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Ne jamais renoncer

Publié en ligne le 26 février 2026
Ne jamais renoncer
Katalyn Karikó
Quanto, 2024, 276 pages, 24,50 €

Beaucoup de livres qui relatent de grandes découvertes scientifiques peuvent donner l’impression que leur trame narrative, quand il y en a une, est un simple emballage, une figure de style obligatoire et étirée en longueur. L’autobiographie de Katalin Karikó, biochimiste, prix Nobel de médecine 2023 pour sa contribution aux vaccins utilisant l’ARN messager contre la Covid-19, est au contraire fascinante parce que l’histoire de sa vie personnelle est « une démonstration sans égale de la valeur de la science et de ce qu’elle peut apporter, non seulement à l’humanité dans son ensemble, mais aussi, individuellement, à ceux et celles qui croient en elle ! »

Le titre de la traduction française du livre Ne jamais renoncer est très bien choisi 1. K. Karikó raconte ainsi comment au cours de sa carrière elle a subi nombre de revers et d’avanies et n’a pas vraiment démarré avec les meilleures chances sur la ligne de départ. Elle revient sur sa jeunesse dans une maison sans eau courante et sans chauffage central en Hongrie communiste. On se dit que c’est presque un miracle qu’elle ait persévéré jusqu’au bout. Son secret : « croire profondément en la valeur de ce qu’elle faisait », sans avoir besoin d’être motivée par la reconnaissance officielle et les récompenses (et de fait elle n’en a reçu à peu près aucune avant la toute fin de sa carrière).

Même si l’on en connaît la fin, il s’agit d’abord d’une bien belle histoire, parce que c’est aussi l’histoire d’une vie de labeur sans merci, la vie ingrate d’une tâcheronne de la science ayant passé l’essentiel de ses heures de veille penchée sur une paillasse de laboratoire, ou à s’abîmer la vue sur des articles ardus dont elle seule comprenait l’importance, une femme modeste et peu douée pour l’auto-promotion, parlant l’anglais avec un accent à couper au couteau, et dont tout le monde (et surtout ses supérieurs) pensait qu’elle s’était fourvoyée dans une impasse, et que ce sur quoi elle s’acharnait ne déboucherait jamais sur rien, comme l’attestaient les refus successifs de toutes ses demandes de financement.

Quand la reconnaissance est enfin arrivée (après le succès des vaccins à ARN messager, qui n’auraient jamais vu le jour sans une découverte antérieure décisive de sa part 2), elle avait déjà 66 ans, et les récompenses et les prix lui sont tombés dessus comme une avalanche, dans une inversion absolue et surprenante de son anonymat antérieur – une projection dans la lumière qui n’a sans doute pas été facile à assumer pour une personne habituée à l’obscurité. Le prix Nobel est arrivé moins de deux ans après la validation de ses découvertes par la vaccination de centaines de millions de personnes dans le monde (alors que la plupart ont attendu des dizaines d’années pour l’obtenir…), mais le livre a été rédigé juste avant, alors qu’elle venait déjà d’obtenir tous les autres prix internationaux possibles et imaginables 3.

Et l’histoire des possibilités ouvertes par l’utilisation de l’ARN messager en médecine ne fait que commencer : beaucoup pensent que c’est grâce à lui (et à K. Karikó) qu’on guérira un jour le cancer, et l’on en parlera alors, sans nul doute, comme l’une des plus grandes avancées scientifiques du XXIe siècle.

Pour conclure, il s’agit d’un livre qui se lit très facilement, qui rend la science vivante et la fait aimer, à conseiller en particulier ou à offrir à toute personne qui commence une carrière scientifique ; mais il peut intéresser un très large public, même non scientifique.

1 Le titre en anglais est Breaking Through, qui met moins en valeur la ténacité, première qualité de l’autrice.

2 Il s’agissait de la modification de l’ARNm pour le rendre non inflammatoire, et de son « emballage » dans des nanoparticules de lipides pour le rendre moins instable, découvertes faites avec Drew Weissman (corécipiendaire du prix Nobel) au cours des années 2000.

3 Presque 40 prix rien qu’en 2021 et 2022, dont le Japan Prize, la « Grande médaille » de l’Académie des sciences, le « German Future Prize », le « Breakthrough Prize in Life Sciences », etc.).