Naturopathie
Publié en ligne le 20 février 2026
Margot Brunet est une journaliste qui présente ici un travail d’investigation rigoureux. Son objectif n’est pas d’analyser si la naturopathie a des fondements scientifiques : dès le départ, celle-ci est clairement exposée comme une pseudo-science et c’est son caractère frauduleux et sectaire qui sera discuté dans ce livre.
L’ouvrage s’ouvre sur le procès de Miguel Barthéléry, naturopathe, pour exercice illégal de la médecine et usurpation du titre de médecin, reconnu coupable du décès de deux de ces clients. L’autrice transmet, dès cette introduction, sa colère et sa tristesse face aux dérives naturopathiques.
Elle témoigne ensuite de l’emprise des pseudo-médecines, en particulier dans des zones rurales où fleurissent les cabinets de naturopathes, réflexologues, kinésiologues, à défaut de médecins généralistes. Elle retrace les origines de la naturopathie ainsi que les discours utilisés par les praticiens comme l’appel à la nature ou au bon sens, le besoin de « se purifier », etc.
M. Brunet expose aussi les dérives de la naturopathie (emprise sectaire, conseils dangereux comme le jeûne pour « assécher les tumeurs ») et enquête sur les naturopathes qui usurpent le rôle de médecin généraliste, vendant compléments et huiles essentielles sans formation médicale.
Elle montre comment les naturopathes s’organisent pour exercer un lobbying agressif afin d’obtenir une reconnaissance officielle (notamment par le biais de l’Afnor 1). Les liens entre les organisations de naturopathes et certains laboratoires de compléments alimentaires sont mis en lumière. Il s’agit là d’un grand paradoxe des naturopathes qui dénoncent « Big pharma » s’enrichissant aux détriments de la santé des gens quand les laboratoires de compléments alimentaires font la même chose, ainsi : « D’après l’Insee, le commerce de compléments alimentaires est passé de 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2013 à 2,6 milliards en 2023. » Ces liens financiers, via congrès et « ordonnances » de produits, forment un écosystème opaque où pseudo-science et commerce s’entremêlent.
L’autrice dénonce également le très juteux marché de la formation sur lequel elle a enquêté en se faisant passer pour une potentielle cliente : plusieurs milliers d’euros pour une formation à la naturopathie certifiée « Qualiopi 2 » (ne donnant aucun indice sur le sérieux scientifique de la formation), pour des formations supplémentaires visant à améliorer sa communication et booster son chiffre d’affaires, etc. Les premières victimes sont les clients de ces formations, clients dupés à qui l’on promet des chiffres d’affaires importants et des formations sérieuses. Mais elles ignorent souvent que ces organismes de formation ont des liens étroits avec les organisations « officielles » de la naturopathie ainsi qu’avec les laboratoires de compléments alimentaires. La boucle est bouclée !
La fin du livre porte sur l’inaction de l’ordre des médecins et de l’État qui peine à réguler ce système de santé parallèle et y participe même en finançant ces formations via France Travail.
C’est un livre à mettre entre les mains des lecteurs avec ou sans formation scientifique, avec ou sans sympathie pour ces pratiques sans fondement scientifique. Les conflits d’intérêt, les stratégies marketing et les aspects financiers seront des arguments nouveaux et percutants pour discréditer cette discipline.
1 L’Afnor est l’Association française de normalisation, dont la mission est, entre autres, l’élaboration des normes. Cette reconnaissance n’est pas une validation médicale ou scientifique mais peut faire illusion quant au sérieux de la profession de naturopathe.
2 Une certification Qualiopi est obligatoire pour toutes les formations. M. Brunet écrit : « Dans un rapport paru en mai 2024, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) alertait sur le manque d’encadrement des organismes dédiés à ces certifications et l’absence de contrôle des structures d’enseignements. »
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Auteur de la note
Médecines alternatives
Médecines douces, médecines alternatives, médecines parallèles… différents termes désignent ces pratiques de soins non conventionnels qui ne sont ni reconnues sur le plan scientifique ni enseignées au cours de la formation initiale des professionnels de santé.
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