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Éclairage scientifique des débats de société (SPS 358)

Veille thématique - Octobre 2026

Publié en ligne le 10 octobre 2026 - Information scientifique -

L’Association française pour l’information scientifique (Afis) entend apporter un éclairage scientifique sur les débats de société. Dans ce contexte, présenter les avis et analyses des institutions scientifiques, des agences sanitaires ou des rapports d’expertise collective est un élément incontournable du débat public. Il est bien entendu possible de les approuver ou, au contraire, de les critiquer, mais leur restitution est un élément indispensable de l’information scientifique. Ces avis peuvent avoir une dimension prescriptive qui n’engage que les entités qui les émettent.

Les descriptifs proposés ainsi que la traduction des titres anglais sont de la responsabilité de la rédaction de Science et pseudo-sciences. L’intelligence artificielle a été utilisée comme un outil d’aide à la rédaction. Une version plus complète est adressée aux adhérents de l’Afis.

Travail coordonné par Vincent Doré avec l’appui de Rachel Bourse et la participation des commissions thématiques de l’Afis.

Santé et médecine

Pénurie de médicaments en Europe

Communiqué de l’Académie nationale de pharmacie (mars 2026)

Ce communiqué synthétise le rapport du Groupement pharmaceutique de l’Union européenne (GPUE) sur les pénuries de médicaments. Il révèle une aggravation généralisée des ruptures de stocks en Union européenne, impactant la quasi-totalité des officines. Cette situation engendre des risques majeurs pour les patients (erreurs, arrêts de soins, pertes de chance). Le GPUE appelle à des réformes urgentes : renforcer la souveraineté pharmaceutique européenne, identifier et sécuriser les médicaments critiques, développer des systèmes européens d’anticipation des pénuries, adapter les cadres réglementaires et économiques et renforcer la coopération européenne.

Des progrès sanitaires mondiaux gravement menacés

Rapport World Health Statistics 2026, OMS (mai 2026)

Selon l’OMS, les progrès sanitaires mondiaux sont insuffisants pour atteindre les objectifs de développement durable d’ici 2030. Des avancées importantes ont été réalisées (réduction de 40 % des nouvelles infections VIH entre 2010 et 2024, baisse du tabagisme et de la consommation d’alcool, amélioration de l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires), mais elles restent fragiles et inégales. Le paludisme repart à la hausse, l’anémie touche encore 30,7 % des femmes en âge de procréer, les violences faites aux femmes demeurent très répandues. La couverture sanitaire universelle progresse trop lentement, les dépenses de santé plongent encore 1,6 milliard de personnes dans la pauvreté, les séquelles de la pandémie de Covid-19 persistent. L’OMS souligne également de graves lacunes dans les données de santé, limitant le suivi des progrès. Elle appelle à renforcer les systèmes de santé, la prévention, le financement durable et la qualité des données.

Étude affinée de l’exposition alimentaire de la population des Antilles au chlordécone

Avis de l’Anses et rapport d’expertise collective (juin 2026)

L’étude « ChlorExpo », démarrée en 2021 vise à affiner l’estimation de l’exposition alimentaire au chlordécone des populations de la Guadeloupe et de la Martinique, en prenant en compte les habitudes alimentaires de la population, à savoir les pratiques d’approvisionnement, de préparation et de cuisson des aliments. Elle cherche également à estimer, pour la première fois, l’exposition alimentaire au chlordécol, un des principaux métabolites du chlordécone. Elle met notamment en avant que les produits de la pêche (poissons, crustacés et mollusques) sont les principaux contributeurs à l’exposition.

Le dépistage réduit légèrement le nombre de décès liés au cancer de la prostate

Expertise collective Cochrane (mai 2026)

La détection précoce du cancer de la prostate par dépistage fait depuis longtemps l’objet de débats, les experts étant divisés sur la question de savoir si les bénéfices l’emportent sur les risques de surdiagnostic et de surtraitement. Contrairement à la version précédente de l’expertise (2013) qui n’avait pas trouvé de données probantes permettant de conclure que le dépistage réduisait les décès liés à ce cancer, une mise à jour montre que les analyses sanguines de ce dépistage réduisent probablement le risque de décès. Le bénéfice est modeste mais significatif. La mise à jour se fonde sur des données de meilleure qualité et sur le fait que les outils permettant de réduire les risques liés au dépistage, tels que l’IRM et la surveillance active, ont également évolué de manière significative.

Épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda

Déclaration de l’Omsa (juin 2026)

La maladie à virus Ebola est une zoonose, transmise des animaux aux humains puis entre humains. Sa réapparition répétée rappelle que la santé humaine et la santé animale sont étroitement liées. Bien que le réservoir animal spécifique associé à cette épidémie n’ait pas encore été identifié, les données scientifiques issues des précédentes flambées indiquent que certaines espèces sauvages, en particulier les chauves-souris frugivores, constituent une source probable de transmission. L’Organisation mondiale de la santé animale (Omsa) souligne l’importance de renforcer la surveillance à l’interface animal-homme-environnement et appelle à une mise en œuvre plus ambitieuse de l’approche « Une seule santé » (One Health) aux niveaux national, transfrontalier et régional.

Alimentation, agriculture, animaux

Santé alimentaire en Union européenne

Rapport de l’Efsa (avril 2025)

L’Eurobaromètre de l’Efsa publié en septembre 2025 est la cinquième édition de cette enquête qui a interrogé plus de 26 000 citoyens européens dans les 27 États membres sur leurs préoccupations par rapport à l’alimentation et aux aliments, notamment en ce qui concerne leur sécurité. Sans surprise, le prix est la préoccupation première partout en Europe (en augmentation par rapport au précédent baromètre), devant le goût et la sécurité (notamment les pesticides en France). L’impact sur le climat et l’environnement vient très loin après. La télévision reste une source majeure d’information sur ces sujets. La France se distingue de ses partenaires par un grand écart : elle est très au-dessus de la moyenne européenne pour la confiance dans les ONG environnementales ou de santé et très en dessous pour la confiance dans les institutions européennes.

Évaluation des niveaux de résidus de pesticides dans les aliments 2024 en Union européenne

Rapport annuel de l’Efsa (mai 2026)

Ce rapport annuel portant au total sur plus de 86 000 échantillons prélevés sur plus de 1 100 produits alimentaires confirme le haut niveau de qualité des produits européens : plus de 96 % des échantillons sont dans les limites légales, dont 58 % en dessous des limites de quantification. L’estimation de l’exposition des consommateurs montre un risque très faible de dépassement des valeurs guides de référence (moins d’un consommateur par jour sur un million) pour 333 des 334 pesticides étudiés.

Dopage et pratiques dopantes en milieu sportif

Expertise collective Inserm (avril 2026)

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale publie une expertise collective sur le dopage et les pratiques dopantes, commandée par le ministère des Sports et fondée sur l’analyse critique de plus de 3 800 publications. Elle montre que ces usages dépassent le sport de haut niveau et touchent aussi les amateurs. Elle souligne que ces usages sont liés à des pressions sociales, psychologiques et culturelles, et présentent des risques sanitaires importants (cardiovasculaires, psychiatriques, addictifs). Le rapport appelle à mieux coordonner les acteurs, contrôler les marchés illégaux, renforcer les données nationales, surveiller les dommages et déployer des programmes de prévention ciblés.

Hantavirus, zoonoses, science et société : quelles leçons pour l’avenir ?

Rapport de l’OPECST (juillet 2026)

Suite à l’épisode hantavirus Andes de mai-juin 2026, et dans un contexte où les activités humaines menacent d’accroître la récurrence des crises épidémiques, l’Office parlementaire a décidé de faire un point sur le hantavirus – et plus largement sur les zoonoses – afin d’en déterminer les implications pour la science et la société. Le document met en avant le rôle des facteurs environnementaux, climatiques et socio-économiques dans l’émergence des zoonoses. Il souligne l’impact de l’« infodémie » (surabondance d’informations à la fois exactes et inexactes) sur la perception du risque associé aux zoonoses. Le rapport juge globalement efficace la gestion sanitaire nationale et internationale de l’épisode hantavirus, et conclut en recommandant de renforcer la recherche, les coopérations internationales, l’approche One Health et la pédagogie scientifique.

