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La sécurité routière en France

Publié en ligne le 10 janvier 2020
La sécurité routière en France
Quand la recherche fait son bilan et trace des perspectives

Coordonné par Laurent Carnis, Catherine Gabaude, Marie-Line Gallenne
L’Harmattan, 2019, 438 pages, 45 €


Ce collectif de chercheurs de l’Ifsttar 1 nous propose un ouvrage complet sur l’état actuel des connaissances scientifiques sur la sécurité routière. Il dresse d’abord un bilan statistique de l’accidentologie, précise les échelles d’évaluation de la traumatologie et son coût pour la société. On notera la citation importante d’une étude attribuant la chute spectaculaire de la mortalité entre 2000 et 2002 à la mise en place de procédures de contrôle-sanction automatisé 2, validant ainsi son bien-fondé.

Le livre poursuit par une revue des politiques publiques de sécurité routière. On peut noter les différentes mesures ayant contribué à améliorer la sécurité routière comme le contrôle technique obligatoire (1985), la limitation de la vitesse à 50 km/h en agglomération (1990), le permis à points (1992), les contrôles aléatoires d’alcoolémie (1978) et le port obligatoire de la ceinture à l’arrière (1990).

Il s’agit ensuite d’étudier les infrastructures et les usages. Nous apprenons ainsi que la nuit représente 10 % du trafic mais 42 % des tués, ou que le réseau routier hors agglomération concentre 25 % des accidents mais 63 % de la mortalité. On peut également citer le chapitre sur le genre, car malgré un stéréotype populaire persistant qui met en doute la compétence des femmes au volant, la mortalité des conducteurs est 3,7 fois plus élevée que celle des conductrices à nombre égal de kilomètres parcourus

(ONISR, 2008), les hommes constituant 82,5 % des responsables présumés des accidents en 2015. Ceci s’explique en grande partie par une plus grande appétence pour la prise de risque et la transgression des règles de circulation. La qualité et les exigences de plus en plus accrues des équipements automobiles participent nettement à une baisse d’accidentologie (par exemple l’airbag frontal réduit de 90 % les lésions graves à la tête).

Dans la dernière partie, les principaux facteurs de risque sont analysés. Sans surprise, il est question d’alcool, de téléphone ou de somnolence au volant, ou encore de risques spécifiques pour les motocyclistes, piétons et cyclistes. On notera le chapitre sur l’influence de l’âge qui participera à éclairer le débat public sur la question : les conducteurs âgés ne sont pas plus accidentogènes que la moyenne mais sont souvent plus gravement touchés lors des accidents dans lesquels ils sont impliqués, compte-tenu de leur plus grande vulnérabilité. On peut noter l’absence de chapitre spécifique dédié à la vitesse, les auteurs ayant sans doute préféré le marteler au fil de tous les chapitres pour souligner un peu plus son importance : la vitesse est un facteur de risque dans toute situation de circulation.

En résumé, il s’agit là d’un livre très fourni, à la pointe de la recherche dans le domaine. Il permet de mieux connaître l’état actuel des connaissances scientifiques sur le sujet, ainsi que les axes d’amélioration pour aller encore plus loin. Certainement très utile pour les décideurs, il devrait intéresser aussi les associations d’automobilistes et tout citoyen, puisque chacun s’expose à ces risques dans sa vie quotidienne.

1 Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux.

2 Carnis L, Blais E, “An assessment of the safety effects of the French speed camera program”, Accident Analysis & Prevention,2013, 51 :301-9.


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Publié dans le n° 330 de la revue


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Emeric Planet

Informaticien et membre du comité de rédaction de la (...)

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