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La science nomade au service de la diplomatie

Publié en ligne le 26 février 2026
La science nomade au service de la diplomatie
Mémoires d’un diplomate scientifique
François Bertin
L’Harmattan, 2025, 269 pages, 27 €

Le grand public associe rarement diplomatie et science, et pourtant les collaborations scientifiques sont essentielles dans l’avancement de la recherche et la coopération entre les États. François Bertin, ingénieur spécialisé en chimie analytique, nous raconte ses trente années de « scientifique nomade ».
Pour lui, la diplomatie scientifique se définit par « les interrelations entre la diplomatie et l’expertise scientifique » ; vaste programme auquel il a participé au cours de différents séjours à l’étranger, essayant de concilier son travail de chercheur et son expatriation. Sa vie n’a pas été « un long fleuve tranquille », mais lui a fait découvrir plus de trente pays et lui a permis d’offrir « une autre perspective à sa carrière ». Ce livre n’est pas une description des différents organismes qui participent à la diplomatie scientifique mais un témoignage du fonctionnement de cette diplomatie en relation directe avec la culture et les moyens financiers des États concernés.

En 1975, F. Bertin accepte de partir à Beyrouth, envoyé par le ministère des Affaires étrangères dans le cadre d’une collaboration entre l’université de Lyon où il exerce, et les établissements universitaires de Beyrouth. La guerre civile libanaise précipitera son retour, mais cette première mission est le départ de son itinérance. De retour, il intègre le ministère des Affaires étrangères pour organiser la coopération scientifique avec de nombreux pays, multipliant les courts séjours à l’étranger ; puis il est expatrié comme attaché scientifique à Bangkok, Téhéran, Washington et finalement, en 2005, à Tunis d’où il organisera la coopération avec le Moyen-Orient. Ces séjours sont entrecoupés de retours en France où il retrouve son laboratoire de recherche, avec parfois quelques difficultés pour retrouver sa place au laboratoire et continuer à suivre ses doctorants.

Expériences personnelles, anecdotes sur sa vie et relations diplomatiques s’entremêlent, nous faisant découvrir les spécificités des besoins scientifiques de chaque pays, les difficultés d’adaptation, de compréhension, et les résultats obtenus. Échanges d’étudiants, rédaction de lettres de veille scientifique destinées aussi bien aux entreprises qu’aux organismes publics, aide à la création de laboratoires sont quelques exemples des actions entreprises, augmentant ainsi les échanges entre les pays concernés. Le lecteur découvre aussi les multiples organismes, aux acronymes parfois complexes, qui gèrent ces missions. En fin d’ouvrage, un lexique traduisant ces acronymes est bienvenu pour mieux comprendre leur rôle.

L’intérêt de F. Bertin pour ses missions, l’énergie mise en œuvre, mais aussi les questionnements sur leurs impacts sur sa vie personnelle transparaissent tout au long du livre, ce qui le rend agréable à lire. Pour lui, ce nomadisme scientifique est nécessaire « au sauvetage de la planète » mais il conclut en déplorant la diminution de l’influence française dans ce domaine.