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Réchauffement climatique

Publié en ligne le 2 novembre 2020
Réchauffement climatique

François-Marie Bréon
HumenSciences, 2020, 164 pages, 17 €

Les livres traitant du réchauffement climatique sont nombreux. Celui-ci mérite lecture et attention. Comme précisé sur la couverture, il s’agit d’un ouvrage qui « ne vous dit pas ce qu’il faut penser, mais ce qu’il faut savoir ». L’auteur, climatologue (et membre du conseil d’administration et du comité de parrainage de l’Association française pour l’information scientifique), fait clairement la part de ce que la science du climat nous dit, ses certitudes mais aussi ses hypothèses, et de ce qui relève du débat de société sur les actions à entreprendre. L’ouvrage est structuré en dix chapitres ambitionnant de répondre à dix affirmations auxquelles la plupart d’entre nous ont été confrontés dans des réunions familiales ou dans des discussions avec des amis ou des collègues de travail.

Certaines de ces affirmations se réfèrent au changement climatique lui-même : « Le climat a toujours varié », « Le réchauffement récent n’est qu’un retour à la normale », « On ne connaît pas la contribution de l’Homme », « On ne sait pas prédire le climat », « Les changements climatiques sont mineurs, nous n’aurons aucun mal à nous adapter ». François-Marie Bréon répond de façon très pédagogique. Le lecteur déjà familier du sujet y trouvera un argumentaire précis et didactique. Celui qui est moins au fait de ces éléments aura l’opportunité de mieux comprendre ce qui fonde le consensus scientifique sur le réchauffement climatique observé et sur son origine liée aux activités humaines.

Le Giec est l’organisme qui produit et met à jour la synthèse de référence sur les connaissances scientifiques relatives au réchauffement climatique. F.-M. Bréon a été l’un des rédacteurs du cinquième rapport du Groupe 1 de cet organisme, groupe qui évalue les aspects scientifiques du système climatique et de l’évolution du climat. Il nous décrit de l’intérieur son fonctionnement et consacre un chapitre à réfuter l’idée que ce ne serait pas de la science qui y serait produite, mais de la politique. Particulièrement intéressante est la description faite du processus menant au fameux « résumé pour décideurs ».

Plusieurs chapitres s’intéressent ensuite aux actions que nous pouvons entreprendre. L’auteur précise clairement ce qui relève de ses propres convictions, de choix qu’il estime que la société devrait faire, en se gardant bien d’affirmer que ces actions seraient imposées par la science du climat. Ainsi en est-il des chapitres intitulés « L’avenir est déjà écrit et nous sommes impuissants », « Les actions individuelles ne servent à rien », « Pour sauver le climat, il faut développer les énergies renouvelables » et « Le nucléaire ne sauvera pas le climat ».

Un certain optimisme est affiché quant à la capacité de nos sociétés à prendre des mesures pour limiter le réchauffement climatique et en atténuer les conséquences. Mais il reste cependant prudent en rappelant que, si « les lois de la physique sont relativement bien connues », il convient d’être circonspect dès lors qu’il s’agit de prédire l’évolution des comportements humains. D’autant plus que « ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, mais aussi ceux qui peuvent décider des changements qui seraient nécessaires […] ne subiront pas les conséquences les plus graves du changement climatique ».

Mais l’optimisme est mesuré : pour l’auteur, « les conditions de vie des humains vont nécessairement se dégrader ». L’énergie, fondement de nos sociétés modernes, fait l’objet de plusieurs chapitres. Sa production repose principalement sur le recours aux combustibles fossiles et constitue ainsi la cause principale du réchauffement climatique. Et dans le même temps, les réserves de combustible fossiles s’épuisent rapidement (en particulier pour le pétrole, comme le décrit avec précision l’ouvrage). Ainsi, « la concomitance des impacts du changement climatique et de la diminution (choisie ou contrainte) des énergies fossiles » entraînera des « perturbations considérables partout dans le monde ». Et il n’existe pas réellement de substitut viable à ces énergies fossiles. L’auteur discute ainsi des énergies renouvelables et de l’électricité nucléaire, avec cette conclusion : « Les défauts du nucléaire sont inhérents à ses avantages ; c’est une énergie extrêmement concentrée, donc dangereuse à manipuler. Cependant, ses aspects négatifs sont souvent surestimés, parfois même inventés, alors que les travers des combustibles fossiles et des énergies renouvelables sont sous-estimés. » Sans pour autant présenter le nucléaire comme une solution miracle, la conviction affichée est que « vouloir sortir du nucléaire, voire même en diminuer la part comme on le fait en France aujourd’hui, est une aberration dans le cadre de l’urgence climatique ».