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BIAIS COGNITIFS EXPRESS

Voir ou ne pas voir, telle est la question

Publié en ligne le 29 septembre 2021 - Zététique et esprit critique -
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La vue

La vue est guidée par l’attention ; des changements même clairement visibles ne sont pas forcément traités par le cerveau qui filtre l’information.

L’œil humain perçoit les signaux lumineux via plusieurs capteurs disposés sur la rétine : les cônes et les bâtonnets. La répartition de ces capteurs rend la vision très précise sur quelques degrés autour du point de fixation du regard mais rapidement floue en vision périphérique. Le système visuel ne fonctionne donc pas comme un appareil photo mais nécessite une multitude de points de fixation pour construire une image mentale complète et précise.

Le choix des fixations du regard peut être aléatoire ou dirigé par l’attention. L’œil se focalise sur tel ou tel point de la scène. Du fait de l’organisation des capteurs rétiniens et des processus attentionnels, de nombreuses parties de la scène seront ignorées ou vues en vision périphérique très dégradée.

Malgré l’impression de voir l’environnement net et complet, le cerveau et le système visuel ne font que construire une représentation personnelle de la réalité, en ignorant certaines informations qui peuvent pourtant être fondamentales. On appelle cela la cécité attentionnelle ou cécité d’inattention [1].

La perception : un processus sensoriel et cognitif

Percevoir ne se résume pas à un processus unidirectionnel allant du stimulus physique à l’interprétation cognitive. C’est une construction mentale dépendant de l’activité cognitive à chaque instant, des attentes, de l’attention portée à telle ou telle information sensorielle. Les sensations physiques sont ainsi filtrées et transformées par ce processus de construction, puissant, rapide, inconscient, automatisé mais dépendant de multiples facteurs contextuels : une consigne à suivre, une distraction attentionnelle, un temps limité, un état émotionnel…

Cette construction, à la fois universelle et spécifique à chaque être humain, est imparfaite ou incomplète. En effet, vu le nombre d’informations qu’il a à gérer simultanément, le cerveau peut avoir des difficultés à tout considérer. Des erreurs d’interprétation de ce type peuvent ainsi altérer non seulement nos perceptions, mais aussi notre raisonnement. En avoir conscience est nécessaire pour conduire une démarche critique efficace. C’est d’autant plus vrai lorsque la situation dans laquelle se trouve l’individu est complexe et fait intervenir un nombre important de paramètres à prendre en compte, du point de vue perceptif mais aussi émotionnel ou cognitif. Gare aux illusions et aux biais perceptifs !

Référence


1 | Axelrad B, « Le test du gorille invisible », SPS n° 312, avril 2015.

Publié dans le n° 336 de la revue


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L' auteur

A seconde vue

L’association « À seconde vue » vous propose d’expérimenter de manière interactive et ludique la démarche critique : (...)

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