La Haute Autorité de santé se prononce sur l’obligation vaccinale contre la grippe

Communiqué de la HAS (juillet 2026)

Saisie par le gouvernement, la HAS a évalué la pertinence d’une obligation vaccinale antigrippale annuelle pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité et pour les professionnels des secteurs sanitaire et médico-social. Si elle conclut que la vaccination des résidents âgés doit rester recommandée, sans devenir obligatoire, elle recommande en revanche une obligation vaccinale annuelle pour les professionnels de santé, les étudiants des filières médicales et paramédicales, ainsi que les personnels au contact de personnes vulnérables en établissements sanitaires et médico-sociaux. Cette position est motivée par le poids sanitaire de la grippe, responsable d’environ 17 000 décès en 2024-2025, dont 90 % chez les plus de 65 ans, par le risque de transmission aux personnes fragiles et le taux bas de vaccination (< 22 %) des professionnels de santé au contact de ces personnes.

Suivi et surveillance des zoonoses 2024 en Union européenne

Rapport de l’Efsa et de l’ECDC (décembre 2025)

Le rapport annuel conjoint de l’Efsa et de l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) présente de nombreuses données, compilées au niveau européen mais aussi détaillées pour chaque État membre, sur les cas humains et les résultats de la surveillance alimentaire et animale pour les pathogènes majeurs de la chaîne alimentaire. Les cinq plus importants sont : Campylobacter, Salmonella, E. coli producteur de shigatoxine, Listeria, Echinococcus. Si le niveau de sécurité général reste très bon, bien que variant selon les États membres, on constate une augmentation des cas entre 2020 et 2024 pour la plupart des zoonoses (après un creux relatif en 2020 et 2021, sans doute lié aux mesures d’hygiène pendant la pandémie de Covid-19). Les objectifs sanitaires fixés par la réglementation européenne ne sont pas encore réellement atteints dans tous les États membres et la vigilance reste nécessaire.

Énergie, climat et environnement

État de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France 2025

Rapport de l’ASNR (mai 2026)

Dans son premier rapport annuel depuis la fusion de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’ASNR rappelle que la sûreté nucléaire et la radioprotection constituent un enjeu majeur dans un contexte marqué par les défis géopolitiques, économiques et climatiques. Elle souligne que la relance du nucléaire en France (nouveaux réacteurs et usines de combustible) exige davantage d’anticipation, de standardisation et de maîtrise industrielle. Pour les installations existantes, la priorité est de maintenir un haut niveau de sûreté pour assurer 60 années d’exploitation. Dans le domaine médical, l’autorité identifie des fragilités persistantes en radioprotection et appelle à renforcer la culture de sécurité ainsi que l’information du public.

Exposition de la population française métropolitaine aux retombées atmosphériques radioactives depuis 1945

Rapport de l’ASNR (juillet 2026)

L’ASNR publie un bilan de 80 ans d’exposition des Français aux retombées radioactives issues notamment des essais nucléaires atmosphériques, des accidents de Tchernobyl et Fukushima. Les expositions les plus importantes ont été observées à la fin des années 1950, au début des années 1960 et après Tchernobyl en 1986, avec des doses pouvant atteindre 1 mSv par an dans les zones les plus touchées. Fukushima n’a eu qu’un impact très faible en France. Aujourd’hui, les doses liées à ces retombées historiques sont faibles (3 à 30 µSv par an pour la majorité de la population) et très inférieures à celles de la radioactivité naturelle (un peu moins de 3 mSv par an – soit 3000 µSv par an – en moyenne en France). Les résidus des retombées passées constituent néanmoins la principale source d’exposition de la population à la radioactivité artificielle dans l’environnement, devant celles liées aux rejets des installations nucléaires.

