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Sommeil, mélatonine, médecines alternatives : sortir des croyances

Publié en ligne le 10 octobre 2026 - Santé et médicament -
Introduction du dossier
Dossier coordonné avec l’aide de la commission médecine de l’Afis

Parfois perçu comme un simple repos, voire une perte de temps qu’il conviendrait de réduire au maximum, le sommeil est aujourd’hui reconnu comme une fonction biologique essentielle. Il joue un rôle clé dans la récupération physique et soutient une multitude de fonctions majeures du système nerveux central, notamment la plasticité neuronale, l’apprentissage, la mémoire, la cognition et la régulation émotionnelle. Il affecte également des processus fondamentaux tels que les activités cardiovasculaire, immunitaire et métabolique. Ainsi, un sommeil de bonne qualité est essentiel à la survie et au fonctionnement optimal de l’organisme [1]. Cependant, à l’échelle mondiale, plus de 16 % de la population souffrirait d’insomnie [2]. En France, la durée moyenne de sommeil est insuffisante : un tiers des adultes se plaignent d’insomnie [3] et plus du quart de somnolences en journée [4]. Selon Santé publique France, les évolutions du mode de vie sont en cause : usage accru des technologies numériques, développement du travail posté de nuit, augmentation du temps de trajet domicile-travail, exposition à la lumière artificielle le soir et la nuit, mais aussi une santé mentale plus vulnérable. Les personnes aux revenus les plus modestes sont plus impactées : bruit, manque d’espace tranquille, temps de transport allongé, etc. [3]. Les enfants sont également concernés au premier plan : l’insomnie concerne environ un tiers des moins de cinq ans et, à l’adolescence, elle persiste chez une proportion importante de jeunes [5].

L’essor d’un « marché du sommeil »

La prise de conscience croissante de l’importance du sommeil a fait émerger un véritable « marché du sommeil » où prédominent des solutions illusoires, voire dangereuses. Des produits dits « naturels » comme les huiles essentielles ou la valériane (en tisane ou en comprimé), ou des médecines dites alternatives (homéopathie par exemple) sont largement promus dans la presse généraliste consacrée à la santé ou au bien-être [6, 7]. Cependant, selon la Société européenne de recherche sur le sommeil (European Sleep Research Society, une organisation scientifique de référence qui fédère plus de trente sociétés nationales du sommeil à travers l’Europe), « les interventions à base de plantes/phytothérapie ne peuvent être recommandées, ni à court ni à long terme, pour traiter l’insomnie » du fait de la trop faible qualité des données existantes [8]. Pour cette société, il en est de même des « traitements complémentaires et alternatifs de l’insomnie » (homéopathie, acupuncture ou encore aromathérapie) [9]. Quant aux huiles essentielles, elles ne sont citées dans aucun guide de bonnes pratiques médicales et, en France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) rappelle que, appliquées sur la peau, utilisées en spray ou diffuseurs, elles « concentrent un mélange variable de substances pouvant s’avérer toxiques pour notre santé » [10].

Les Dormeurs, Arnold Topp (1887-1945)

Dans ce paysage, la mélatonine, parfois présentée comme l’« hormone du sommeil », disponible en vente libre sous forme de complément alimentaire, occupe une place privilégiée. En 2024, le marché mondial est estimé à plus de 2, 5 milliards d’euros [11]. Cette molécule est connue pour jouer un rôle clé dans la régulation des rythmes biologiques, mais c’est à tort qu’elle est présentée comme une « solution miracle » et nombre d’allégations faites à son propos sont infondées (voir l’article d’André Klarsfeld, « Hormone de la nuit : mythes et réalité autour de la mélatonine »). Si la mélatonine est indiquée pour un certain nombre d’affections spécifiques, sa prise devrait toujours se faire sous contrôle médical car elle n’est pas sans risques d’effets secondaires et d’interactions médicamenteuses (voir l’article de Jacques Amsilli, « Mélatonine, l’hormone du sommeil, entre marché florissant et effets secondaires »).

Les troubles du sommeil, un enjeu de santé publique

Dormir moins de sept heures par nuit augmente significativement le risque de diabète de type 2 (d’environ 30 %), d’hypertension (d’un peu plus de 20 %) et de maladie coronarienne (de près de 50 %) [12]. Une relation entre manque de sommeil et obésité est également observée chez les adultes et les enfants [13]. Enfin, le sommeil et la santé mentale entretiennent une relation étroite : les troubles anxieux ou dépressifs perturbent fréquemment le sommeil, mais un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité peut également favoriser l’apparition de troubles psychiques [14]. Il s’agit donc bien d’un enjeu majeur de santé publique.

