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La médaille d’or du CNRS devient plus féminine 

Publié en ligne le 19 juin 2021 -

Le CNRS vient de décerner sa médaille d’or, l’une des plus prestigieuses récompenses scientifiques françaises, à l’astrophysicienne Françoise Combes. Cette médaille distingue chaque année, depuis sa création en 1954, l’ensemble des travaux d’une personnalité scientifique « qui a contribué de manière exceptionnelle au dynamisme et au rayonnement de la recherche française ». Il y a une seule médaille d’or par an pour les 41 sections du CNRS. Françoise Combes est la sixième femme 1 sur 73 lauréats à la recevoir depuis sa création en 1954.

Françoise Combes
Crédit : Frédérique Plas (CNRS)

Françoise Combes est née en 1952 à Montpellier, elle a intégré l’École normale supérieure de Sèvres (ENS) et a passé l’agrégation de physique en 1975. Sa carrière s’est d’abord déroulée à l’ENS où elle a enseigné jusqu’en 1985. Elle a alors été nommée astronome à l’Observatoire de Paris, poste qu’elle a quitté pour celui de professeur au Collège de France en 2014, tout en continuant à travailler dans son équipe de l’Observatoire. Entre temps, elle avait été promue en 2004 à l’Académie des sciences où elle a été la première femme astronome.

Françoise Combes a commencé ses recherches avec un diplôme théorique sur l’antimatière avec Evry Schatzman, qui a reçu lui-même la médaille d’or en 1983. Ce diplôme s’est concrétisé l’année même de son agrégation par un article dans la revue Nature. Puis elle s’est tournée vers ce qui restera son sujet principal, l’étude des molécules dans l’Univers, qu’elle aborde à la fois par les observations et par les simulations numériques. Ses travaux portent essentiellement sur la formation, l’évolution et la composition des galaxies, aussi bien la nôtre, la Voie lactée, que les plus proches comme les plus lointaines, aux confins de l’Univers observable. Elle s’intéresse aussi aux trous noirs géants qui se cachent en leur centre. Concernant les molécules, elle en a observé beaucoup qui lui ont permis de déterminer la masse de gaz moléculaire présent dans les galaxies les plus vieilles. Elle a également montré qu’une partie importante de la matière pourrait exister sous forme de nuages froids très petits, pouvant expliquer le déficit de la matière baryonique (ordinaire, à ne pas confondre avec la matière noire) dans l’Univers, car ces nuages ne sont pas observables dans le domaine de la lumière visible. Elle a mesuré pour la première fois la température du fond cosmologique 2 à très grande distance, et a montré qu’elle était en parfait accord avec celle prédite par la théorie de l’expansion de l’Univers. Elle s’est investie activement dans l’aventure du grand réseau de radiotélescopes ALMA (Atacama Large Millimeter/submillimeter Array) implanté depuis quelques années au Chili par l’Observatoire européen austral (ESO), qui a déjà donné des résultats remarquables auxquels Françoise Combes a pris une grande part. Elle s’est intéressée également, jusqu’à aujourd’hui, à la matière noire qui constitue plus de 80 % de tout l’Univers et elle étudie une théorie alternative de la gravité newtonienne (la théorie MOND) qui pourrait rendre compte des observations en faisant intervenir très peu de matière noire.

Elle a ainsi excellé aussi bien en tant que théoricienne qu’observatrice, a reçu de nombreux prix et distinctions scientifiques et ses publications ont été citées près de 22 000 fois ! Parallèlement à sa recherche, Françoise Combes a exercé de nombreuses responsabilités. Elle a été membre de plusieurs conseils d’institutions et de programmes scientifiques et en a présidé plusieurs. Elle est également éditrice de la revue scientifique européenne Astronomy & Astrophysics depuis de nombreuses années.

Passionnée et toujours accessible, infatigable travailleuse, elle a dirigé et formé plusieurs générations d’étudiants, qu’elle accueille toujours avec beaucoup de bienveillance, dont beaucoup ont fait par la suite des carrières brillantes.

C’est donc une scientifique de tout premier plan, à l’esprit très ouvert, et de grande qualité humaine, que vient de distinguer le CNRS.

1 La première donnée à une femme fut celle de Christiane Desroches Noblecourt, archéologue spécialiste en égyptologie, médaille qui fut partagée pour la première fois par deux personnes... Elle fut suivie en 1986 par l’embryologue Nicole Le Douarin.

2 Le « fond cosmologique » est ce « rayonnement fossile » qu’on observe actuellement dans le domaine radio et millimétrique, et qui correspond à une température de 3 degrés absolus. Il a été émis 380 000 ans après le Big Bang lorsque se sont formés les atomes d’hydrogène à partir des protons et des électrons. Ce rayonnement avait alors une température de 3 000 degrés mais il s’est refroidi au cours du temps à cause de l’expansion de l’Univers.

Publié dans le n° 335 de la revue


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L' auteur

Suzy Collin-Zahn

Astrophysicienne et directeur de recherche honoraire à l’Observatoire de Paris-Meudon.

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