer le meilleur parti des cartes dont les autistes disposent et considérer que l’autisme non sévère n’est pas une pathologie mais la manifestation de la diversité humaine.
Partager cet article
Auteur de la note
Psychologie
La réactance psychologique
Le 7 septembre 2025
Se ronger les ongles : facteurs et traitements
Le 8 juin 2025
La croyance en un monde juste
Le 9 février 2025
Le pouvoir des mots
Le 4 octobre 2024