Le rôle du captage du CO2 dans la trajectoire française de décarbonation

Rapport de l’Académie des technologies (avril 2026)

Le rapport estime que les puits de carbone naturels (forêts, terres, bois), bien qu’essentiels, ne pourront pas à eux seuls compenser les émissions résiduelles en 2050. Il considère donc le captage, le stockage géologique et l’utilisation du CO2 comme des leviers indispensables de la stratégie française de neutralité carbone. Les besoins de réduction et de compensation des émissions résiduelles sont estimés à 80 millions de tonnes de CO2 par an à l’horizon 2050. Le document souligne également que le captage direct du CO2 dans l’air, encore peu mature à l’échelle industrielle, deviendra nécessaire dès 2040. Le rapport recommande d’accélérer la recherche, les démonstrateurs industriels, les infrastructures de transport du CO2 et le développement de capacités de stockage sur le territoire national.

Numérique et intelligence artificielle

Évaluation des possibilités, des risques et des répercussions de l’intelligence artificielle fondée sur des données probantes

Groupe scientifique international indépendant de l’intelligence artificielle (juillet 2026)

En mars 2026, l’Assemblée générale des Nations unies, constatant que « l’intelligence artificielle avance à un rythme qui dépasse la capacité des gouvernements et des institutions à l’encadrer », a mandaté pour trois ans un groupe de quarante experts afin d’évaluer les promesses et des dangers de cette technologie. La mission de ce groupe n’est pas de réglementer l’IA, mais d’apporter une expertise scientifique indépendante afin de fournir aux décideurs des éléments fiables pour élaborer les politiques gouvernementales. Un rapport préliminaire a été rendu public, qui analyse les éléments suivants : capacités croissantes de l’IA, applications utiles dans de nombreux domaines, adoption inégale selon les domaines et les secteurs, montée des agents autonomes, risques pour les droits humains, effets négatifs sur la santé mentale, érosion de l’intégrité de l’information, risques de perte de contrôle, répartition inégale des risques et bénéfices, concentration du pouvoir technologique mondial, nécessité d’une gouvernance renforcée, besoin d’investissements ciblés et équitables.

Artificial Intelligence Index Report

Rapport 2026 de l’université Standford (avril 2026)

L’objectif de l’AI Index de l’université Standford est de fournir des données objectives, rigoureusement vérifiées et issues de sources internationales, afin de leur permettre de mieux comprendre le domaine complexe de l’IA. Le rapport 2026 est structuré autour de nombreux constats, tels que : les capacités de l’IA s’accélèrent et touchent plus de personnes que jamais ; l’écart de performance entre les modèles d’IA américains et chinois s’est pratiquement résorbé ; les modèles d’IA peuvent remporter une médaille d’or aux Olympiades internationales de mathématiques, mais ne peuvent pas donner l’heure de manière fiable ; l’éducation à l’IA est à la traîne, etc.

Rapport international sur la sécurité de l’IA

Résumé pour décideurs (2026)

Le International AI Safety Report est un rapport scientifique indépendant, publié chaque année depuis 2025 à la demande du Royaume-Uni et qui rassemble plus de 100 experts internationaux pour évaluer les capacités et les risques émergents des systèmes d’IA à usage général, sans formuler de recommandations politiques. Un panel consultatif international composé de représentants de 30 pays (dont la France) ainsi que de représentants de l’Union européenne, l’OCDE et l’ONU donne un avis technique. Le rapport s’organise autour de trois questions centrales : que peut faire l’IA généraliste aujourd’hui et comment ses capacités pourraient-elles évoluer ? Quels risques émergents l’IA généraliste poset-elle ? Quelles sont les approches actuelles de la gestion des risques et quelle est leur efficacité ?

Publié dans le n° 358 de la revue


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Les auteurs

Commissions thématiques de l’Afis

Ensemble des Commission thématique de l’Afis. L’idée de ces commissions est de rassembler quelques expertises qui (…)

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