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Les vaccins génétiques et le risque de recombinaison virale

Publié en ligne le 12 mai 2021 - Vaccination -

Le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) a publié le 26 décembre 2020 une communication intitulée « Covid-19 : Les technologies vaccinales à la loupe » [1]. Elle comporte un document et une vidéo du Dr Christian Vélot, accompagnés d’un court billet du Dr Jacques Testart. Cette communication débouche sur une mise en garde vis-à-vis des nouveaux vaccins délivrant du matériel génétique viral (ADN ou ARN). En ce mois de janvier 2021, cette mise en garde concerne donc les vaccins contre la Covid-19 de Pfizer-BioNTech et Moderna délivrant de l’ARN messager et celui d’AstraZeneca délivrant de l’ADN.

Le billet de J. Testart résume bien le message principal de cette communication, à savoir que la décision individuelle d’avoir recours à ces vaccins pourrait être « irresponsable pour l’espèce ». Il invoque « la responsabilité collective de ne pas [se faire vacciner] pour protéger l’humanité ». Principalement, le biologiste redoute des « recombinaisons virales défavorables » rendant, selon lui, « très probable » le fait qu’un « virus bien plus virulent se dissémine dans les populations ».

La recombinaison virale est un processus de création d’un nouveau virus au sein d’une cellule infectée simultanément par deux virus. Il peut en effet arriver qu’une même cellule d’un individu incorpore du matériel génétique (ARN ou ADN) provenant de deux virus différents. Parfois, cette situation peut conduire à la production d’un virus ayant des caractéristiques nouvelles car réassorti du matériel génétique provenant des deux virus sources. Si la nouvelle souche virale ainsi produite est plus virulente ou contagieuse, elle peut être à l’origine d’une nouvelle vague épidémique. C’est le principal scénario redouté par les deux biologistes.

Pour que cette situation se produise avec les nouveaux vaccins contre la Covid-19 délivrant du matériel génétique viral, il faut que ce matériel génétique s’incorpore dans une cellule qui est simultanément infectée par un virus autre que le SARS-CoV-2. Les cellules concernées sont principalement celles situées autour du site d’injection, généralement dans le muscle deltoïde. Ces nouveaux vaccins n’ont pas de capacité infectieuse, il n’y a donc pas de reproduction du matériel génétique vaccinal dans le corps. De ce fait, la quantité d’ARN vaccinal y est maximale juste après l’injection puis diminue rapidement. Les cellules concernées sont ensuite détruites par le système immunitaire. Par conséquent, la probabilité d’une telle rencontre est extrêmement faible, comme l’est ensuite la probabilité de « recombinaison virale défavorable » dans la cellule infectée.

Dans la communication du Criigen, J. Testart qualifie d’« infime » cette probabilité de recombinaison virale avec du matériel génétique vaccinal, mais estime cependant que, compte tenu du « nombre considérable » de vaccinés, il devient « très probable » qu’un « virus bien plus virulent se dissémine dans les populations ». Ch. Vélot, dans sa note d’expertise, affirme que la « vaccination de masse avec ce type de vaccins pourrait devenir une fabrique à grande échelle de nouveaux virus recombinants » et ajoute qu’« il suffit qu’un seul nouveau virus apparaisse quelque part dans le monde pour que les conséquences sanitaires, environnementales, sociales, soient mondiales et colossales ».

Malheureusement, les deux biologistes ne comparent pas le risque qu’ils redoutent avec celui de ne pas vacciner les populations contre la Covid-19 ou celui d’attendre la disponibilité de « vaccins “classiques” à virus inactivés ou protéines recombinantes » comme ils le suggèrent. Retarder la vaccination n’est pas sans conséquences sanitaires, d’autant plus que la probabilité d’apparition de mutations spontanées défavorables du SARS-CoV-2 augmente avec la durée et l’extension de la pandémie.

Et surtout, les auteurs oublient de tenir compte ici de l’existence de vaccins « classiques » à virus vivants atténués. Il s’agit des vaccins contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) et ceux contre la dengue, la fièvre jaune, le rotavirus, la poliomyélite (vaccin par voie orale), la varicelle et le zona. Ces vaccins contiennent des virus entiers atténués, c’est-à-dire dont la capacité d’infection est réduite. Les virus atténués contiennent l’intégralité de leur matériel génétique (ARN ou ADN) qui pénètre dans des cellules du sujet suite à la vaccination, alors que les nouveaux vaccins contre la Covid-19 ne contiennent qu’une partie du matériel génétique du SARS-CoV-2. De plus, certains virus entiers atténués conservent des capacités de réplication dans le corps humain, contrairement au matériel génétique incomplet contenu dans les nouveaux vaccins contre la Covid-19.

Par conséquent, en suivant le raisonnement des deux auteurs, les conditions suffisantes pour aboutir aux conséquences sanitaires qu’ils redoutent sont déjà réunies depuis que des vaccins vivants atténués sont utilisés à grande échelle. Par exemple, les vaccins ROR, contenant trois types de virus à ARN vivants atténués, sont utilisés massivement depuis la fin des années 1960, ce qui représente des milliards de personnes vaccinées. Pourtant, les « conséquences sanitaires mondiales et colossales » de cette vaccination, tant redoutées par Ch. Vélot, ne se sont pas réalisées.

La Dame à l’hermine,
Léonard de Vinci (1452-1519)

Ajoutons que la probabilité de recombinaison virale est plus grande via une double infection par deux souches virales touchant les mêmes tissus que suite à une vaccination. La raison réside simplement dans le fait que les deux virus sont capables de se multiplier massivement dans les tissus infectés, potentialisant ainsi le risque de recombinaison entre eux. D’ailleurs, des cas de recombinaison virale entre deux variants du SARS-CoV-2 sont avérés chez l’Homme [2] et craints pour les animaux domestiques [3]. Les connaissances actuelles sur les risques de recombinaisons virales devraient donc plutôt inciter à ne pas retarder la campagne de vaccination.

Finalement, la communication du Criigen n’apporte aucun argument convaincant permettant d’objectiver un risque de « recombinaison virale défavorable » qui serait supérieur avec les nouveaux vaccins contre la Covid-19 délivrant du matériel génétique viral qu’avec des vaccins « classiques » à virus vivants atténués. Ce risque hypothétique constitue pourtant l’argument principal de cette communication pour suggérer de retarder la campagne de vaccination, ce qui aurait des conséquences délétères certaines.

Références


1 | Vélot C, « Covid-19 : les technologies vaccinales à la loupe », Criigen, 18 février 2021 (criigen.org).
2 | Deluzarche C, « SARS-Cov-2 : deux variants dangereux se sont combinés en un nouveau virus », Futura, 18 février 2021 (futura-sciences.com).
3 | Gozlan M, « Visons, furets, chats : les animaux infectés par le SARS-CoV-2 représentent-ils un risque pour l’être humain ? », Réalités biomédicales, le blog de Marc Gozlan,13 novembre 2020.

Publié dans le n° 336 de la revue


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L' auteur

Hervé Le Bars

Hervé Le Bars est né en 1966. Ingénieur de l’École Supérieure d’Electricité (Supelec), il est développeur dans le domaine (...)

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