Accueil / Notes de lecture / Réussir la décarbonation des mobilités dans les territoires

Réussir la décarbonation des mobilités dans les territoires

Publié en ligne le 15 février 2026
Réussir la décarbonation des mobilités dans les territoires
Jean Coldefy (coord.), Yves Crozet, Edouard Dequeker, Jacques Levy, Greg De Temmerman
Editions de l’Aube, 2025, 207 pages, 20 €

La décarbonation de nos activités relève de nombreux domaines d’études. L’association d’auteurs ingénieurs, économistes, experts en développement territorial, géographes et physiciens est donc tout à fait pertinente pour traiter ce sujet.

L’introduction nous rappelle les objectifs climatiques et la complexité du problème.

L’ouvrage commence par montrer combien les mobilités sont essentielles dans une société développée, que la voiture est un outil pratique et les alternatives souvent peu adaptées selon les circonstances et les besoins, mais qui pourraient être développées.

La voiture électrique aura un impact considérable sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, même en tenant compte de la fabrication et de la fin de vie des batteries. Son déploiement est nécessaire et possible : elle permet de réduire sensiblement les émissions. L’indispensable accès aux minerais de fabrication est probablement un problème moins important que celui de la disponibilité des énergies fossiles. Les coûts de fabrication des véhicules électriques devraient baisser.

Le report modal s’est jusqu’ici révélé peu efficace, en particulier parce que l’offre de transports en commun a progressé lentement par rapport à la quantité de logements situés en zone périurbaine. La substitution de la voiture par les transports en commun n’est pas toujours possible. Les auteurs pointent les limites du covoiturage, du vélo, ainsi que de l’efficacité et de la gratuité des transports en commun.

Réduire les distances à parcourir pourrait être une voie. Sont largement évoqués l’organisation des territoires, la répartition géographique des classes sociales, les déplacements en avion, l’artificialisation des sols, l’étalement urbain, la politique du logement…

Les auteurs évoquent aussi les fausses croyances et la sociologie pour dénoncer les solutions inadaptées souvent proposées, en particulier de la part de mouvements écologistes ou décroissants. Les critiques du communisme, du malthusianisme et de la centralisation, la défense de la croissance économique et des riches dont les émissions de CO2 seraient surestimées selon les auteurs, sont assez inattendues dans un tel ouvrage : « La France est, après redistribution, l’un des pays les plus égalitaires au monde en termes de revenus », « faire croire que seuls les plus riches doivent faire l’effort est une tromperie ».

La question du financement de la décarbonation est abordée. C’est vers les villes et agglomérations qu’il faut orienter les fonds nécessaires aux transports en commun, les coûts élevés peuvent diminuer, en particulier en mettant fin aux monopoles. La voiture devra garder sa place dans de nombreuses zones peu denses.

La gouvernance est complexe en France, en particulier à cause du grand nombre de communes. Il paraît pertinent de raisonner à une échelle plus large, par exemple en fusionnant des communes ou des communautés d’agglomérations. Les politiques de transports et de logement seraient ainsi plus optimales.

Globalement cet ouvrage est assez critique vis-à-vis des discours souvent entendus, en particulier des mouvements écologistes qui ont tendance à négliger les apports de la mobilité et les avantages de la voiture. Mais les auteurs ont de solides arguments et de nombreuses références. Beaucoup d’idées et d’arguments étayés dont pourraient s’inspirer les décideurs à qui s’adresse essentiellement l’ouvrage.