En 2025, le gouvernement français a mis en place une « feuille de route » structurée en cinq axes : informer et promouvoir le sommeil comme déterminant de la santé globale, agir pour un environnement plus favorable au sommeil, renforcer les connaissances, favoriser une bonne hygiène de sommeil chez les enfants et les jeunes, et améliorer le repérage des troubles du sommeil [15]. De son côté, l’Institut national du sommeil et de la vigilance a établi des recommandations pour un bon sommeil relatives aux horaires de lever et de coucher, à l’activité physique, à la sédentarité et à la position assise, aux écrans ou encore à l’alcool, aux boissons excitantes ou énergisantes. [16]. Pour les enfants, l’Académie de médecine préconise une visite obligatoire « sommeil » à six mois et une autre à six ans, inscrite dans le carnet de santé de l’enfant, une limitation des écrans avec un « couvre-feu digital » après 20 h pour les jeunes de moins de quinze ans et un décalage du début des enseignements à 9 h le matin [5].

La sieste ?


D’après une enquête de l’Institut national du sommeil et de la vigilance (2020), environ 40 % des Français font au moins une sieste chaque semaine [1]. Lorsque le besoin de sommeil nocturne n’est pas couvert, cette pratique qui fait appel à un sommeil lent léger 1 apporte des bénéfices avec un gain de vigilance et de performance. La sieste type dure entre 15 et 20 minutes. Elle se pratique plutôt en début d’après-midi dans un endroit calme.

Les spécialistes du sommeil recommandent de valoriser la sieste en entreprise et à l’école, à condition de choisir une durée et un moment propice dans la journée pour ne pas pénaliser l’endormissement le soir. Elle est également recommandée lors d’un trajet en voiture, dès les premiers signes de baisse de vigilance du conducteur.

Source
Inserm, « Sommeil : faire la lumière sur notre activité nocturne », Dossier, 8 novembre 2024. Sur inserm. fr

Référence
1 | Institut national du sommeil et de la vigilance, « Le sommeil d’hier et de demain », Enquête, 2020. Sur institut-sommeil-vigilance. org


Pour les adultes, la Société européenne de recherche sur le sommeil recommande, en première intention pour le traitement de l’insomnie chronique, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) (recommandation forte, preuves de haute qualité). Et si, après avoir écarté des pathologies sous-jacentes qui pourraient expliquer les insomnies, cette prise en charge s’avère insuffisante ou indisponible, un traitement pharmacologique peut être proposé par le médecin [8].

Références


1 | Inserm, « Sommeil : faire la lumière sur notre activité nocturne », Dossier, 8 novembre 2024. Sur inserm. fr
2 | Benjafield AV et al. , “Estimation of the global prevalence and burden of insomnia : a systematic literature review-based analysis”, Sleep Medicine Reviews, 2025, 82 : 102121.
3 | Santé publique France, « Sommeil : temps moyen sur 24 heures et plainte d’insomnie », Études et enquêtes, baromètre, décembre 2025. Sur santepubliquefrance. fr
4 | Institut national du sommeil et de la vigilance, « Sommeil, somnolence et santé mentale : enquête INSV/Fondation VINCI Autoroutes pour la Journée du sommeil 2025 », mars 2025. Sur institut-sommeil-vigilance. org
5 | Levy P, Dauvilliers Y, « Le sommeil de l’enfant et de l’adolescent », Académie nationale de médecine, Rapport, 17 mars 2026. Sur academie-medecine. fr
6 | Chatelain L, Saunier J, « 5 traitements naturels contre l’insomnie », Santé Magazine, 7 février 2024.
7 | Bertrand V, "Homéopathie et stress : quels médicaments aident à dormir ?", Santé Magazine, 3 décembre 2024
8 | Riemann D et al., "The European Insomnia Guideline : An update on the diagnosis and treatment of insomnia 2023", Journal of Sleep Research, 2023, 32:e14035
9 | Riemann D et al., "European guideline for the diagnosis and treatment of insomnia", Journal of Sleep Research, 2017, 26:675-700
10 | Anses, "Huiles essentielles : risques et précautions", 17 décembre 2024
11 | Global Market Insights, "Marché des suppléments de mélatonine : taille et partage 2025 – 2034", Rapport, janvier 2025
12 | St-Onge MP et al., "Sleep duration and quality : impact on lifestyle behaviors and cardiometabolic health : a scientific statement from the American Heart Association", Circulation, 2016, 134 : e367-86
13 | Cappuccio FP, "Meta-analysis of short sleep duration and obesity in children and adults", Sleep, 2008, 31:619-26
14 | Coelho J et al., "La santé du sommeil comme marqueur et cible d’intervention dans les troubles psychiatriques", Médecine/Sciences, 2025, 41:477-89
15 | Direction générale de la santé, "Feuille de route interministérielle en faveur d’un sommeil de qualité 2025-2026", juillet 2025
16 | Institut national du sommeil et de la vigilance, " 10 recommandations de nos médecins du sommeil pour bien dormir ! " (consulté le 26 août 2026).

1 Première phase du sommeil, suivie du sommeil lent profond puis du sommeil paradoxal.