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L’avis de la Haute autorité de santé

L’homéopathie jugée inefficace et sans intérêt pour la santé publique

Publié en ligne le 22 mars 2020 - Homéopathie -

Face à l’exigence croissante d’une médecine fondée sur les preuves, les partisans des médecines dites alternatives ou complémentaires se défendent en affirmant que leurs pratiques, du fait de l’individualisation du traitement selon le patient, ne se prêtent pas bien à l’évaluation : « on soigne le malade, pas la maladie ». Devant la commission de la Haute autorité de santé (HAS) chargée de l’évaluation de l’homéopathie, le représentant du Syndicat national des homéopathes français (SNMHF) a affirmé que l’approche homéopathique part des symptômes  « afin d’établir la correspondance la plus précise possible avec les symptômes expérimentalement provoqués par une substance diluée qui deviendra le médicament homéopathique du patient selon le principe de similitude » [1]. Dès lors, comment comparer un « médicament classique » qui s’applique à une classe de pathologies avec un traitement homéopathique qui ciblerait un « terrain », une « constitution » et ne s’intéresserait aux symptômes que via son « principe de similitude » ? Pour le représentant du SNMHF,  « on conçoit aisément qu’un médicament homéopathique ne peut pas être évalué de la même façon que n’importe quel autre médicament conventionnel ». Pourtant, l’évaluation de l’homéopathie, comme de toutes les médecines « complémentaires ou alternatives » est parfaitement possible. Il suffit d’évaluer les résultats obtenus, sans s’intéresser aux théories sous-jacentes. De telles évaluations sont régulièrement menées depuis des décennies. Toutes concluent à l’absence de preuve en faveur d’un effet spécifique, c’est-à-dire lié à la pratique ou au produit, au-delà de l’effet placebo.

L’évaluation de la Haute autorité de santé (2019)

L’homéopathie regarde les horreurs de l’allopathie, Alexander Beydeman (1826-1869). On remarque à droite Asclépios, le dieu grec de la médecine, Athéna, la déesse protectrice des arts et de la science et Samuel Hahnemann, le fondateur de l’homéopathie. La médecine homéopathique s’est constituée à la fin du XVIIIe siècle contre la médecine qu’elle a appelée « allopathique » en lui reprochant son caractère dogmatique et peu scientifique. Mais elle en est restée à ses concepts d’il y a deux siècles, aujourd’hui complètement invalidés par la médecine fondée sur les preuves.

La récente évaluation de l’homéopathie, rendue publique par la HAS en juillet 2019, confirme toutes les analyses antérieures. Elle a conduit à la décision gouvernementale de mettre fin au remboursement de l’homéopathie à partir du 1er janvier 2021.

La HAS avait été saisie par le ministère des Solidarités et de la Santé en mars 2019 pour se prononcer sur  « le bien-fondé de la prise en charge par l’assurance maladie des médicaments homéopathiques ». Elle a rendu son avis [2] au regard de plusieurs dimensions : efficacité, effets indésirables, place dans la stratégie thérapeutique, gravité des affections considérées et intérêt pour la santé publique. La HAS a fondé ses travaux sur une analyse systématique de la littérature scientifique (364 revues systématiques ou méta-analyses, 517 essais cliniques identifiés) et sur une large consultation des parties prenantes (29 entités auditionnées [1]). Au total, elle a examiné 24 affections ou pathologies regroupées dans une douzaine de domaines thérapeutiques : analgésie et traumatologie post-intervention (douleurs post-opératoires, prévention de l’inflammation et des saignements post-opératoires), dermatologie (verrues vulgaires et plantaires), intoxications (saturnisme), gynécologie et grossesse (suppression de la lactation, déclenchement de l’accouchement, candidose vulvo-vaginale), neurologie (céphalée, migraine), pédiatrie (diarrhées, infections respiratoires aiguës, otite, prévention d’épisodes fébriles post-vaccination), pneumologie et troubles respiratoires (asthme, infections respiratoires, rhinite allergique), psychiatrie et troubles du comportement (anxiété, dépression, troubles du sommeil, troubles déficitaires de l’attention avec hyperactivité), rhumatologie (arthrose, polyarthrite rhumatoïde, troubles musculo-squelettiques), soins de support en oncologie (gestion des effets indésirables des thérapeutiques anticancéreuses) et troubles somatiques fonctionnels (syndrome de fatigue chronique).

