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Pourquoi croit-on ?

Publié en ligne le 21 mai 2021
Pourquoi croit-on ?

Psychologie des croyances

Thierry Ripoll
Éditions Sciences Humaines, 2020, 360 pages, 17 €

Nous sommes tous, à des degrés divers, des croyants. Les chercheurs scientifiques croient à des réalités non directement perceptibles et font confiance à des observations qu’ils n’ont pas effectuées eux-mêmes. Par ailleurs, certains scientifiques adoptent des croyances religieuses et magiques. Toutefois, les croyances se distinguent par le degré d’adaptation à des réalités directement ou indirectement observables. Celles des schizophrènes ne laissent guère de doute quant à leur validité. D’autres sont manifestement fondées sur des connaissances solides. Sans elles, l’espèce humaine n’aurait pas survécu.

Thierry Ripoll dresse un tableau de nombreuses croyances et examine de près les religions, les croyances magiques et des théories complotistes. Le chapitre le plus volumineux (cent pages) porte sur la croyance en un Dieu.

L’auteur est professeur de psychologie à l’université d’Aix-Marseille. Il mène des recherches de psychologie cognitive. Il s’intéresse aux représentations de la relation entre l’esprit et le cerveau, thème sur lequel il a publié l’ouvrage De l’esprit au cerveau 1, ainsi qu’un article dans Science et pseudo-sciences 2.

À ma connaissance, ce livre est, en langue française, le plus étoffé sur les facteurs psychologiques des croyances magiques et religieuses. Les ouvrages de Richard Dawkins en apprennent beaucoup sur ces facteurs, mais ici on découvre de nouvelles informations. L’auteur a le souci de s’appuyer sur des résultats relativement récents de recherche en psychologie scientifique, par exemple les enquêtes de Passanisi et ses collaborateurs 3 qui ont montré la forte corrélation entre le fait d’avoir des pensées magiques et l’addiction aux jeux de hasard.

On peut regretter que l’auteur ait parfois manqué de donner les références de publications célèbres d’auteurs qu’il cite (par exemple, celles de John Locke ou James Frazier), d’expérimentations (par exemple, celles de Skinner), de longues citations (par exemple, celles de Thérèse d’Avila et du pape Léon XIII). Signalons une erreur de présentation de l’expérience de Bertram Forer 4. T. Ripoll écrit que ce psychologue avait fait croire à ses étudiants qu’un astrologue avait « consulté les astres » pour décrire la personnalité de chacun d’eux. En fait, s’il est exact que Forer a repris plusieurs énoncés d’horoscopes, son expérience ne visait pas l’astrologie. Elle a été réalisée à une époque où des psychologues ont commencé à comprendre que les descriptions de personnalité à partir de tests comme le Rorschach 5 étaient souvent passe-partout. Forer a fait passer à des étudiants d’un cours d’introduction à la psychologie un soi-disant test de personnalité, le « Diagnostic Interest Blank », à la suite de quoi il a fourni à chacun des étudiants une description de leur personnalité qui était en réalité la même pour tous. La majorité des étudiants se sont bien reconnus.

En définitive, cet ouvrage écrit avec beaucoup de talent pédagogique mérite d’être recommandé à un large public qui souhaite savoir ce que la psychologie d’aujourd’hui nous apprend sur les motivations des croyances de toutes espèces.

1 Voir la note de lecture de l’ouvrage par Williams C et Yesilaltay S, SPS n°329, juillet 2019. Sur afis.org

2 Ripoll T, Le dualisme esprit-matière derrière les pseudo-sciences, SPS n°321, juillet 2017. Sur afis.org

4 Forer B, “The fallacy of personal validation : A classroom demonstration of gullibility”, Journal of Abnormal Psychology, 1949, 44:118-21.

5 Sur le Rorschach, voir Van Rillaer J., « Le test des taches d’encre de Rorschach : sa place ne serait-elle pas au musée ? », SPS, n° 342, avril 2018. Sur afis.org