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On nous aurait menti ?

Publié en ligne le 6 juillet 2023
On nous aurait menti ?
De la rumeur aux fake news
Hubert Krivine, préface de Guillaume Lecointre, postface de Jacques Treiner
DeBoeck Supérieur Editions, 2022, 158 pages, 15,90 €

Rumeurs, mensonges, escroqueries, fake news, faits alternatifs… Comment s’en protéger, comment les décrypter ? Ce livre apporte en trois grands chapitres un éclairage nouveau et salutaire sur un sujet complexe et d’actualité, dans un livre accessible à tous.

Hubert Krivine, physicien et universitaire, titulaire du prix de l’Union rationaliste en 2011 et historien des sciences, revient sur « les sources de la crédulité », qu’il distingue de la croyance religieuse et des mythes. Il présente dans le premier chapitre un panorama des fausses informations, illustré d’un grand nombre d’exemples concrets dans différents domaines, sociaux, politiques, diplomatiques ou scientifiques. En établissant une distinction entre les erreurs scientifiques ou les hypothèses hasardeuses, toujours rectifiables, et les « vraies » fausses informations, il montre comment, par l’entêtement à nier les objections et à croire en ses propres théories, la frontière devient ténue entre une erreur de bonne foi et une escroquerie. Il analyse ensuite, dans un second chapitre mettant en regard science et religion, en quoi les récits fondateurs de la Bible ou du Coran ne se positionnent pas forcément pour ou contre la science, mais bien « à côté » d’elle. Mais la compatibilité entre science et religion est aujourd’hui mise à mal. La défiance, le doute, la désillusion du corps social vis-à-vis de la science favorise le renouveau du fondamentalisme religieux et le rejet du relativisme scientifique au profit des croyances. Dans le dernier chapitre « Qui croire ? », il démêle l’écheveau des fausses informations polluées par les éléments du « vrai » qui les rendraient crédibles ou les légitimeraient. Il montre les différences dans la genèse et la nature de ces fake news, qui vont de la rumeur à la tromperie, de la bonne foi à la malveillance, en passant par les faits détournés de leur sens, les données incomplètes ou surinterprétées, la propagande ou les théories du complot.

La préface de Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, nous éclaire sur les sources de la défiance à l’égard de la science, reposant, selon lui, sur des confusions. Parmi celles-ci, celle qui résulte des différents sens associés au mot « science », ou encore celle entre les valeurs et les faits, quand la science peut être accusée d’« immoralité » au regard de valeurs spirituelles. Une confusion s’installe aussi entre science et idéologie, de même qu’entre critique des idées et critique des personnes, dont on a vu les conséquences dans l’assassinat d’un enseignant énonçant des faits amenés à contredire une religion et accusé d’irrespect.

La postface de Jacques Treiner, président du comité d’experts de The Shift Project, nous éclaire par quelques exemples historiques sur le rapport entre la réalité des choses et leur compréhension, entre l’objectivité et les croyances, les mythes ou les valeurs. « Il y a les faits et les faits alternatifs, à partir desquels on construit une réalité mentale que l’on désire, celle à laquelle on va croire et appeler à croire, et à laquelle, quelles que soient les conséquences, on va forcer le monde à ressembler. »

Publié dans le n° 346 de la revue


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Auteur de la note

Corinne Verry-Jolivet

Corinne Verry-Jolivet, retraitée depuis 2020, a dirigé (...)

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