La troublante question des faux souvenirs
Publié en ligne le 14 mars 2026 - Cerveau et cognition -
Ce souvenir « retrouvé » par le patient grâce à la psychanalyse est impossible parce que l’événement remémoré a eu lieu avant sa naissance, et absurde, la responsabilité du père ne pouvant être engagée dans un tel événement. Et pourtant, le patient n’en doute pas et, pour éviter toute remise en question, souhaite laisser à la psychanalyse « sa part de mystère ».
La mémoire se reconstruit en permanence. L’idée qu’elle fonctionnerait comme un album photos ou une caméra vidéo stockant avec précision les événements vécus et que les souvenirs retrouvés seraient identiques à l’événement original est un mythe. Un souvenir, c’est la survivance dans la mémoire d’une sensation, d’une impression, d’une idée, d’un événement passé. Certains de nos souvenirs peuvent se révéler faux. Un faux souvenir, c’est le souvenir d’un événement qui n’a jamais eu lieu. Mais il est parfois difficile de faire la différence entre un vrai et un faux souvenir sans corroboration indépendante. Cette différence est possible si l’on peut vérifier que l’événement remémoré s’est réellement produit. Mais pour beaucoup de souvenirs retrouvés qui n’avaient jamais existé jusque-là et qui portent sur des événements qui se seraient passés vingt à trente ans auparavant, les preuves sont souvent absentes.
Les faux souvenirs concernent chacun d’entre nous. Dans La Formation du symbole chez l’enfant (1946), Jean Piaget racontait qu’il avait eu le souvenir d’avoir été enlevé à l’âge de deux ans. Or ce souvenir était faux. La gouvernante qui avait raconté son enlèvement lorsqu’il était bébé avait menti à ses parents. J. Piaget expliqua ainsi ce faux souvenir : « J’ai donc dû entendre comme enfant le récit des faits auxquels mes parents croyaient, et l’ai projeté dans le passé sous la forme d’un souvenir visuel, qui est donc un souvenir de souvenir, mais faux ! »
Dès 1890, Sigmund Freud avait posé comme indubitable que le souvenir oublié est la cause des troubles psychiques. Il fallait forcer la mémoire à retrouver la « réminiscence inconsciente », puis le « souvenir refoulé » au moyen de l’hypnose ou de toute autre technique suggestive apparentée.
Un grand nombre de psychanalystes, ainsi que des thérapeutes non-psychanalystes mais s’inspirant du credo freudien ont repris cette idée et suggèrent à leurs patients que la cause de leurs difficultés se trouve dans leur enfance. Ils peuvent alors créer de faux souvenirs qui risquent d’entraîner des conséquences graves dans l’entourage du patient.
Publié dans le n° 354 de la revue
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L'auteur
Brigitte Axelrad
Professeur honoraire de philosophie et psychosociologie. Membre du comité de rédaction de Science et pseudo-sciences (…)
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