L’intégrité scientifique
Publié en ligne le 3 avril 2026
Le développement des réflexions au sujet de l’intégrité scientifique est récent. Ce n’est qu’en 2010 que la déclaration de Singapour 1 en a formulé les quatre principes : 1) honnêteté dans tous les aspects de la recherche ; 2) conduite responsable de la recherche ; 3) courtoisie et loyauté dans les relations de travail ; 4) bonne gestion de la recherche pour le compte d’un tiers. En France, c’est la signature d’une charte de déontologie des métiers de la recherche en 2015, puis la création en 2017 de l’Ofis (Office français de l’intégrité scientifique) qui ont été les étapes principales. Ainsi le code de la recherche, dans son article L. 211, soumet les travaux de recherche, notamment l’ensemble des activités de la recherche publique, aux « exigences de l’intégrité scientifique ».
L’histoire de l’intégrité est détaillée dans ce livre écrit par des experts, Michel Dubois et Catherine Guaspare. Peu d’équipes ont fait autant de recherches sur l’intégrité. Le livre est très documenté sur la base d’exemples contemporains. La table des matières est accessible sur le site du Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne. Les auteurs connaissent bien le fonctionnement des journaux scientifiques, des réseaux sociaux et de PubPeer qui permet aux chercheurs de signaler des publications questionnables et d’alerter à leur sujet.
Je reprends une partie de la quatrième de couverture du livre : « En s’appuyant sur une enquête sociologique inédite, cet ouvrage apporte des clés de compréhension de ce que recouvre aujourd’hui l’intégrité scientifique et les enjeux qu’elle soulève : comment les bonnes pratiques sont adoptées, transmises, transformée… ou se heurtent aux réalités du travail scientifique. Dans un contexte où la production scientifique est soumise à des pressions multiples, où les théories pseudo-scientifiques circulent sur les réseaux sociaux, l’intégrité scientifique apparaît plus que jamais comme l’un des piliers de la confiance dans la science. »
Plusieurs histoires de fraudes sont décortiquées. La lecture du cas d’Olivier Voinnet permet de bien comprendre tous les enjeux entre institutions de pays différents. Il s’agit d’un biologiste brillant qui a été accusé de manquements à l’intégrité scientifique en 2015. Des enquêtes du CNRS et de l’École polytechnique fédérale de Zurich ont conduit à la rétractation (invalidation de la recherche) de neuf articles publiés dans des revues prestigieuses. Plusieurs cas ont jalonné l’histoire des entorses à l’intégrité en France, que peu de nos collègues connaissent. Parmi une liste non exhaustive, soixante pratiques discutables en recherche décrites par Lex Bouter (épidémiologiste hollandais qui préside les conférences mondiales sur l’intégrité scientifique) sont traduites et proposées page 150.
Le livre se lit facilement et c’est une bible que l’on peut consulter à tout moment. Beaucoup d’encadrés et de tableaux facilitent la lecture. Il manque un index pour trouver rapidement quelques informations. Une culture positive des bonnes pratiques en recherche est très présente, plutôt que de toujours stigmatiser les fraudes… qui restent rares.
1 Sur ouvrirlascience.fr







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