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Pourquoi l’espérance de vie aux États-Unis est-elle inférieure à celle des autres pays riches ?

Publié en ligne le 8 octobre 2026 - Statistiques et probabilité -

Ce texte s’appuie principalement sur les données agrégées sur le site Our World in Data [1] et reprend des éléments de deux articles des responsables de ce site [2, 3]. Our World in Data est une plateforme scientifique qui rassemble et diffuse des données fiables sur les grands défis mondiaux comme la pauvreté, la santé, le climat ou les inégalités. L’objectif est de rendre ces connaissances accessibles et compréhensibles afin d’éclairer les décisions publiques et le débat citoyen. Le projet initié en 2011 est porté par des chercheurs de l’université d’Oxford en collaboration avec l’organisation à but non lucratif Global Change Data Lab [4].

Références
1 | Site de “Our World in Data”. Sur ourworldindata.org
2 | Roser M, “Why is life expectancy in the US lower than in other rich countries ?”, Our world in Data, 29 octobre 2020. Sur ourworldindata.org
3 | Ritchie H, “The low life expectancy of Americans is not just about deaths among young people”, By the Numbers, 7 janvier 2026. Sur hannahritchie.substack.com
4 | Roser M, « Connaître les progrès réalisés pour progresser sur les plus grands problèmes du monde », SPS n° 353, juillet 2025. Sur afis.org

L’espérance de vie aux États-Unis est inférieure à celle des autres pays riches, malgré des dépenses de santé bien plus élevées (voir l’encadré « Espérance de vie et dépenses de santé »). Pourtant, dans les années 1970, les États-Unis avaient une situation comparable à celles des autres pays développés, mais leur espérance de vie a ensuite progressé beaucoup plus lentement. Elle a même légèrement reculé à partir de 2014 (voir l’encadré « Espérance de vie, États-Unis et France »).

Unis dans le sacrifice (...), Frederick Edwin Church (1876-1975)

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Soulignons tout d’abord que les décès de personnes jeunes ont un impact particulièrement marqué. En effet, l’espérance de vie correspond à l’âge moyen au décès : lorsqu’une personne meurt tôt, cela fait baisser cette moyenne bien davantage que lorsqu’un décès survient à un âge avancé. Mais cet élément n’est pas suffisant pour expliquer les différences observées : l’espérance de vie à 65 ans aux États-Unis est également inférieure à celle observée dans un pays au niveau de vie comparable [1].

Espérance de vie et dépenses de santé

Dans de nombreux pays, l’espérance de vie est corrélée avec les dépenses de santé : dépenser plus pour la santé publique contribue à améliorer l’espérance de vie. Cependant, certaines exceptions sont particulièrement intéressantes à souligner. Le Japon, l’Espagne, l’Italie, Israël, la Corée du Sud, le Portugal, la Grèce, le Chili et la Slovénie consacrent à la santé des dépenses inférieures à la moyenne des pays de l’OCDE, mais affichent une espérance de vie supérieure. Cela peut indiquer une meilleure efficacité des systèmes de santé, même si de nombreux autres facteurs peuvent intervenir. À l’inverse, les États-Unis dépensent beaucoup d’argent pour de très mauvais résultats.

Source : OCDE, « Panorama de la santé 2025 ». Sur oecd.org

L’obésité constitue un élément explicatif clé : 43 % des Américains sont obèses (2022) et 30 % sont en surpoids sans être obèses. Ce chiffre est à comparer aux 11 % d’obèses en France et aux 26 % de la région Europe de l’OMS 1. En 2019, l’obésité était responsable de 11 % des décès aux États-Unis, contre 6 % en France et 9 % dans la région Europe de l’OMS [2].

Espérance de vie, États-Unis et France

En 2023, la différence d’espérance de vie entre la France et les États-Unis était de 4,02 années alors qu’elle n’était que de 1,35 années en 1970 et même de 0,18 en 1983. Elle a atteint 5,9 années pendant la pandémie de Covid-19.

Source : Our World in Data, “Life expectancy”, 2023. Sur ourworldindata.org

Les États-Unis se distinguent aussi par des taux nettement plus élevés d’homicides [3], de suicides (souvent par arme à feu), de décès par accidents de la route et surtout de surdoses d’opioïdes (avec une mortalité multipliée par plus de 10 depuis 1990 [4]). Même si les surdoses d’opioïdes ne représentaient que 1,6 % des décès en 2021, elles ont tué environ 700 000 personnes en vingt ans et sont responsables, pour la seule année 2022, d’une perte de 0,67 année d’espérance de vie [5] car elles touchent surtout des personnes jeunes.

À cela s’ajoutent une pauvreté et des inégalités économiques plus marquées, associées à une mortalité infantile et maternelle plus élevée, concentrées dans les groupes défavorisés. Enfin, l’absence d’accès universel à l’assurance maladie distingue les États-Unis des autres pays riches et contribue durablement à leur moindre espérance de vie.

Références


1 | Ritchie H, “The low life expectancy of Americans is not just about deaths among young people”, By the Numbers, 7 janvier 2026. Sur hannahritchie.substack.com
2 | Ritchie H, Roser M, “Obesity”, Our World in Data, janvier 2024. Sur ourworldindata.org
3 | Our World in Data, “Homicide rate”, 11 février 2026. Sur ourworldindata.org
4 | Our World in Data, “Opioid use disorder death rate”, 11 février 2026. Sur ourworldindata.org
5 | Bailly F, Trouvin AP, « La crise des opioïdes, de quoi s’agit-il ? », Revue du rhumatisme, 14 juillet 2025.

1 La région Europe de l’OMS comprend 53 États membres dans une vaste région géographique s’étendant de l’océan Atlantique à l’océan Pacifique.