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Faire revivre les espèces disparues ?

Publié en ligne le 8 janvier 2026
Faire revivre les espèces disparues ?
Lionel Cavin, Nadir Alvarez
Quanto, 2025, 267 pages, 12,50 €

Lionel Cavin est conservateur du Muséum d’histoire naturelle de Genève, Nadir Alvarez est direc-teur du Muséum cantonal des sciences naturelles de l’État de Vaud.

Le film Jurassic Park sert de point d’accroche de l’attention du lecteur pour l’entraîner dans « un voyage dans le temps de plus de 500 millions d’années » à la rencontre de l’évolution de la biodiversité animale et des différentes extinctions massives qui l’ont jalonnée. Dans cet ouvrage publié initialement en 2022 aux éditions Favre, les auteurs expliquent la notion de « convergence évolutive » en montrant comment la disparition de certaines espèces, en particulier des plus imposantes par leur taille (la mégafaune), a permis la multiplication d’autres espèces plus petites. Tout au long du livre, l’accent est régulièrement mis sur les échelles de temps importantes nécessaires aux processus évolutifs.

Le chapitre « L’homme appartient-il à la nature ? » est consacré à l’influence des humains sur l’ampleur du déclin actuel de la biodiversité, en précisant toutefois qu’ils ont toujours eu un impact sur la nature. Les auteurs posent donc la question : « Faut-il réensauvager de grands espaces pour paradoxalement, fabriquer une nouvelle nature vierge ? », comme c’est le cas dans le projet « Pléistocène Park » en Russie qui « essaie de recréer les écosystèmes de l’ère glaciaire, afin de lutter contre le réchauffement climatique » 1. Ils voient dans la possibilité de recréer des espèces disparues une sorte de réparation des dommages commis, mais insistent aussi sur la nécessité de protéger la faune existante.

Tout semble théoriquement possible grâce à la biologie moléculaire, comme le décrit le dernier chapitre consacré aux nouveaux développements de l’ingénierie génétique, très clairement expliqués à l’aide de schémas. Mais d’autres questions se posent : quelles espèces choisir ? au nom de quelles valeurs ? pourront-elles vivre dans des milieux qui ont fondamentalement changé depuis leur disparition ? quel serait leur rapport avec la faune et la flore existantes ? cela serait-il bénéfique pour la biodiversité ? Après avoir tenté d’y répondre, les auteurs concluent sur la nécessité de réensauvagement de certains grands espaces de la planète, même si pour eux la désextinction n’est qu’une partie de la solution. Ils citent en particulier le retour des loups qu’ils considèrent comme accepté par la population, oubliant les réticences de beaucoup de populations locales 2.

Ce livre riche d’informations, écrit dans un style accessible aux non-spécialistes, avec parfois une pointe d’humour, magnifiquement illustré par une riche iconographie d’animaux, montre bien tous les aspects, les questionnements de cette désextinction en la replaçant dans le contexte historique de l’évolution de la biodiversité.