Dans son avis, la commission note qu’  « à ce jour, aucun mécanisme d’action complémentaire à celui de l’effet placebo n’a été démontré ». Concernant les études favorables à l’homéopathie, elle s’étonne de leur  « faiblesse méthodologique » et des  « faibles effectifs inclus » au regard de la forte prévalence des affections ou symptômes concernés. À propos de l’éventuel intérêt que pourrait présenter l’homéopathie pour la santé publique, la HAS souligne que les études prises en compte (dont les études EPI3 mises en avant par les partisans de l’homéopathie)  « ne permettent pas de conclure quant à l’impact des médicaments homéopathiques sur l’organisation des soins ou sur le recours aux soins ou à d’autres médicaments (anti-inflammatoires non stéroïdiens, antalgiques, psychotropes, antibiotiques) » 1. Examinant un possible  « effet report » qui conduirait des patients traités par homéopathie à se tourner vers des médicaments conventionnels en cas de déremboursement, la HAS souligne  « qu’aucune donnée française n’est disponible pour documenter ce phénomène ou un effet délétère d’un éventuel déremboursement sur l’état de santé de la population française ».

En conclusion, la HAS  « donne un avis défavorable au maintien de la prise en charge par l’assurance maladie des médicaments homéopathiques ».

Il importe de souligner que la recommandation de la HAS n’est pas motivée par le seul constat d’absence d’efficacité de l’homéopathie. Elle a également estimé que le recours à cette pratique n’avait aucun intérêt en termes de santé publique, en particulier pour réduire la mauvaise consommation de médicaments. Elle rappelle d’ailleurs que, dans certains cas,  « il n’est pas nécessaire de recourir systématiquement à un traitement médicamenteux (conventionnel ou homéopathique) » et suggère plutôt de  « sensibiliser la population (prescripteurs et patients) à l’intérêt de l’abstention médicamenteuse dans les situations où ces mesures sont les plus adaptées, et de favoriser le recours aux approches préventives ou thérapeutiques ayant démontré la meilleure efficacité ».

Le succès de l’homéopathie dans le public a été un des arguments clés des laboratoires pharmaceutiques prônant le maintien du remboursement. La HAS souligne que, « dans le cadre de la pratique homéopathique, le temps d’écoute accordé au patient durant la consultation pourrait occuper une place prépondérante dans l’effet de l’homéopathie décrit par les patients et usagers » et que  « l’intérêt de l’utilisation d’un support thérapeutique tel qu’un médicament pour médier l’effet placebo n’a pas été démontré ». En d’autres termes, une bonne prise en charge passe par une consultation suffisamment longue et une écoute attentive ; elle n’a pas besoin de magie ni de théories non démontrées.

Références

1 | Haute autorité de santé, « Synthèse des contributions reçues dans le cadre de la réévaluation des médicaments homéopathiques  », 9 juillet 2019. Sur has-sante.fr
2 | Haute autorité de santé, « Évaluation des médicaments homéopathiques. Avis défavorable au maintien du remboursement  », 9 juillet 2019. Sur has-sante.fr

L’Association espagnole de pédiatrie

 « Actuellement, certaines thérapies sont pratiquées sans se conformer aux preuves scientifiques disponibles. La terminologie est déroutante et englobe des termes tels que « médecine alternative », « médecine naturelle », « médecine complémentaire », « pseudoscience » ou « pseudo-thérapies ». Le comité des médicaments de l’Association espagnole de pédiatrie estime qu’aucun professionnel de la santé ne devrait recommander des traitements non étayés par des preuves scientifiques. De plus, les actes diagnostiques et thérapeutiques devraient toujours reposer sur des protocoles et des recommandations de pratique clinique. Les autorités sanitaires et le système judiciaire devraient réglementer et régulariser l’utilisation de médecines douces chez les enfants, avertir les parents et les prescripteurs des éventuelles sanctions encourues dans les cas où l’évolution clinique n’est pas satisfaisante […]. En outre, le comité considère que, comme cela a déjà été le cas, les associations professionnelles devraient également sanctionner, ou du moins réprouver ou corriger, les professionnels de la santé qui, usant de la reconnaissance scientifique obtenue par un diplôme universitaire, encouragent l’utilisation de thérapies éloignées de la méthode scientifique et des connaissances existantes […] ».

Asociación Española de Pediatría, “Position statement from the Spanish Association of Paediatrics Medicines Committee concerning the use of alternative medicine and pseudo-science in children”. En ligne sur analesdepediatria.org, septembre 2019.

Le National Health Service (service de santé du Royaume-Uni)

Le Comité des sciences et de la technologie de la Chambre des communes a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve que l’homéopathie soit un traitement efficace pour un problème de santé. Il n’y a aucune preuve derrière l’idée que les substances qui causent certains symptômes puissent aussi aider à les traiter. Rien ne prouve non plus que la dilution et les secousses puissent transformer ces substances en médicaments. Les idées qui sous-tendent l’homéopathie ne sont pas acceptées par la science et ne sont pas compatibles avec les principes acceptés depuis longtemps sur le fonctionnement du monde physique […]. Par exemple, de nombreux remèdes homéopathiques sont dilués à un point tel qu’il est peu probable qu’une seule molécule de la substance d’origine reste dans le remède final. Dans de tels cas, les remèdes homéopathiques ne contiennent que de l’eau. Certains homéopathes pensent que, à la suite du processus de succussion [secousses], la substance d’origine laisse une « empreinte » dans l’eau. Mais il n’y a pas de mécanisme connu par lequel cela pourrait se produire […]. Certaines personnes qui utilisent l’homéopathie peuvent constater une amélioration de leur état de santé comme conséquence d’un phénomène appelé effet placebo. Si vous choisissez des traitements de santé ne produisant qu’un effet placebo, vous risquez de manquer d’autres traitements qui se sont révélés plus efficaces ».

