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Le carbone polluant devient une petite robe noire

Publié en ligne le 28 septembre 2022 - Climat -

Zara, l’entreprise de confection espagnole bien connue, annonce s’être associée avec LanzaTech (États-Unis) pour fabriquer des vêtements à partir de carbone recyclé, contribuant ainsi à la diminution des émissions de gaz à effet de serre et au développement d’une « économie circulaire » [1]. Nouvelle intéressante, qui suggère un processus débutant avec la capture du dioxyde de carbone (CO2) et aboutissant à des tissus dont l’empreinte carbone serait, en effet, très réduite. En réalité, c’est un peu plus compliqué : LanzaTech utilise le monoxyde de carbone (CO) présent, entre autres, dans les gaz émis par les aciéries, et le traite dans un réacteur contenant des bactéries (génétiquement modifiées par l’entreprise) qui l’utilisent comme substrat pour produire de l’éthanol (baptisé « Lanzanol ») [2]. Cet éthanol, matière première importante pour l’industrie chimique, sert de base à la production de monoéthylène glycol par une autre entreprise, India Glycols LTD (Inde). Et ce produit est converti en fil polyester par une troisième firme, Eastern New Century (Taïwan). Ce fil est incorporé dans les tissus à partir desquels Zara réalise sa collection « bas carbone ».

Bobines de fil tissé artisanalement au Mali

Il ne s’agit donc pas de production à partir du dioxyde de carbone (CO2), gaz très répandu et à effet de serre très important, mais de monoxyde de carbone (CO), molécule plus réactive (et toxique) qui est peu abondante et se combine rapidement avec d’autres molécules. La combustion de charbon, de bois ou de pétrole dégage essentiellement du CO2, éventuellement un peu de CO. On ne va pas fabriquer des robes à partir du CO2 de l’atmosphère ! Ce matériau « écologique » voyage beaucoup : le « Lanzanol » produit aux États-Unis est traité en Inde, puis transformé en fil à Taïwan avant d’arriver en Espagne pour devenir vêtement. L’empreinte carbone de tous ces transports n’est probablement pas négligeable… Et, en tout état de cause, ce carbone inclus dans un vêtement sera relâché lorsque ce dernier sera jeté – nous sommes à l’époque de la « Fast fashion » !

Il y a donc une bonne distance entre l’image vertueuse projetée par Zara et une réalité qui est nettement moins « verte ». Cette initiative reste cependant intéressante sur le plan technique, mais au stade actuel elle relève plus de la publicité que d’un réel changement dans le modèle de production en vigueur…

Références


1 | « Startup Lanzatech X Zara », sur le site de Zara (consulté en février 2022).
2 | « Le processus LanzaTech ». Sur YouTube.

Publié dans le n° 340 de la revue


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L' auteur

Bertrand Jordan

Biologiste moléculaire et directeur de recherche émérite au CNRS. Auteur de nombreux articles et d’une douzaine de (...)

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