Accueil / Un bracelet qui réduit les douleurs de l’arthrose : vraiment ?

Un bracelet qui réduit les douleurs de l’arthrose : vraiment ?

Publié en ligne le 6 novembre 2026 - Intégrité scientifique -

La société Remedee Labs est une start-up française implantée à Grenoble, qui a développé et commercialise un bracelet qu’elle présente comme permettant de réduire les douleurs en lien avec l’arthrose ou la fibromyalgie [1]. Le bracelet est équipé d’un émetteur d’ondes électromagnétiques, développé par le CEA [2], à une fréquence de 61,2 GHz. Selon la communication de la société, « en modulant l’activité du système nerveux central, le bracelet Remedee réduit non seulement l’intensité de la douleur et la fréquence des crises douloureuses, mais améliore également les symptômes associés (fatigue, sommeil, anxiété…) ». L’onde électromagnétique émise par le bracelet permettrait « la sécrétion d’endorphines » entraînant une réduction des douleurs ressenties. Pourtant, à la fréquence du dispositif, les ondes électromagnétiques sont absorbées par l’épiderme sur une profondeur inférieure au millimètre. Elles ne peuvent donc pas interagir avec les organes internes. Le mécanisme biologique qui permettrait la production d’endorphine n’est pas explicité sur le site de la société, et paraît peu compatible avec notre compréhension des interactions onde-matière.

La page d’accueil de la société indique que le dispositif a été «  évalué et validé dans 8 centres français d’étude et de traitement de la douleur », avec les logos de centres médicaux universitaires. Cette présentation prétend clairement que le dispositif a reçu une approbation de ces services de santé, mais sans fournir la moindre référence. Le bracelet n’est pas vendu par la société, mais loué au prix de 50 € par mois. Le dispositif n’est pas remboursé par la Sécurité sociale.

Portrait de JuliaTéliakovskaïa(détail), Gavril Yakovlev (1819-1862)

Une page du site Internet de la société présente les « preuves cliniques » supposées appuyer les affirmations thérapeutiques. Deux médecins du CHU Grenoble Alpes, dont l’une est membre du conseil scientifique de la société, sont mis en avant [3] et apportent un soutien au dispositif. Deux études ont été réalisées par des médecins de cet établissement, en collaboration avec la société Remedee Labs, et ont été publiées en 2025 [4, 5]. Une étude se focalise sur des patients souffrant de fibromyalgie, tandis que l’autre porte sur les patients affectés par l’arthrose. Dans les deux cas, les participants devaient auto-évaluer leur niveau de douleur pendant une période de plusieurs mois avec utilisation du bracelet, et une période similaire sans cette utilisation. L’analyse statistique des résultats montre une diminution, modeste mais significative, du ressenti de douleur. Les résultats de ces études sont utilisés pour faire la promotion du dispositif en affirmant d’une part que son efficacité a été prouvée scientifiquement et d’autre part qu’aucun effet secondaire grave n’a été constaté.

Les articles publiés dans des revues scientifiques mentionnent bien comme limitation de l’étude la possibilité d’un effet placebo : un tel effet est largement documenté pour les affectations de type douleur, et beaucoup moins pour les pathologies organiques pour lesquelles il existe un processus pathologique observable et mesurable [6]. Sur le site Internet de la société, l’hypothèse que les résultats positifs soient dus à un effet placebo n’est pas évoqué et il est au contraire affirmé qu’« aujourd’hui, l’efficacité de notre technologie est démontrée dans la prise en charge des douleurs liées à l’arthrose et la fibromyalgie ».

La Haute Autorité de santé (HAS) a évalué le dispositif et son intérêt thérapeutique [7]. Le dossier présenté inclut des études cliniques, dont apparemment une de celles qui a conduit à publication. Dans son avis, la HAS analyse que « l’impact de l’accompagnement personnalisé n’est pas évalué, de même qu’un éventuel effet placebo du bracelet, ce qui limite fortement la portée des résultats rapportés ». Son avis mentionne qu’« au total, malgré des retours d’expérience positifs sur l’utilisation du bracelet FIBROREM, des incertitudes persistent sur son bénéfice clinique. En conséquence, la Commission encourage la réalisation d’études complémentaires, de bonne qualité méthodologique et prenant en compte à la fois les conditions réelles d’utilisation et l’évaluation d’un éventuel effet placebo. » En conclusion, « la Commission Nationale d’Évaluation des Dispositifs Médicaux et des Technologies de Santé estime que le Service Attendu (SA) est insuffisant pour l’inscription de FIBROREM sur la liste des Produits et Prestations et prévue à l’article L.165-1 du code de la sécurité sociale ». Cette analyse officielle de l’efficacité du bracelet commercialisé n’est pas mentionnée sur le site de la société Remedee Labs.

Dans les études conduisant aux publications, rien n’a été fait pour distinguer l’effet placebo d’un éventuel effet biologique. Il aurait pourtant été facile de fabriquer des bracelets dans lesquels le composant émetteur d’onde aurait été remplacé par une simple résistance permettant de reproduire un échauffement équivalent de la peau au voisinage du dispositif émetteur. Les participants n’auraient pas été informés de la caractéristique du bracelet mis à disposition (émetteur d’onde ou simple résistance) et on aurait alors pu comparer les réponses pour le groupe utilisant un bracelet fonctionnel à celles du groupe utilisant un bracelet factice. La société Remedee Labs n’a bien sûr aucun intérêt à risquer de montrer ainsi que son dispositif ne fait pas mieux que le placebo. À l’inverse, on peut s’étonner que des médecins travaillant dans un CHU aient accepté de conduire une expérience qui ne pouvait pas conclure et donne cependant du crédit à des dispositifs dont l’efficacité n’est pas évaluée correctement.