Sur le site www.nhs.uk
Traductions par nos soins

Popularité ou efficacité ? La campagne de l’industrie et des associations de défense de l’homéopathie

L’avis de la Haute autorité de santé (HAS) relative au remboursement des médicaments homéopathiques et la décision ministérielle devant suivre ont suscité de la part des promoteurs de cette approche thérapeutique une campagne médiatique intitulée « Mon homéo, mon choix » (avec une collecte de signatures autour d’un appel et la publication d’un livre blanc [1]). Cette initiative a été initiée par 14 associations de défense de l’homéopathie (incluant une association de praticiens de médecine anthroposophique) avec  « le soutien institutionnel des entreprises du médicament homéopathique – Boiron, Lehning, Weleda ».

Alors que la HAS examine les preuves de l’efficacité alléguée de l’homéopathie, l’appel « Mon homéo, mon choix » [2] se contente de mettre en avant la popularité de cette approche thérapeutique :  « Vous êtes trois Français sur quatre à avoir déjà pris de lhoméopathie »,  « 20 % des patients atteints de cancer ont recours aux médicaments homéopathiques pour réduire les effets secondaires ». Pourtant, la popularité d’une pratique n’a jamais été synonyme d’efficacité. Et ce que cet appel oublie de dire, lorsqu’il réaffirme la liberté pour chacun de choisir, c’est que cette liberté n’a jamais été remise en cause. La seule question posée est celle de la prise en charge par la collectivité, et c’est pour éclairer cette question que le gouvernement a décidé d’évaluer l’efficacité et les services rendus par l’homéopathie. La décision prise (déremboursement à partir de janvier 2021) ne remet pas en cause la liberté d’avoir recours aux granules homéopathiques.

Quant au livre blanc, il développe largement l’argument de la popularité en l’étayant avec des témoignages de 17 élus  « issus de divers horizons politiques » qui apportent leur soutien à l’initiative. On trouvera cependant dans les 28 pages du document plusieurs affirmations de fond. Ainsi,  « du fait de sa bonne tolérance », l’homéopathie permettrait  « de répondre à des besoins de santé non couverts », elle contribuerait à  « diminuer la consommation de médicaments à effets secondaires connus » et répondrait également  « à deux défis majeurs de notre système de santé : l’antibiorésistance et la iatrogénie médicamenteuse ». Ce sont précisément ces affirmations que la HAS a examinées : elle a pris en compte l’ensemble des études existantes, incluant celles soumises par les syndicats d’homéopathes, et les a toutes réfutées.

Ce livre blanc se termine par plusieurs propositions « pour pérenniser l’accès de l’homéopathie pour tous les patients dans le cadre d’une prise en charge de qualité ». On y trouve en particulier la demande de « maintien du diplôme médical d’homéopathie » et même l’inscription d’un « module d’enseignement sur les médecines complémentaires dont l’homéopathie » dans le programme de médecine générale. Faut-il rappeler que si une approche thérapeutique ne marche pas, elle n’est ni alternative, ni complémentaire, et n’a pas sa place dans la formation médicale ? Et que si elle marche, elle est simplement de la médecine et, à ce titre, sera enseignée ? Enfin, le livre blanc appelle au « maintien du statut de médicament homéopathique », c’est-à-dire au fait qu’il soit dispensé de fournir la preuve de son efficacité pour obtenir une autorisation de mise sur le marché. N’est-ce pas une sorte d’aveu d’inefficacité que de refuser d’être évalué au même titre que n’importe quel médicament ?

La fin du remboursement est prévue pour janvier 2021. Plusieurs facultés de médecine ont décidé de bannir l’enseignement de l’homéopathie au regard de son absence de valeur thérapeutique et scientifique. Gageons que la controverse va se poursuivre, mais elle apparaît de plus en plus comme une bataille où seuls des opinions et des témoignages sont avancés contre les données scientifiques.

Références

1 | Collectif, « Quelle place pour l’homéopathie dans l’offre de soins ? », Livre blanc, juin 2019.
2 | Sur monhomeomonchoix.fr

1 Voir aussi l’article de François Maignen, « L’homéopathie peut-elle aider à réduire les effets indésirables des médicaments ? », dans ce dossier de SPS.

Publié dans le n° 330 de la revue


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L' auteur

Jean-Paul Krivine

Rédacteur en chef de la revue Science et pseudo-sciences (depuis 2001). Président de l’Afis en 2019 et 2020. Ingénieur (...)

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